Entretien

Mathias Echène : "On me fait subir un traitement inhumain"

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  • Mathias Echène, ici lors d’une photo prise cette semaine.
    Mathias Echène, ici lors d’une photo prise cette semaine. Repro CPA -
  • La « paillasse » dans laquelle il vit.
    La « paillasse » dans laquelle il vit. Repro CPA -
  • On peut apercevoir la promiscuité des détenus de Bali, selon les photos transmises par le détenu aveyronnais.
    On peut apercevoir la promiscuité des détenus de Bali, selon les photos transmises par le détenu aveyronnais. Repro CPA -
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Accusé de fraudes et d’escroquerie de la part d’anciens associés, l’Aveyronnais croupit dans une prison de Bali depuis près de deux ans. Cette semaine, il nous a accordé un entretien exclusif depuis sa prison, via un appel téléphonique. Il se dit "dans un état catastrophique" à la suite d’une grève de la faim de 45 jours.

L’affaire remonte à plus de dix ans. Ex-trader à Londres, l’Aveyronnais Mathias échène s’installe à Bali pour se lancer dans l’immobilier. Avec cinq associés, ils décident de construire plusieurs maisons de luxe sur les plages de Bali… Mais, les travaux prennent du retard et le ton monte entre les partenaires. Le Français est alors accusé d’avoir surfacturé ces travaux et d’avoir détourné à son profit plus de 700 000 €. En 2013, le tribunal de Hong-Kong, pays de résidence d’un des plaignants, délivre un mandat d’arrêt à l’encontre de l’Aveyronnais. Une notice rouge Interpol est même lancée un an après, mais l’homme d’affaires est de retour à Rodez. Il a pour projet de transformer le Palais épiscopal en un hôtel de luxe. Mais cela ne verra finalement jamais le jour. Et il y a près de deux ans, Mathias échène est arrêté à Bali alors qu’il nous confiait s’y être rendu "régler ses affaires". Depuis, il est emprisonné et en attente d’une extradition ou d’un procès. Pour alerter sur son sort, le quadragénaire a entamé une grève de la faim début avril. Cette semaine, l’homme nous a accordé un entretien exclusif. Histoire de médiatiser un peu plus son cas et espérer sortir au plus vite des geôles indonésiennes.

Dans quel état de santé êtes-vous à la suite de votre grève de la faim d’une quarantaine de jours ?

Je suis dans un état catastrophique. Cela fait maintenant 45 jours que j’ai entamé ma grève de la faim. J’ai perdu 16 kg. De plus, je devais me faire opérer de la hanche à l’automne 2017. Bien qu’un scanner ait confirmé que l’état de ma hanche avait empiré, et malgré la recommandation du spécialiste balinais qui souhaite que je me fasse opérer en France, les autorités judiciaires ne font rien. La vie humaine ici n’a pas le même prix qu’en France.

Vous avez cessé votre grève de la faim ces derniers jours. Souhaitez-vous la reprendre pour continuer à alerter sur votre sort ?

Je veux continuer le plus longtemps possible. J’ai pris de la soupe et des jus à plusieurs reprises ces derniers jours. Mais avant tout, je souhaite alerter les autorités sur le traitement inhumain que l’on me fait subir. Et la grève de la faim est le seul moyen à ma disposition aujourd’hui. Malheureusement.

Depuis votre incarcération il y a près de deux ans, rien n’a bougé, alors que vous deviez être extradé vers Hong Kong, pays d’un des plaignants. Qu’espérez-vous aujourd’hui ?

J’attends de rentrer chez moi, en France, libre. Rien ne justifierait une extradition à Hong Kong, province de Chine, pays qui ne respecte pas les droits de l’homme.

Avant cette arrestation, vous indiquiez dans nos colonnes et ailleurs que vos problèmes "allaient être réglés". Pourquoi cela n’a pu être le cas ?

