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Aveyron : le bouleversant témoignage d’une mère sur le droit de donner la mort

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  • Anne Ratier-Gallego a été reçue par Marc-Olivier Fogiel dans son émission radio sur les ondes de RTL.
    Anne Ratier-Gallego a été reçue par Marc-Olivier Fogiel dans son émission radio sur les ondes de RTL. Repo CPA / Repo CPA
  • Anne Ratier-Gallego en a fait un livre.
    Anne Ratier-Gallego en a fait un livre. Repro CP / Repro CP
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Cette Aveyronnaise de 59 ans, fille de réfugié espagnol, qui a grandi dans le Bassin de Decazeville, vient de publier un livre poignant : "J’ai offert la mort à mon fils." Un livre vérité qui rouvre le débat sur le grave et sensible sujet de l’euthanasie.

Plus de trente ans après, Anne Ratier, Gallego de son nom de jeune fille, a eu la force de mettre des mots sur sa douloureuse expérience de mère. Une mère aimante qui a décidé d’offrir la mort à son fils Frédéric, trois ans après sa naissance dans un état végétatif. "J’ai offert la mort à mon fils", le titre de son livre, et de son bouleversant témoignage, qui vient d’être publié à City Éditions. Un livre, qu’elle présentait récemment sur les ondes de RTL, aux côtés de Marc-Olivier Fogiel, et qui relance inévitablement le débat sur l’euthanasie et le droit de donner volontairement la mort, quand il n’y a plus aucun espoir. Un sujet difficile, encore tabou. Et un choix de vérité, de liberté de paroles, lourd de sens pour cette Aveyronnaise de 59 ans, égyptologue de formation, originaire du Bassin de Decazeville, où elle a passé sa jeunesse et son baccalauréat. Un choix qu’elle assume pleinement, dignement. " Parce que, dit-elle, je suis en accord entre ma pensée et mes actes. Ce que je pense, je l’ai fait. Cela n’a pas été évident de me replonger dans tout ça par l’écriture et je comprends que cela puisse choquer. Mais j’espère aussi que cela pourra faire avancer les mentalités."

Une souffrance atroce

"Mon témoignage raconte la naissance, en 1984, de Frédéric, mon premier enfant, qui est né mort après une césarienne pratiquée trop tardivement et a été réanimé sans que nous, ses parents, ayons été réellement informés de la gravité de la situation, explique-t-elle, en préambule. Il s’est ainsi retrouvé, pendant trois ans, dans un état végétatif. J’y exprime mon choix, au bout de ces trois années, de ne pas contraindre notre fils de poursuivre une existence qui n’en était pas une et qui représentait un calvaire pour lui."

Pour Anne, il va de soi que cette décision, fruit d’une longue et douloureuse réflexion, fut extrêmement difficile à prendre. "Ma décision de mettre fin aux jours de mon fils, je l’ai prise dans une souffrance atroce, car il n’est pas de situation plus cruelle pour une mère que de choisir en conscience, la mort pour l’enfant qu’elle a mis au monde, petit être innocent qui s’en remet à elle, qui attend tout d’elle. Tout, excepté qu’elle mette un terme à son existence. J’ai agi selon ma conscience en étant certaine qu’il n’y a rien de mieux que j’aurais pu faire pour lui étant donné les circonstances. J’en suis encore intimement persuadée et n’agirais pas autrement aujourd’hui."

Tout au long du livre, Anne Ratier-Gallego évoque un "geste d’amour". Parce qu’elle est "arrivée à cette conviction qu’il y a parfois pire que la mort."

Et si elle éprouve " beaucoup de considération envers les parents qui continuent de lutter", elle anticipe sur d’éventuelles attaques. Qu’elle ne craint pas. D’où qu’elles viennent. "Au nom de ce que mon fils et moi avons subi, au nom des souffrances qui ont rejailli sur ma famille, je dénie à quiconque le droit de me demander de me taire." Et derrière le titre de son livre, nul désir de choquer ou de faire le buzz, comme l’on dit aujourd’hui. "Derrière ce titre, il y a de la chair, du sang, des larmes, des cris de révolte, des râles de désespoir."

