Justice

Drame de Montbazens : "Le dossier de toutes les transgressions"

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  • Une salle d’audience comble pour assister au procès.
    Une salle d’audience comble pour assister au procès. JAT - JAT
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Agé de 28 ans, le prévenu, accusé d’avoir tué accidentellement deux enfants de 7 et 8 ans, à Montbazens le 19 mai 2018, a écopé de six ans de prison ferme.

Habituellement, le mercredi, la salle d’audience du tribunal correctionnel de Rodez est au trois-quarts vide. Mais hier, certains s’en sont vus refuser l’entrée. Les bancs de la salle Andurand étaient déjà tous occupés depuis longtemps. Par la famille des deux jeunes victimes bien sûr : Anselme et Zoé, âgés de 7 et 8 ans, lors de leur décès le 19 mai 2018. Mais également des amis, des proches du prévenu qui comparaissait menottes aux poignets. Il était incarcéré à la maison d’arrêt de Druelle en attendant son jugement.

Ce drame avait, à l’époque, durement marqué Montbazens et bien au-delà. Et les blessures de cet accident sont encore à vif. Chacun attendait un jugement qui pourrait apaiser des souffrances encore palpables.

Pour comprendre ce qu’il s’est passé lors de cette fin d’après-midi du 19 mai 2018, le juge Alexandre Lainé s’est penché sur la personnalité du prévenu, un jeune homme de 27 ans au moment des faits, sans antécédents judiciaires. J.C est un enfant du pays. Il a toujours vécu et a grandi à Montbazens. Son parcours le mène rapidement à intégrer la brigade des sapeurs-pompiers de Paris. Ses collègues lui reconnaissent d’ailleurs de nombreuses qualités, ce que ne manque pas de souligner son avocate Me Camille Jammes, qui reprendra longuement ces arguments dans sa plaidoirie.

Mais Montbazens lui manque. Il demande à sortir des sapeurs-pompiers de Paris. Au dernier moment sa hiérarchie refuse. J.C encaisse mal la nouvelle. Son médecin lui prescrit un arrêt de travail de six mois. De retour en Aveyron, sa vie s’articule autour de sa famille, de ses amis, etc. Il entreprend également de construire une maison à Montbazens. Le prévenu se sert alors d’un tracteur avec lequel il effectue de nombreux trajets pour déposer du remblai sur son terrain.

"J’ai tout fait à l’envers"

Ce samedi 19 mai 2018 est une belle journée ensoleillée. J.C est invité à un repas de famille. Il dit avoir bu "quatre verres de pastis et quatre verres de vin". Après l’accident, son alcoolémie était de 1,88 g d’alcool par litre de sang. En milieu d’après-midi, il prend malgré tout le volant du tracteur pour poursuivre le chantier de sa maison. "À partir de ce moment-là, j’ai tout fait à l’envers", reconnaît clairement le prévenu face aux juges.

Il prend un premier chargement de remblai. Le déverse. Puis charge à nouveau sa remorque. Sur la route, il croise un enfant âgé de 9 ans et demi qu’il connaît bien. Il l’embarque dans sa cabine, le place entre ses jambes pour tenir le volant.

Sur le chemin, il est contrôlé par deux gendarmes l’ayant vu avec son téléphone portable à la main. Ces derniers ne décèlent chez lui aucun signe d’alcoolémie (lire ci-contre).

J.C poursuit sa route avec une remorque beaucoup trop chargée. Elle est faite pour supporter 500 kg. Près de 3 tonnes de terre ont été déposées sur la remorque. Sa vitesse était à ce moment-là vraisemblablement excessive. Car peu avant d’arriver sur le chantier, un caniveau le fait dévier de sa trajectoire. Le tracteur se cabre, devient incontrôlable. À aucun moment il n’a freiné. Il percute l’angle d’une maison avant de couper la route et de foncer sur les deux enfants. Anselme est projeté par le choc, mortellement blessé. Zoé reste coincée sous le tracteur. Elle décède, elle aussi peu après, malgré les soins prodigués par des témoins de l’accident et le prévenu lui-même. Les gendarmes le retrouvent non loin de là, chez des voisins, en état de choc, prostré, assis sur un banc.

"Son attitude a été irresponsable du début à la fin"

Pour le procureur de la République, Olivier Naboulet, les raisons de ce drame sont à chercher du côté "de la consommation d’alcool, de ce taux inadmissible, de la mauvaise maîtrise de ce véhicule et de la vitesse excessive".

Après avoir requis 7 années de prison ferme, le procureur de la République justifie sa décision : "Pour moi, un sursis avec mise à l’épreuve ne se justifie pas. La prise de conscience, même si elle a été tardive, est là", poursuit-il. Mais le procureur de la République insiste avant tout sur les circonstances aggravantes de cet accident.

Pour l’un des avocats des familles des victimes, Me Faugère, il s’agit du "dossier de toutes les transgressions". "En matière d’accidentologie, il n’y a pas de hasard, poursuit-il. Son attitude a été irresponsable et inacceptable du début à la fin." "Il devrait y avoir une tolérance zéro en matière d’alcool au volant d’un véhicule, a lancé Me Belou, l’un des trois avocats de la partie civile. C’est véritablement inacceptable." La famille qui attendait une peine "juste et ,quelque part, réconfortante", selon les mots de Me Faugère a accueilli le jugement sans ciller : 6 ans de prison ferme. Le prévenu ne bronche pas non plus. Tout comme l’ensemble du public de cette salle d’audience.

Pourquoi n’a-t-il pas été arrêté par les gendarmes ?

Moins d’une heure avant le drame, le prévenu avait été arrêté par les gendarmes. Pourquoi n’ont-ils pas procédé à un test d’alcoolémie ? Une question soulevée également par l’avocate de la défense. Le procureur de la République le justifie ainsi : « Les gendarmes n’étaient qu’agents de police judiciaire et non officiers. Ils ne pouvaient donc pas procéder au contrôle. Et puis, il fallait que les infractions commises puissent entraîner une suspension de permis de conduire pour procéder à un alcootest. Ce qui n’était pas le cas lors de ce premier contrôle. »
 

 

Me Sylvie Bros : « Elle, elle a pris la bonne décision »

L’émotion s’est faite plus forte lors de la plaidoirie de l’avocate des parents de Zoé, Me Sylvie Bros. Notamment lorsque celle-ci a brandi la photo de la petite fille et s’est attardée sur sa vie, ses passions, etc. « Elle, elle a pris la bonne décision en laissant passer le tracteur une première fois, raconte l’avocate. Contrairement au prévenu qui, lui, a pris le volant au moins à trois reprises lors de cette journée alors qu’il était alcoolisé. On peut également relever que la remorque n’avait pas de système de freinage. »
« Et puis, a-t-il pensé à la sécurité de l’enfant qu’il avait pris avec lui dans ce tracteur ? », s’interroge-t-elle.
« Et aussi, poursuit-elle, après que les gendarmes l’ont arrêté une première fois il aurait pu se dire : “J’ai eu chaud, j’arrête”. Mais il a continué. Il y a comme un sentiment d’impunité, de toute puissance. Ces enfants n’avaient aucune chance de s’en sortir. »
Aujourd’hui, « les parents doivent faire face à la violence de cette condition. Qui, à leur jeune âge, a pensé devoir organiser les obsèques de sa fille ? »

 

Philippe Henry
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