Culture et Loisirs

L'Aveyronnais Gaël Sanquer (NRJ) : l’itinéraire sans fausse note d’un enfant de la radio

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  • À son poste, Gaël Sanquer est incontournable et décide de tout.
    À son poste, Gaël Sanquer est incontournable et décide de tout. Repro CP -
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A Rodez, il a accompagné la libéralisation de la radio au tout début des années 80. Aujourd’hui directeur délégué aux médias musicaux pour le groupe NRJ, un mastodonte du secteur en France comme à l’international, l’Aveyronnais revient sur son parcours "parfois chanceux" reconnait-il mais toujours motivé par une passion indefectible pour les ondes

S’il est né à Montpellier, Gaël Sanquer a grandi à Rodez. C’est là, un petit matin de septembre, dans "une cave sombre et enfumée" qu’il découvre sa passion pour la radio. Une passion dévorante qui l’amène en 2010 à rejoindre le groupe NRJ, première radio de France pour les auditeurs de moins de 65 ans. Nommé directeur délégué aux médias musicaux en 2018, chargé notamment de diriger la programmation musicale et la direction éditoriale des quatre réseaux radiophoniques du groupe (NRJ, Nostalgie, Chérie FM et Rire & Chansons), il a aussi à sa charge la direction des programmes à l’international. Rencontre avec un enfant de la radio…

Vous êtes aujourd’hui à la tête d’un poids lourd de la radio en France et dans le monde. C’est pourtant à Rodez, au début des années 80, que tout a commencé. Trente ans plus tard, quel regard portez-vous sur cette période ?

Je suis arrivé à Rodez à l’âge de 7 ans. C’est là où j’ai fait mes études, au collège lycée Saint-Joseph mais c’est aussi là, où j’ai effectivement découvert ma passion pour la radio. On l’a oublié, mais à l’époque, il y avait bien 6 ou 7 radios locales à Rodez. Une époque inoubliable pour moi, très formatrice aussi. Le CD n’existait pas encore. On passait des vinyles, et il fallait de la main-d’œuvre pour les faire tourner, remplir la grille des programmes. Une voisine de l’immeuble dans lequel j’habitais animait une émission le mercredi après-midi pour les gamins à côté de la piscine Tournesol. Une radio qui s’appelait LTBM. Une radio qui avait de la gueule en fait. C’était dans une cave, un peu miteuse, toute petite. Ça sentait la clope, c’était enfumé et les jeunes de l’époque venaient là, leurs vinyles sous le bras, leurs "imports" qu’ils allaient chercher à "Dany disques" à Toulouse pour les passer à la radio. Je me souviens encore très bien de ce jour où je me suis dit : "Mais c’est ça que je veux faire de ma vie !"

Vous êtes ensuite passé derrière le micro ?

J’ai commencé là-bas oui. Je suis ensuite passé à Radio Rodez (l’ancienne radio de PCF) puis à Radio Cité 12 qui deviendra 12 FM puis TOTEM. J’ai d’ailleurs longtemps côtoyé David Martin, un de mes plus vieux potes d’enfance, qui est maintenant le patron de Totem.

Une époque de débrouille…

Complètement, j’allais même acheter mes 45 tours à Mammouth (rires). Parce que bon, il faut le savoir, mais à cette période on te disait : "tu veux faire de la radio. Ok ! Vas-y c’est là ! Viens samedi matin, de 6 à 8 heures, par contre tu paies ta cotisation et tu viens avec tes disques…"

Et j’y suis allé ! C’est devenu pour moi une vraie passion au point d’embrayer sur un BTS électronique à Saint-Joseph en me disant, si je ne suis pas assez bon pour être animateur, ce qui est la voie royale pour faire de la radio, alors je travaillerai dans le service technique.

J’avais étudié toutes les options… Et je n’ai plus jamais touché à l’électronique de ma vie (rires).

Trente ans après, vous êtes à la tête du groupe NRJ. Une très belle réussite française. Un parcours rêvé.

On le sait assez peu, mais NRJ reste la seule marque radio présente sur les cinq continents. C’est effectivement une vraie belle success story française, – qui ne fonctionne qu’avec des capitaux français- partie d’une chambre de bonne en 1981. Quand à mon parcours… Disons que dans ce métier, il y a beaucoup de passion, d’engagement, beaucoup de travail et un tout petit peu de chance. Il faut souvent être au bon endroit au bon moment. ça compte aussi !