Le soutien de ses enfants

Fille d’un réfugié politique espagnol, dont le père, journaliste républicain, fut fusillé et la mère emprisonnée pendant 15 ans, Anne Ratier se partage aujourd’hui entre Toulouse, le Lot et l’Aveyron, où résident encore son frère Marc et sa maman Colette. Non loin, du cimetière de Cransac, où sont enterrés son fils Frédéric et son père Emmanuel.

Ses deux autres enfants, Ugo, 32 ans, et Victoria, 27 ans, ont toujours été à ses côtés. "Ils sont très sereins sur ce sujet. Ils m’ont toujours soutenue et encouragée à écrire ce livre car ils ont compris que je n’avais pas le choix."

Ce livre, Anne l’a commencé en 1991, quatre ans après la mort de Frédéric.

"En 1994, j’avais déjà trouvé un éditeur, qui a changé d’avis au dernier moment, finalement pour nous protéger, moi et ma famille. La justice ? Cela n’a jamais été mon problème. Pour certains, je vais passer pour une mère courageuse, pour d’autres, pour une criminelle. J’assume complètement ce que j’ai fait. J’étais déjà prête à l’assumer en 1994. Cela ne m’inquiète pas. Cela fait 32 ans et je ne le regrette pas. Si c’était aujourd’hui, je ferais la même chose."

Malgré les chaos de son existence, Anne a retrouvé la joie de vivre. "J’en ai retiré une leçon de vie car cela rend très fort et très fragile à la fois. Il n’y a que l’humain qui compte. Il faut avoir de l’empathie. Le reste, c’est du superflu. Je sais mieux apprécier l’existence, car j’en sais la fragilité."

L’ancienne élève de l’école du Louvre a également trouvé dans l’écriture une précieuse alliée. Un refuge apaisant. Déjà auteur d’un recueil de nouvelles précolombiennes – "Un aller pour Suriki" - et d’un premier roman – "Un Homme simple", paru aux Éditions Atlantica, en 2007 – elle s’apprête à écrire un nouveau roman, dont l’histoire se déroulera en Espagne et s’inspirera de la vie de son grand-père, tombé sous les balles franquistes pour avoir défendu l’idéal républicain. Un autre combat.

Euthanasie : ce que dit la loi Leonetti

La loi Leonetti, de 2005, relative aux droits des malades et à la fin de vie, établit que: « L’obstination déraisonnable » du corps médical et la «prolongation artificielle de la vie » du patient sont proscrites, y compris lorsque ce dernier est hors d’état d’exprimer sa volonté. Le médecin peut prendre le risque d’abréger la vie du patient en lui administrant une dose de soins palliatifs qu’il juge nécessaire à son confort, à condition d’en informer le patient, éventuellement la personne de confiance ou un proche. La décision de cesser l’administration d’un traitement, lorsque le prolonger semble relever de « l’obstination déraisonnable » doit être collégiale et ne peut être prise qu’après consultation de la « personne de confiance », de la famille, ou à défaut d’un de ses proches et des « directives anticipées » du patient. La volonté du patient de limiter ou de cesser un traitement doit être respectée. Le patient doit être informé des conséquences de sa décision. L’avis de la « personne de confiance », choisie par le patient pour l’accompagner dans ses démarches et, si le patient le souhaite, dans ses entretiens médicaux, doit être consulté.
La loi de 2016 complète celle de 2005 et vise à mettre le malade au centre du dispositif. Elle précise et renforce l’interdiction des actes d’« obstination déraisonnable » ; réaffirme le droit du patient au refus ou à l’arrêt, éclairé du traitement ; consacre le droit au soulagement de la souffrance avec la possibilité de recevoir un traitement à cet effet même si celui-ci a pour conséquence d’abréger la vie ; améliore et revalorise la rédaction des directives anticipées, désormais, révisable et valable à vie. Celles-ci l’emportent sur la personne de confiance ou les témoignages de proches. Renforce le rôle de la personne de confiance, son témoignage prime sur celui de la famille et des proches. Désormais, la possibilité de désigner une telle personne est ouverte aux personnes sous tutelle, sous condition ; introduit le droit à une sédation profonde et continue jusqu’au décès.

Joel Born
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