J’ai été arrêté à Bali en juillet 2017, un mois après que le Tribunal de Grande Instance de Paris a jugé en ma faveur dans cette affaire. C’est à la lumière de ce jugement que j’avais fait cette remarque. Ce jugement a depuis été confirmé par la Cour d’appel de Paris en mars dernier. J’ai eu gain de cause avec des dommages et intérêts très importants. Mais pour autant les autorités juridiques indonésiennes, pour justifier de me garder, se réfèrent à une notice Interpol qui n’a pas lieu d’être.

Que répondez-vous à ceux qui vous considèrent comme coupable et que votre incarcération est donc logique… A l’image de vos ex-associés ?

Mes ex-associés ont toujours refusé le dialogue, malgré maintes tentatives de négociation et médiation. Même ma maman, Agnès échène, alors qu’elle était très malade, a tenté de les convaincre de dialoguer, en vain. Ils n’ont jamais souhaité ni cherché à résoudre nos différends. Ils veulent uniquement me détruire et ruiner ma réputation.

Aucun règlement à l’amiable n’est donc envisageable aujourd’hui ?

Je ne pense pas, hélas.

L’épisode et le projet avorté du Palais épiscopal de Rodez est-il désormais derrière vous ?

Je ne suis pas actuellement en assez bonne santé pour pouvoir envisager cette question. Ma priorité va à retrouver mes enfants au plus vite. Une fois rentré en France, il sera alors temps d’y penser.

Dans nos colonnes, vous indiquiez vouloir des dédommagements de la part du conseil départemental. Est-ce toujours le cas ?

Ma réponse est la même que la précédente.

Que dites-vous aujourd’hui aux gens qui ont cru en votre projet ?

Merci du fond du cœur.

Les soutiens récents affichés à Rodez avec la création du comité par votre sœur, Éléonore, et l’appui de certains hommes politiques aveyronnais vous ont-ils surpris ?

Non, cela ne m’a pas étonné. J’ai toujours placé les rapports humains comme priorité dans ma vie. Même dans les périodes de ma vie où mes affaires avaient tendance à m’accaparer, mes priorités ont toujours été mes enfants, ma famille et mes amis. Alors, de voir cet élan de solidarité prendre une telle force, cela me transporte, m’aide à tenir bien sûr, et m’émeut au plus haut point. Je reçois des messages de soutien d’amis perdus de vue, de membre de ma famille éloignée, et même d’inconnus, mais aussi de personnalités. J’ai hâte de retrouver tout ce groupe en chair et en os et de les remercier de vive voix !

Une fois rentré en France, pensez-vous reprendre vos affaires ou cela est de l’histoire ancienne ?

Je ne peux pas répondre. J’y penserai quand je serai libre.

1000

Tout en lançant un comité de soutien pour son frère, dont les locaux se trouvent rue Abbé-Bessou à Rodez, éleonore échène a également lancé une pétition en ligne demandant sa remise en liberté. En une semaine, cette dernière a recueilli plus de 1000 signatures, dont celle du maire de Rodez, Christian Teyssèdre, ou encore du député, Stéphane Mazars. Et, encore plus surprenant pour certains, par le président du conseil départemental Jean-François Galliard : "Il y a eu ce différend sur le Palais épiscopal mais là, on parle d’humain et des conditions déplorables dans lesquelles il est incarcéré."

Un entretien au téléphone, des conditions "déplorables"

Cet entretien avec Mathias échène a été rendu possible grâce à un téléphone. Effectivement, depuis sa prison, l’homme a accès à son portable, contre quelques "bakchichs". "Ici, tout est négociable", explique Mathias échène en contact régulier avec sa famille et ses proches et toujours actif sur les réseaux sociaux. Il reçoit donc toutes les marques de soutiens qui lui sont envoyés et se tient au fait de l’actualité. "Cela occupe une grande partie de mon temps ici", confie-t-il avant de décrire davantage son quotidien : "Les conditions d’hygiène, de nourriture et de logement sont déplorables. Mais du fait qu’il y a une tolérance zéro à la violence, les rapports sociaux sont cordiaux. Je n’ai jamais été agressé, ni même menacé."

Mathieu Roualdés
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