Après Fun Radio et Virgin, vous êtes finalement passé de l’autre côté du micro. L’antenne ne vous manque pas ?

Non. J’ai fait beaucoup d’antenne, sur à peu près toutes les tranches, tous les créneaux possibles et imaginables. Mais voilà, comme je l’ai toujours dit, j’étais juste un animateur, disons correct, je ne suis pas Cauet (rires) et si je voulais durer dans ce métier, il fallait vite que je commence à m’intéresser à autre chose, à ce qui se passe derrière. J’ai donc rapidement appris à programmer, établir une programmation musicale quotidienne. Pourquoi choisir tel disque et pas un autre, qu’est-ce qu’un format, une stratégie. J’ai appris à manager une équipe, à parler anglais… C’est pour moi important, essentiel même, d’apprendre un peu tous les jours et je me suis vite rendu compte que l’enjeu était plus important en dehors du micro que devant un micro. Le micro reste quand même quelque chose d’éphémère. Un jour on vous adore et le lendemain…

Justement, quelles sont les missions d’un directeur délégué aux médias musicaux ?

Définir la stratégie des programmes de nos radios en France – NRJ, Chérie FM, Nostalgie, Rire & Chansons – et à l’étranger. Dans les pays sur lesquels nous sommes opérateurs, dont NRJ est l’actionnaire majoritaire, que sont les pays scandinaves, l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique… Les autres pays fonctionnent par licence, c’est-à-dire qu’ils nous paient une licence pour exploiter la marque NRJ, mais il n’y a pas de liens hiérarchiques entre les équipes. Ça fait quand même de belles journées (rires).

Dans un contexte toujours plus concurrentiel, l’audience des radios marque le pas quand, dans le même temps, les plateformes de streaming (Deezer, Spotify, Apple Music) montent en puissance. Le streaming est-il en train de remplacer la radio ?

Le fait que la musique soit disponible partout, tout le temps, alors qu’elle ne l’était alors qu’à la radio, c’est une forme de concurrence en effet. Mais la radio a tellement plus de choses à offrir. Elle reste toujours le prescripteur privilégié.

C’est toujours la radio qui va faire découvrir les nouveautés que les gens vont ensuite consommer sur les plateformes de stream ou sur YouTube. Et c’est valable partout dans le monde. De ce fait, la radio reste un enjeu important pour les artistes et les maisons de disques pour que leurs titres soient exposés.

Si ça ne passe pas à la radio, ça ne "streame" pas ou beaucoup moins… La radio a toujours ce rôle. Elle a aussi beaucoup d’autres choses à offrir : de l’humain, du lien social, du divertissement, des programmes incarnés que ne produisent pas, par exemple, les plateformes de stream.

Mais vous investissez aussi beaucoup dans les webradios ?

Oui, c’est une offre complémentaire. On fait entre 30 et 50 millions de sessions d’écoute par mois parce qu’avec les smartphones, tout le monde aujourd’hui à une radio dans le fond de sa poche.

L’audience reste donc, encore aujourd’hui, le juge de paix d’un groupe tel que NRJ ?

Complètement. C’est mécanique. Les recettes publicitaires dépendent de l’audience et des parts de marché… Et si nous avons eu, comme la plupart des radios musicales, un effritement de l’audience, NRJ reste, – avec plus de 5 millions d’auditeurs par jour – la première radio musicale de France.

Je sais que vous restez aussi très attentif au score de NRJ à Rodez.

Bien sûr ! Là, c’est le cœur qui parle. Les audiences dans l’Aveyron sont publiées une fois par an. Je connais bien le marché donc j’aime regarder ce qui s’y passe. Le local c’est très important. Totem est leader sur l’Aveyron, mais ils ont beaucoup plus de fréquences aussi (rires) !

Sur le local justement, plusieurs radios associatives aveyronnaises (Radio Larzac, Radio Saint-Affrique…) peinent à survivre. Y a-t-il encore une place pour elles dans l’offre actuelle ?

Oui et c’est souhaitable. Je suis d’ailleurs très admiratif de Radio Saint-Affrique par exemple qui trente ans après est toujours là. Je m’intéresse à ce qu’ils font. Ces stations sont tenues par des passionnés. Mais c’est vrai, que de temps en temps, le modèle économique fait que la survie dépend de très peu chose. Mais comme je le dis, trente ans après elles sont toujours là et elles permettent de susciter des vocations. Moi j’ai commencé dans ce milieu. Il faut que ça dure.

Propos recueillis par Aurélien Delbouis
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