Pédophilie au sein de l'église : la parole se libère (3/3)

L’Aveyron, département "marqué" par des affaires de pédophilie

Abonnés
  • Un ancien prêtre, condamné à Rodez en 2007, s’est retrouvé au cœur de l’affaire Barbarin (photo), ces derniers jours...
    Un ancien prêtre, condamné à Rodez en 2007, s’est retrouvé au cœur de l’affaire Barbarin (photo), ces derniers jours... Archives Centre Presse Aveyron -
Publié le / Modifié le S'abonner
-- partages

Si l’Aveyron a connu plusieurs affaires de pédophilie au sein de l’Église ces dernières années, le département est revenu dans l’actualité avec la parole libérée des victimes, incarnée par Olivier Savignac, et la très médiatique affaire du cardinal Barbarin… Troisième et dernier volet de notre dossier.

Il n’y a plus de prêtres dans nos campagnes !". Cette phrase, les fidèles aveyronnais l’ont entendue à maintes reprises. Cette problématique a d’ailleurs souvent été présentée comme "prioritaire" par le diocèse de Rodez. Mais aujourd’hui, l’Église est bousculée par un tout autre problème… Les scandales de pédophilie se multiplient et certains n’hésitent pas à évoquer un "Spotlight" (*) à la française. Surtout, ces scandales touchent l’Église en son plus haut point avec la récente condamnation de deux évêques, Mgr Fort et Mgr Barbarin, pour non-dénonciations d’abus sexuels dans leurs diocèses respectifs. Et du côté des victimes, la parole se libère de plus en plus. Le pape François a même récemment convoqué un sommet de crise sur le sujet au Vatican.

"On se demande si tous ces gens condamnés sont des hommes de Dieu comme ils le prétendent !", confiait, un brin dépitée, une fidèle aveyronnaise, investie depuis de longues années dans sa paroisse. Car en Aveyron, où la religion est toujours très présente dans le quotidien des habitants, ces événements sont suivis de près. Tout d’abord car une des premières victimes à avoir brisé la loi du silence est originaire de Montbazens et vit toujours dans le département. Il s’agit d’Olivier Savignac. En quelques semaines, il est devenu la nouvelle figure médiatique de la lutte contre la pédophilie dans l’Église.

En 2000 et 2011

Puis, le département reste toujours "marqué" par de nombreux événements, comme le reconnaît l’évêque Mgr François Fonlupt. Ce dernier se souvient d’ailleurs très bien de sa prise de fonction dans le diocèse en pleine affaire des Béatitudes, du nom de cette communauté catholique vivant en huis clos à l’abbaye de Bonnecombe. C’était en 2011 et les caméras de toute la France s’étaient pressées à Rodez pour suivre le procès du "frère" Pierre-Étienne Albert condamné à cinq ans de prison pour des attouchements sur 38 enfants.

Comment, également, ne pas évoquer l’affaire de l’abbé Maurel, encore dans toutes les mémoires ? En 2000, cet ex-directeur d’un établissement catholique à Mur-de-Barrez avait divisé le Carladez avant d’être condamné à dix ans de réclusion criminelle pour viols sur mineurs (lire ci-dessous). Sa libération en 2005 avait également suscité une vive polémique car ce dernier n’avait pas été mis au ban de l’état clérical, avec la bénédiction de l’évêque Bellino Ghirard, alors en poste à Rodez. Une décision appuyée par son successeur, Mgr François Fonlupt, dans nos colonnes hier : "Comme évêque, je suis responsable de la personne jusqu’à sa mort. Je ne suis pas certain que pour accompagner ces personnes-là, le meilleur moyen est de les mettre en dehors de l’Église".

Un ancien prêtre ruthénois au cœur de l’affaire Barbarin

Ces derniers jours, l’Aveyron est de nouveau revenu, malgré lui, au centre d’une affaire de pédophilie au sein de l’Église. En l’occurrence, lors du procès très médiatisé de l’archevêque de Lyon, Mgr Barbarin. Car si ce dernier a été condamné pour non-dénonciations d’abus sexuels sur mineurs, il lui a également été reproché, à la suite d’informations parues dans Le Parisien, d’avoir promu dans son diocèse un prêtre déjà condamné pour abus sexuels sur mineurs à… Rodez ! Alors âgé de 46 ans, ce prêtre avait été condamné à 18 mois de prison avec sursis et trois ans de mise à l’épreuve pour des agressions sexuelles sur des étudiants au foyer Saint-Pierre. L’homme avait alors dénoncé "un complot" avant d’être muté du côté de Lyon…

(*) Film mettant en scène la fascinante enquête du Boston Globe, couronnée par le prix Pulitzer, qui a mis au jour un scandale sans précédent au sein de l’Eglise.

" Soixante ans de silence "

« Depuis ma première apparition à la télévision, je reçois des appels tous les jours ! ». Olivier Savignac n’a pas peur de l’affirmer : pour lui, de nombreuses affaires de pédophilie au sein de l’Église ont été « enterrées ». Et ce notamment dans des milieux ruraux comme l’Aveyron. « J’ai eu des témoignages de victimes aveyronnaises. Une personne a osé me parler après soixante ans de silence ! Cela m’a bouleversé », explique-t-il. Pourtant, en deux ans, la cellule d’écoute mise en place par l’évêché de Rodez n’a reçu que « cinq, six appels », selon l’évêque Mgr Fonlupt. Alors, des langues se délieront-elles prochainement en cette époque de libération de la parole ? Bien difficile à dire car beaucoup de témoignages concernent de vieilles histoires, tombées sous le coup de la prescription. « Dans nos milieux ruraux, c’est très dur de parler. On lave notre linge sale en famille. Et cette dernière est souvent intimement liée à l’Église, donc les victimes ont souvent honte… », souligne Olivier Savignac qui, lui-même, a conservé son secret durant plus de dix ans.
 

Mathieu Roualdés
Réagir