Cinéma

Alain Layrac : " Le festival de Cannes ? le pire et le meilleur du cinéma"

Abonnés
  • Entre années de galère et belles rencontres, Alain Layrac n’a jamais transigé avec sa passion, une passion exclusive pour le cinéma.
    Entre années de galère et belles rencontres, Alain Layrac n’a jamais transigé avec sa passion, une passion exclusive pour le cinéma. SE. Barrouyer / SE. Barrouyer
  • S’il vit aujourd’hui à Paris, Alain Layrac garde un lien fort avec son Aveyron natal et sa maison du bord de lac.	E Barrouyer
    S’il vit aujourd’hui à Paris, Alain Layrac garde un lien fort avec son Aveyron natal et sa maison du bord de lac. E Barrouyer SE. Barrouyer / SE. Barrouyer
Publié le / Modifié le S'abonner

Il est avec Alain Guiraudie, réalisateur de Rester Vertical ou L’inconnu du Lac, l’ambassadeur aveyronnais du 7e Art. Scénariste, le Decazevillois présente à Cannes son dernier long-métrage "Yves", un trio amoureux entre un couple et un… Frigo. Gros plan sur Alain Layrac, ses années, ses rencontres, sa passion pour le cinéma.

Lancé dans le grand bain par Dominique Thompson, alors scénariste de la série à succès "Une famille formidable", le Decazevillois Alain Layrac a toujours gardé en tête sa passion de jeunesse. Une jeunesse aveyronnaise qui lui permet aujourd’hui d’exercer le métier dont il a toujours rêvé. Très attaché à ses racines, il revient sur les moments clés de sa vie et nous parle de ses projets. Des projets à son image, bouillonnants et généreux.

Une jeunesse à Decazeville

Ma jeunesse a été difficile dans une terre de rugby. Quand j’allais au cinéma le dimanche, il y avait 2 000 personnes au stade et 20 personnes au cinéma. Mon angoisse était d’ailleurs qu’il y ait, au moins, 10 personnes dans la salle sinon la séance était annulée. À cette époque, il y avait encore trois cinémas à Decazeville. Le premier a fermé pour mes 14 ans, le deuxième pour mes 16 ans, et je suis parti à 18 ans pour Paris. Mais je me souviens encore très bien du premier film que j’ai vu, à 7 ans, "Les Aristochats", et depuis ce jour je ne pensais qu’à ça. Je ne sais pas trop d’où ça vient, comment on se conditionne pour une passion, mais à partir du moment où j’ai vu ce film au cinéma, je ne vivais que pour ça. C’était d’ailleurs horrible pour mes parents. Quand nous traversions une ville, il fallait passer devant le cinéma pour voir ce qu’il y avait à l’affiche. Je me souviens aussi de mes quinze ans ; quand mes parents visitaient les châteaux de la Loire, je restais à Saumur pour regarder trois films dans la journée. À part ça, j’ai adoré Decazeville, j’écris d’ailleurs un roman inspiré de mon adolescence là-bas. Mais c’est vrai, j’étais un peu un ovni, j’étais "le fou de cinéma", j’étais du moins désigné comme tel. Et finalement, cette "faiblesse" est devenue un atout plus tard. Ça fascinait les gens que j’ai cette passion. J’ai tout appris au cinéma de Decazeville et en regardant le ciné-club à la télé. Je suis arrivé à 18 ans à Paris, en me disant, je vais me retrouver comme un idiot par rapport aux Parisiens, en fac de ciné. Je me disais qu’ils auraient tout vu. J’ai vite compris que c’était l’inverse.

Scénariste : "Le métier rêvé"

Depuis mes 10, 11 ans je savais que je voulais aller à Paris pour faire du cinéma. Je ne savais pas précisément ce que je voulais faire : pas acteur, je ne me suis jamais projeté en tant qu’acteur mais pourquoi pas réalisateur. J’avais une passion pour François Truffaut. Ou alors monteur – pour mes 10 ans, mes parents m’ont offert une visionneuse pour les films Super 8, je passais mon temps à remonter des bobines de film dans tous les sens – et bizarrement, le dernier truc que je me suis dit, c’est scénariste ! En même temps, à mes 17 ans, j’avais déjà écrit un scénario de 200 pages tout seul chez moi, mais uniquement dans le but de le réaliser. J’en rêvais même la nuit : "Un film, réalisé par Alain Layrac".

"Un métier d’artisan"

Scénariste, c’est vraiment un métier d’artisan. C’est ce que j’essaie de faire passer à mes étudiants (il anime aussi des ateliers à l’École nationale supérieure des métiers de l’image et du son). Il y a de vraies similitudes. Il faut trouver des clients, il y a de bonnes et des mauvaises années. Mon père était horloger à Decazeville, et quelque part j’ai pris le relais, je perpétue un peu la tradition familiale. C’est cette approche, je pense, qui m’a sauvé dans ce milieu. Avoir cette ambition, un peu artisanale. J’ai toujours voulu avoir un métier, et gagner ma vie grâce à ma passion, contrairement à beaucoup de gens de cinéma qui pensent qu’ils sont des artistes avant d’être des artisans.

Gaumont

J’ai écrit un scénario en maîtrise que j’ai envoyé par La Poste à trois producteurs. J’ai eu la chance d’être sélectionné par Gaumont. J’ai mis un pied dans cette grande maison grâce à la Poste. Pendant deux ans, j’ai lu des scénarios, je me suis formé aussi comme ça. Le mien n’a jamais été tourné, mais à 22 ans, exercer un métier en lien direct avec ma passion, tout ça chez Gaumont, c’est une grande chance.

