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En Aveyron, les femmes ont leurs maux à dire !

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  • Pauline Broca (32 ans), viticultrice au Fel dans le Nord-Aveyron
    Pauline Broca (32 ans), viticultrice au Fel dans le Nord-Aveyron Repro L'Aveyronnais -
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Depuis son lancement par l’Onu en 1977, la Journée internationale des droits des femmes possède sa date.  Le 8 mars. Son objectif ? Mettre en relief la lutte pour les droits des femmes et réduire les inégalités hommes-femmes. Un héritage des luttes féministes de l’aube du XXe siècle.

Pauline Broca (32 ans), viticultrice au Fel dans le Nord-Aveyron

Pauline Broca (32 ans), viticultrice au Fel dans le Nord-Aveyron
Pauline Broca (32 ans), viticultrice au Fel dans le Nord-Aveyron - Repro L'Aveyronnais

Est-ce que journée a un sens ? Je l’espère… même si j’en doute. Par esprit de provocation j’aimerais qu’on organise aussi une journée internationale des droits des hommes. Pourquoi pas ? Plus sérieusement, si cette journée permet au moins de faire avancer les choses, de parler d’égalité homme/femme, d’aborder certains sujets, elle a un sens. Si ça doit devenir une fête comme Noël ou la fête des mères. Mieux vaut arrêter là. Il a pourtant tellement de choses à aborder. Notamment la précarisation des femmes et des mères célibataires dont le nombre augmente tous les ans. J’ai aussi attendu encore récemment qu’il existe dans le milieu médical, une différence de traitement entre les hommes et les femmes. Les femmes étant apparemment considérées comme des "chouineuses". Ça pourrait être drôle si ce n’était pas dramatique dans le diagnostic de maladies lourdes notamment. Vous voyez, il serait bien que les choses évoluent. A mon petit niveau, on me demande souvent si je suis seule à exploiter la vigne, si je vais être capable de conduire un tracteur, si mon conjoint m’aide ou si je compte assumer seule le vignoble… Or, même si ça part d’une bonne intention, ça signifie surtout qu’il y a quelque chose d’anormal pour une femme d’exercer ma profession. Le chemin pour l’égalité est encore long !

Nicole Fagegaltier (54 ans), chef étoilée à L’auberge du Vieux-Pont à Belcastel

Nicole Fagegaltier (54 ans), chef étoilée à L’auberge du Vieux-Pont à Belcastel
Nicole Fagegaltier (54 ans), chef étoilée à L’auberge du Vieux-Pont à Belcastel - Repro L'Aveyronnais

Une journée des droits des femmes a au moins l’avantage d’aborder des sujets tels que l’égalité homme-femme mais j’espère que les femmes n’attendent pas cette journée pour montrer ce dont elles sont capables. A mon sens les choses évoluent, doucement, mais elles évoluent. Quand j’ai commencé l’école hôtelière à Souillac, j’étais la seule femme, les grosses brigades n’avaient que des garçons. Aujourd’hui les choses sont très différentes, les mentalités ont évolué. Moi qui fréquente régulièrement les établissements d’apprentissage, je me rends compte que le rapport s’est inversé. Même dans notre cuisine à Belcastel, nous avons désormais plus de femmes que d’hommes. C’est un signe. Mais il ne faut pas crier victoire pour autant. Parmi les chefs triplement étoilés, seule une femme, Anne-Sophie Pic, est représentée. C’est trop peu mais j’ai la conviction que cela va évoluer. A l’image de l’Assemblée nationale, la parité est une bonne chose. Chacun doit occuper la place qu’il mérite, indépendamment du genre.

Wuna (30 ans), graffeuse installée à Montréal

Wuna (30 ans), graffeuse installée à Montréal
Wuna (30 ans), graffeuse installée à Montréal - Repro L'Aveyronnais

Malheureusement ce libellé est bien souvent résumé ainsi : "Journée de la femme". Les DROITS se sont volatilisés. Cette réduction est très symbolique du gros travail qu’il reste encore à accomplir. Preuve en est que les magasins et les marques en tout genre rivalisent ce jour-là de publicités remplies de clichés sexistes pour faire consommer leurs produits et services (réductions sur des produits amaigrissants, produits ménagers à moitié prix, le tout avec un nuage de rose histoire d’en rajouter une couche). Des clichés bien ancrés qui contribuent à réduire la femme à une pauvre dinde consumériste et qui par la même occasion, balayent d’un revers de la main les problématiques liées à la discrimination et les vrais débats.

