À Lapanouse-de-Cernon, les éoliennes tournent au ralenti

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  • Le parc éolien de Lapanouse comprend six mâts d’une puissance totale de 12 MW.
    Le parc éolien de Lapanouse comprend six mâts d’une puissance totale de 12 MW. Eva Tissot / Eva Tissot
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Le parc éolien, en activité depuis janvier 2018, ne fonctionne qu’en période nocturne. Explications.  

Le sujet intrigue depuis plus d’un an. Il est source d’imagination, de suppositions, parfois de fantasmes. Pourquoi donc les éoliennes du parc dit de La Baume, à Lapanouse-de-Cernon, ne tournent-elles pas en journée ? Les six mâts de 2 MW chacun, érigés à la fin de l’été 2017 après de longues années de procédures juridiques (lire ci-contre), sont censés être en activité depuis janvier 2018. Sauf qu’ils ne tournent que la nuit. Plus précisément d’une heure après le coucher du soleil, jusqu’à une heure avant son lever, le lendemain. Ni plus, ni moins.

Impact sur l’avifaune

L’explication réside dans un arrêté préfectoral en date du 30 janvier 2018. Dans celui-ci, l’autorité préfectorale considère que l’exploitation du parc éolien de La Baume présente "des dangers ou des inconvénients, notamment le risque d’impact et de mortalité par collision" avec l’avifaune environnante. Elle mentionne également "le caractère obsolète et superficiel" de l’étude d’impact initiale du projet, notamment sur ses aspects relatifs aux grands rapaces. Concrètement, les problématiques liées à l’avifaune patrimoniale et d’intérêt communautaire sont devenues, au fil des années, "des enjeux majeurs", dixit le préfet, au regard des plans nationaux d’action et des programmes de réintroduction et de conservation des espèces.

La réglementation en matière environnementale a, en effet, particulièrement évolué depuis l’ébauche du projet il y a près de 20 ans, puis la validation du permis de construire, en décembre 2012. Si bien que ce parc éolien de La Baume, critiqué dès le départ par les naturalistes, a finalement vu le jour pour se retrouver, aujourd’hui, strictement encadré au regard de l’existence d’espèces protégées (vautours fauve, moine et percnoptère, gypaètes barbus) circulant à proximité du site. Tout ça, pour ça…

Un fonctionnement soumis à conditions

L’exploitant, à savoir la Centrale éolienne de production (Cepe) de La Baume, se voit ainsi interdire, depuis plus d’un an et par respect pour l’avifaune, la rotation des pales de chacune de ses éoliennes en période diurne. Pour l’exploitation nocturne, le gestionnaire est également soumis à un certain nombre de prescriptions. Il lui a ainsi été demandé de réaliser un diagnostic sur l’avifaune locale nocturne, dont les populations présentent une sensibilité particulière au fonctionnement des éoliennes. Il a dû mettre en place un suivi d’activité automatisé en continu des chiroptères, tout en recherchant des gîtes de nidification en ayant recours, notamment, à des détecteurs à ultrasons passifs.

Des suivis d’ailleurs couplés à une surveillance de la mortalité des chauves-souris au sol. La Cepe de la Baume a, en outre, mis en place un système de bridage chiroptères sur toutes ses éoliennes, avec mise à l’arrêt du fonctionnement en fonction des conditions météorologiques suivantes : température supérieure à 10 °C et vitesse des vents inférieure à 6 m/s…

Un ensemble de restrictions lourdes, placées sous la surveillance de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) Occitanie. Sachant que si les résultats obtenus étaient jugés insuffisants ou présentant un impact élevé sur les espèces et leurs habitats, "l’autorité administrative pourra, par arrêté d’urgence, soit renforcer les contraintes, soit faire stopper l’installation", précise l’arrêté du 30 janvier 2018. Un cas de figure qui ne s’est pas produit, semble-t-il, depuis un an.

L’activité diurne potentiellement possible

La porte qui permettrait un fonctionnement en plein jour n’est cependant pas fermée. Outre un certain nombre d’études exhaustives relatives aux enjeux liés à la présence de l’avifaune diurne du secteur (circaète-Jean-le-Blanc, busards, pies-grièches, chiroptères…), la CEPE devra réaliser un suivi télémétrique (en cours, lire ci-dessous) du couple d’aigle royal proche et d’individus de vautours fauve si elle veut voir ses éoliennes tourner en journée. Surtout, il lui est demandé, depuis le début de l’année 2018, d’équiper le parc éolien de La Baume de systèmes automatisés de détection/effarouchement/arrêt de type Safewind. Un système de détection de la faune volante basé sur une surveillance par caméra, couplée à un système d’effarouchement, voire d’arrêt complet de la machine. Peut-être une solution pour qu’à Lapanouse, oiseaux et éoliennes puissent cohabiter…

Malgré nos tentatives, nous n’avons pas réussi à joindre la société Eole-Res, développeur du parc de La Baume.

CORRESPONDANT
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