Musique

Aux Etats-Unis, les tubes se chantent maintenant en espagnol

  • Bad Bunny, star portoricaine de trap latine, a fait danser la foule à Coachella.
    Bad Bunny, star portoricaine de trap latine, a fait danser la foule à Coachella. VALERIE MACON / AFP -
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(AFP) - Depuis que la vague "Despacito" a envahi les ondes, les postes de télévision - et surtout les écrans d'ordinateur et de téléphone - la musique latine s'est démocratisée aux Etats-Unis, ses grandes stars étant maintenant en têtes d'affiches des festivals.

Un nombre inédit de chanteurs hispaniques se sont ainsi produits cette année à Coachella, le plus célèbre des festivals américains.

Le Colombien J Balvin, référence du reggaeton, et Bad Bunny, star portoricaine de trap latine, ont fait danser la foule en se produisant en tant qu'artistes principaux, et non plus comme invités.

Surtout, ces nouvelles stars chantent en espagnol - un reflet de ces 41 millions de personnes aux Etats-Unis dont l'espagnol est la langue natale - alors que leurs prédécesseurs, Ricky Martin, Shakira ou Gloria Estefan, utilisaient les deux langues.

"Je suis très fier de ce que je représente, de ce qu'a réussi la communauté latino en parlant la langue qu'on parle dans mon pays", a déclaré le week-end dernier Bad Bunny, en espagnol évidemment, sur la scène principale de Coachella.

- "On est là" -

A 25 ans, son style, mélange de reggaeton et de trap, style de rap du Sud des Etats-Unis, fait un tabac en Amérique.

"Ça a pris 15 ans pour que le reggaeton arrive à Coachella. On est là", s'est exclamé pour sa part J Balvin, devant un parterre de drapeaux de pays d'Amérique latine.

J Balvin, reconnu dans le monde latino depuis près d'une décennie, deviendra également cet été le premier chanteur hispanique à avoir son nom en haut de l'affiche du célèbre festival Lollapalooza, à Chicago.

Beaucoup d'experts attribuent cet énorme succès de la musique latine à l'explosion du streaming, devenu la tête de gondole de l'industrie de la musique.

Selon l'association américaine de l'industrie du disque, les revenus du genre ont bondi de 18% en 2018, pour atteindre 413 millions de dollars.

"Toute discussion autour du marché de la musique latine commence avec un mot: le streaming", a écrit sa directrice des opérations, Michele Ballantyne.

Ce passage vers la consommation immatérielle en ligne "s'est fait encore plus rapidement que le changement global du marché américain de la musique", ajoute-t-elle.

En effet, la plateforme vidéo YouTube a annoncé en décembre que huit de ses 10 clips les plus vus à travers le monde en 2018 étaient des morceaux chantés en espagnol.

Le chanteur portoricain et dominicain Ozuna, relativement peu connu en France mais énorme star dans les Caraïbes, apparaît dans quatre d'entre eux.

Il s'est récemment plaint, dans un entretien au magazine de référence Billboard, que tout soit "tout le temps en anglais".

"Si j'ai la chance d'avoir autant de fans et de pouvoir aider la culture et les artistes latinos à devenir mainstream, je ne vais pas être égoïste et tout abandonner parce que j'ai appris l'anglais", a-t-il ajouté.

- Réaction à Trump -

C'est surtout le contexte politique dans lequel il se produit qui rend cet essor de la musique latine d'autant plus notable: l'administration Trump a fait de la lutte contre l'immigration venue d'Amérique latine sa priorité, et le président, qui appelle de ses voeux un mur à la frontière avec le Mexique, a déjà été accusé d'avoir tenu des propos racistes contre les Mexicains.

Sur la pelouse californienne de Coachella le week-end dernier, les festivaliers sont venus en masse pour voir la chanteuse chilienne Mon Laferte.

L'une d'entre eux, Andrea Castillo, 25 ans et originaire de San Diego, a expliqué vouloir voir la musique latine dépasser la sphère de la simple "minorité".

"Notre génération se bat pour ce qu'elle veut, et ça inclut la musique", a-t-elle expliqué.

"Le langage n'est plus quelque chose qui nous sépare", a pour sa part déclaré Mon Laferte à l'AFP.

Selon elle, les vagues de commentaires négatifs du gouvernement américain contre les immigrés latinos ont "déclenché une forte opposition".

"Plein de gens nous soutiennent, sont très sympathiques et veulent parler notre langue", a-t-elle argué.

Sur scène, la musicienne de 35 ans succédait au groupe mexicain Los Tucanes de Tijuana.

"Quand ils sont arrivés j'étais hyper heureuse, j'ai crié +Où sont mes Mexicains?!+", a expliqué la festivalière Andrea Castillo. "Honnêtement, c'était assez émouvant".

mdo/leo/iba/roc

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