Les choses évoluent, mais beaucoup trop lentement. Quand on voit encore aujourd’hui quotidiennement les démonstrations de sexisme que ce soit dans les médias, les tribunes sportives ou même dans la bouche des politiques, et ajoutons à cela la continuelle remise en cause du droit de la femme de disposer de son propre corps, il y’a vraiment de quoi s’arracher les cheveux. Et parfois le sexisme est intériorisé inconsciemment par les femmes elles-mêmes… Cette journée, qui devrait durer 365 jours, doit être l’occasion de réfléchir ensemble à des actions concrètes à mettre en œuvre afin de réduire le chemin qu’il reste parcourir dans la quête de l’égalité des droits entre les hommes et femmes. Et n’oublions pas que rien n’est jamais acquis…

Béatrice Veyrac (50 ans), patronne de l’entreprise Soud Hydro à La Primaube

Béatrice Veyrac (50 ans), patronne de l’entreprise Soud Hydro à La Primaube
Béatrice Veyrac (50 ans), patronne de l’entreprise Soud Hydro à La Primaube - Repro L'Aveyronnais

Tout commence par une question : comment dit-on chef d’entreprise au féminin ? Béatrice Veyrac n’est pas du genre à tergiverser. Et pourtant, là, elle hésite. "Oui, on pourrait peut-être écrire cheffe mais l’interrogation est révélatrice du fait que ce métier n’existe pas au féminin. Du coup, pour régler le problème, je dis dirigeante. Le tour est joué". D’ailleurs, chez Soud Hydro à La Primaube, entreprise familiale, où elle a pris la suite de son père, spécialisée dans l’hydraulique depuis 35 ans et désormais également dans la chaudronnerie (13 salariés), "il n’y a pas de chefs mais seulement des responsables". Pour Béatrice Veyrac, la symbolique du 8 mars n’est pas qu’une histoire de sémantique : "Je regrette qu’on s’intéresse ouvertement aux droits des femmes seulement un jour par an ! On fait quoi les 364 autres ? Les femmes souffrent d’un manque de reconnaissance du 1er janvier au 31 décembre. Et pas que le 8 mars. La fameuse égalité est une pure invention des hommes". Si elle a longtemps boudé cette journée, la trouvant "commerciale", la... dirigeante a mis un peu d’eau dans son vin : "ça a le mérite d’exister. Ne serait-ce que pour (re)donner vie aux notions de lutte qui ont été perdues, notamment par les jeunes". Elle insiste : "S’il y a un combat à mener, c’est bien la volonté de continuer à valoriser les postes féminins. DRH, c’est bien mais directrice générale, c’est mieux !". L’occasion pour elle de regretter que "les femmes sont dénigrées, contraintes de faire toujours plus. Et, si elles ne sont pas en confiance, c’est qu’elles doivent trouver leur place".

Carole Mézy (27 ans), attachée parlementaire à Naucelle

Carole Mézy (27 ans), attachée parlementaire à Naucelle
Carole Mézy (27 ans), attachée parlementaire à Naucelle - Repro L'Aveyronnais

Après une expérience de deux ans dans le privé à Toulouse, avec la parité dans son cabinet de conseils en communication et concertation, Carole Mézy a rejoint l’équipe de terrain d’Anne Blanc, députée (on dit comme ça ou bien madame le député ?!) de la 2e circonscription de l’Aveyron, avec son bureau installé à Naucelle. "Tandis que les femmes sont plus nombreuses au secrétariat, les hommes sont majoritaires dans le métier d’attaché parlementaire", regrette la jeune femme. Carole Mézy est "très partagée" sur cette journée du 8 mars : "Je trouve un peu hypocrite de considérer que mettre en lumière les droits des femmes un seul jour dans l’année suffit à se donner bonne conscience pour les 364 autres". Elle poursuit sur la question : "Il y a encore bien du chemin à parcourir vers l’égalité réelle malgré les apparences". Elle revient d’ailleurs volontiers sur cette notion d’égalité : "Contrairement aux hommes, les femmes subissent beaucoup de pression et d’injonctions contradictoires au quotidien". Selon elle, "les horizons sont bien sûr plus ouverts qu’auparavan, mais ce n’est pas pour autant plus simple de trouver sa place dans une société qui reste très masculine". Carole Mézy conclut : "Je crois que les femmes ont encore beaucoup de place(s) à prendre, dans les deux sens du terme. Elles doivent arrêter de culpabiliser ou de s’excuser d’être ou ne pas être ce qu’on attend d’elles". Elle a prévu quoi ce vendredi soir ? "Rien de particulier !", sourit-elle.

Fabienne Célard (33 ans), fromagère à Sainte-Radegonde

Fabienne Célard (33 ans), fromagère à Sainte-Radegonde
Fabienne Célard (33 ans), fromagère à Sainte-Radegonde - Repro L'Aveyronnais

à la Une, cette semaine, du magazine "Grizette", qui a recueilli des témoignages, vidéo à l’appui, de créatrices d’entreprise, avec des reportages baptisés "Elles sont l’Occitanie", Fabienne Célard est "sensible à la symbolique" du 8 mars, mais elle regrette "qu’on se pose cette question une seule fois par an". Et de préciser volontiers : "Je ne suis pas du genre à aller à des manifestations. En revanche, je n’hésiterai pas à me positionner sur ce style d’engagement". Elle poursuit : "Pour moi, l’urgence, c’est de lutter contre les violences faites aux femmes. Les violences physiques bien sûr, mais aussi psychologiques, comme le harcèlement au travail ou dans la rue". La fromagère, installée à la pépinière de Rodez Agglo à Sainte-Radegonde mais qui fréquente les marchés de Rodez ou de Marcillac, pousse plus loin la réflexion : "Il faut se battre contre les discriminations mais l’enjeu est de prendre confiance en soi, de lever les barrières".

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