Son mentor

Danièle Thompson, c’est LA rencontre, scénariste de la Boum, de la Grande Vadrouille. Grâce à elle, je me suis retrouvé sur la série "Une famille formidable", c’est elle qui dirigeait l’écriture de la 1re saison pour TF1 et à 25 ans, je me suis retrouvé sur une série qui a tout de suite fait un succès considérable. La première chose que j’ai écrite, et que j’ai tournée, a fait 12 millions de téléspectateurs. J’ai eu cette chance inouïe, je le réalise maintenant. Après deux saisons, j’ai arrêté la télé pour me consacrer exclusivement au cinéma. Mon obsession depuis mes 7 ans.

Héroïnes, son premier film

Beaucoup d’émotion. C’était mon premier film, celui sur lequel j’ai travaillé 6 mois avec le réalisateur Gérard Krawczyk. C’est vraiment le souvenir le plus fort de ma vie. Mon premier film, tourné à Decazeville, produit par Gaumont. Sachant que tout petit, quand je dessinais mes affiches de films, j’intégrais toujours la petite marguerite de Gaumont dessus. C’était vraiment la réalisation d’un rêve d’enfant. C’était incroyable, de voir Marie Laforêt, Serge Reggiani, Charlotte de Turckeim à Decazeville. À 16 ans, j’aurais rêvé de les voir dans la rue, en bas de chez moi, mais ça me paraissait impossible. En plus, dans le scénario, les deux amies sont assises exactement à l’endroit où j’étais assis, 15 ans plus tôt, avec mon ami Pascal. Là où je lui disais qu’un jour j’allais quitter Decazeville, que j’arrêterais de monter et descendre la rue principale. C’est le film miroir de ma vie.

Cannes, "le meilleur et le pire"

J’y suis allé une quinzaine de fois mais c’est la première fois cette année que j’y serais pour un film que j’ai réécrit, Yves. Au bout de 30 ans, j’ai fini par y arriver (rires). Tout vient à point n’est-ce pas. J’ai tout connu à Cannes, la première fois j’avais 21 ans, on était des clochards, nous étions invités nulle part. J’ai d’abord connu Cannes derrière les barrières, sans voir aucun film, en mendiant des places aux pieds du Palais. Plus tard, j’ai connu après les fêtes, les villas… Mais généralement, les gens ne vont pas à Cannes pour voir des films. Je suis un des rares à être malheureux si je ne vois pas deux ou trois films par jour. Cannes, c’est le miroir déformant du cinéma dans ce qu’il y a de pire et de meilleur. C’est un endroit que j’aime et que je déteste.

"Yves", son premier film en compétition officielle

"Yves", c’est le film de Benoît Forgeard présenté à la Quinzaine des réalisateurs. Yves c’est le nom d’un frigo. L’histoire d’un amour à trois entre une fille, un garçon et un frigo. Un frigo connecté. Il parle, il fait des choses, il se présente même à l’Eurovision… C’est assez étonnant dit comme ça mais ce film dit beaucoup de choses sur la société d’aujourd’hui, les appareils connectés. Irrémédiablement, on perd notre humanité. C’est une comédie très drôle avec un beau casting, Philippe Katerine, Doria Tillier, William Lebghil mais une comédie qui a du sens.

La maison du lac

Tout ce que j’ai écrit de plus important, je l’ai écrit là-bas, au bord du lac de Pareloup. Là où j’ai le temps de me retrouver face à moi-même. J’y viens dès que je peux. Cet été, j’ai prévu de travailler sur mon prochain roman qui parle de ma jeunesse à Decazeville. Ça fait 15 ans que je suis dessus, j’espère pouvoir le terminer. De toute façon, je ne pourrais pas vivre sans le lac, l’année où il a été vidé (en 1993), j’ai cru que je devenais fou. Une année noire pour moi.

Ses projets

J’espère terminer mon livre, je suis aussi assez fier du précédent "Ma vie de scénariste". J’ai aussi collaboré avec la réalisatrice japonaise Momoko Seko, sur un film d’animation. Ça fait deux ans que je travaille dessus. C’est l’histoire de quatre petites tiges de pissenlit qui cherchent un endroit où se planter. Elles sont rejetées un peu de partout. J’adore véritablement l’univers de cette fille. Je travaille aussi à l’adaptation de mon premier livre sur l’écriture. "50 conseils pour réussir son scénario sans rater sa vie" avec un réalisateur belge Frédéric Sojcher. C’est assez bizarre car ce livre n’est pas un roman mais on voulait absolument en faire un film avec une vraie histoire. Une fiction. Le résultat est assez original, c’est une scénariste qui va à Toulouse pour une masterclass et qui retrouve son amour de jeunesse. Un petit côté "Sur la route de Madison". Je pense que ça devrait être mon prochain film. Le titre ? "Et si…"

 

Propos recueillis par Aurélien Delbouis
L'immobilier à Rodez

665 €

Situé dans un quartier calme et agréable, appartement de type 4 traversant [...]

32 €

Box fermé au sous sol d'un copropriété située en plein coeur du faubourg.[...]

405 €

LOCATION APPARTEMENT RODEZ SANS FRAIS D AGENCE- Appartement très ensoleillé[...]

Toutes les annonces immobilières de Rodez
Réagir