Rodez : Pierre Soulages, le rugbyman

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    Pierre Soulages, le rugbyman
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Aujourd’hui s’achève à Rodez une semaine intitulée "Jubilé Pierre Soulages" et inscrite dans le cadre du Siècle Soulages. L’occasion de faire plus ample connaissance avec le rugbyman Pierre Soulages.

Un jour, en traversant la rue à Paris, l’anecdote a été maintes fois racontée, Pierre Soulages s’est retrouvé comme un joueur de rugby qui n’avait plus qu’un adversaire à éliminer pour plonger en terre promise. Mais un adversaire pas comme les autres. Pour lequel il avait un immense respect. Un peu comme s’il devait placer un cadrage débordement à son meilleur ami, au risque de le décevoir. L’adversaire en question… c’était le rugby. Et sa terre promise, la peinture. C’était en 1938. Un gars de Rodez monté à Paris pour y être policier, "Trescazes", a reconnu Soulages et sa stature de deuxième ligne. Il lui a proposé de rejoindre le Stade Français. "Tu auras ta place en équipe première !" lui a – t-il lancé. Pierre Soulages raconte la suite : "C’était une sacrée proposition, mais j’ai réfléchi et j’ai refusé. Parce que si j’y allais, je savais trop que j’allais mettre les mains dans un engrenage qui me tentait beaucoup. Et je voulais consacrer tout mon temps, toute mon énergie à la peinture. Cette anecdote a quelque part signifié la fin de ma carrière de joueur".

"On va à Colombes, voir France - Galles !"

Mais Pierre Soulages a gardé un attachement profond à ce qu’il préfère appeler un "jeu". Tout comme Colette, son épouse, qui l’a également accompagné sur ce terrain-là.

Dans le remarquable ouvrage de Denis Soula et Olivier Villepreux, "Le rugby français existe-t-il ?", paru en 2007, où il partage une conversation autour du rugby avec l’écrivain Charles Juliet, Pierre Soulages ne gâche pas son plaisir. À l’image de cette autre anecdote qui surgit de la mêlée et qui montre le puissant impact que ce sport peut avoir sur le peintre.

À la fin des années cinquante, Soulages est malade. Le colosse est sous morphine pour oublier la douleur causée par des coliques néphrétiques. Un ami passe chez lui et l’oblige à enfiler un manteau pour sortir. Il fait froid à cette saison. Pierre Soulages pense qu’on l’emmène à l’hôpital. "On va à Colombes voir France-Galles !" lui lance son ami. Réaction du peintre : "Ainsi, brusquement, j’ai été repris par ce que je voyais, alors que j’étais sans désir, neutre et très abattu. Ce match m’a réveillé. Ce match a ressuscité en moi une passion trop longtemps enfouie et, depuis, je suis régulièrement retourné au rugby." Les dirigeants du club de rugby de Rodez, qui sont allés rendre visite à Pierre Soulages il y a quelques mois, à Sète, afin de préparer avec lui le jubilé du siècle Soulages à Rodez, ont pu mesurer, eux aussi, à quel point cette passion pour le rugby est restée intacte. "Il aime le rugby" résume simplement et justement Benoît Decron, le conservateur du musée Soulages.

"Tu veux aller vois les manchots ? Tu n'iras pas !"

Pouvait-il en être autrement ? Pierre Soulages fut rapidement grand et costaud, pour jouer deuxième ou troisième ligne. Et tout jeune, alors qu’il s’en allait voir un match de football, il fut intercepté par son oncle. "Tu veux aller voir les manchots ? Tu n’iras pas ! Viens on va à la maison, on va goûter ensemble". "Un quatre heures phénoménal" se souvient le peintre ruthénois. Qui a porté les couleurs "sang et or" du Stade ruthénois et foulé le stade Paul-Lignon, ballon ovale en main. Une forme qui pourrait porter à elle seule la raison pour laquelle Pierre Soulages aime ce jeu. "Cela a l’air idiot mais c’est capital parce que, avec cette forme, il y a de l’inattendu".

L’inattendu. La sérendipité. C’est la quête de Pierre Soulages dont une des devises reste "Ce que je fais m’apprends ce que je cherche". Ce rebond capricieux, qui un jour a souri à Christophe Dominici pour un essai mémorable face aux All Black mais qui a plus souvent dérouté les rugbymen de la planète, nourrissant toute l’incertitude de ce jeu, fascine Pierre Soulages.

Pour qui il n’est que plaisir de dresser des parallèles entre sa peinture et ce jeu. Voici ce qu’il écrivit un jour à Jean Fabre, ruthénois comme lui, troisième ligne et ancien capitaine de l’équipe de France. "Mes meilleures peintures naissent souvent du hasard d’une tâche, d’une forme imprévue, accidentelle. Les actions qu’elles peuvent suggérer sont sans précédent. De même au rugby, on ne doit pas se laisser enfermer dans la répétition ennuyeuse de tactiques ou de gestes attendus. Comme dans toute stratégie, on est dans l’obligation de toujours surprendre. En peinture et au rugby, j’aime ce qui s’atteint d’aventure".

Sur les Blacks : "J'ai toujours plaisir à les voir jouer"

Puis il y a le noir. Le sien et celui de ceux qui incarnent le rugby : les All Blacks. Le journaliste avec lequel il s’entretient aux côtés de Charles Juliet fait cette remarque : "Il y a une autre de vos expériences qui a un écho très rugby, c’est celle de l’outrenoir. De ce jour de 1979 vous dites : Je m’obstinais, je continuais aux limites de la fatigue, mais le noir avait tout envahi… On croirait lire le compte rendu d’un match des Français contre les All Blacks !" De quoi faire sourire Pierre Soulages, qui dit à propos des Néo-Zélandais : "Ce sont eux qui apportent la lumière, c’est vrai. J’ai toujours du plaisir à les voir jouer".

À quelques semaines de la coupe du monde de rugby au Japon, en 2011, le maître du noir avait favorablement répondu à un souhait du rédacteur en chef de L’Équipe magazine, Olivier Margot, de l’accompagner pour un numéro "100 % Blacks". La une était blanche, avec quinze ovales noirs disposés comme une composition d’équipe. Une belle rencontre entre le peintre et le journaliste, qui ont noué une solide amitié. Récemment, dans un éditorial, il a titré "Pierre Soulages, ce All Black". Et rappelé toute cette magie qui opère quand on rencontre le maître de l’outrenoir. Il paraît que Didier Codorniou, le petit prince du rugby, qui l’a récemment rencontré en qualité de vice-président de la région Occitanie, en parle tous les jours…

Le club de rugby de Rodez ne pouvait donc passer à côté de cette série d’honneurs rendus à l’occasion du "Siècle Soulages". Et se devait de proposer au maître de l’Outrenoir de donner le coup d’envoi du match opposant ce dimanche après-midi Rodez à Narbonne. Car l’on ne peut douter de l’envie qui l’anime de croiser ces joueurs ruthénois qui arboreront un maillot exceptionnel, sur lequel sera représentée une de ses toiles; de fouler cette pelouse sur laquelle il a joué dans les années trente; de toucher ce ballon ovale; de redevenir l’espace de quelques minutes ce rugbyman qu’il a cloué sur place un jour de 1938 pour marquer le plus bel essai de sa vie.

Ph. R.
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