Pêche

Le black-bass, l'ami américain des pêcheurs aveyronnais

  • Aujourd’hui, les pêcheurs de black-bass ont pris l’habitude de se retrouver, notamment comme ici, sur le plan d’eau de La Forézie à Firmi.
    Aujourd’hui, les pêcheurs de black-bass ont pris l’habitude de se retrouver, notamment comme ici, sur le plan d’eau de La Forézie à Firmi. Repro CP / Repro CP
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Méconnu mais très sportif, ce poisson provoque bien des sensations.
 

Réputé pour son caractère agressif et sa formidable combativité, le black-bass à grande bouche, nommé aussi achigan à grande bouche (achigan signifie « vaillant » en amérindien) compte actuellement parmi les poissons d’eau douce les plus recherchés.
Pourtant, l’adoption de ce poisson d’eau chaude, originaire de l’est de l’Amérique du Nord, fut longue et difficile (*). Introduit pour la première fois dans l’Hexagone en 1890 (Europe en 1878), le black-bass se reproduit naturellement 13 ans plus tard, dans la région de Versailles. Cette réussite, qui aiguise la curiosité et l’enthousiasme de certains, devient dans le même temps une source de polémique.
Accusé de se nourrir uniquement d’alevins des autres espèces, ou d’être un carnivore à la poursuite de chair vivante et rien d’autre, un certain nombre de sociétés de pêche s’opposent à sa présence dès le début du XXe siècle. En revanche, d’autres pêcheurs, adeptes de la pêche dite sportive, souhaitent à la manière des sportsmen anglo-Saxons, que l’achigan à grande bouche (nommé aussi perche noire, perche truitée, perche d’Amérique) s’implante durablement dans les eaux françaises.
D’abord parce qu’il ne nuit pas aux autres espèces, mais aussi parce que sa pêche procure des sensations formidables, et le plaisir de découvrir de nouvelles techniques de pêche, arguments repris plus tard par l’association Black-bass France (lire ailleurs). Il faudra ainsi attendre 1993, pour qu’enfin le black-bass soit reconnu « bien intégré au patrimoine piscicole français, dont le développement bien maîtrisé ne lève pas d’obstacles biologiques et réglementaire particuliers. »


Black-bass made in Aveyron


Dans notre département, il est introduit pour la première fois en 1994, à Bannac, plan d’eau proche de Villefranche-de-Rouergue, où rapidement, la reproduction naturelle s’avère un succès. Cette étape décisive conduira logiquement à l’implantation de ce poisson sur d’autres sites où, là encore, des alevins feront leur apparition.
Aujourd’hui, les pêcheurs de black ont donc pris l’habitude de se retrouver notamment sur les plans d’eau de La Forézie (Firmi), du Roudillou (Roussennac) ou du Gua (Aubin). Cette liste s’est d’ailleurs récemment étoffée, avec le programme pluriannuel de déversements de black-bass, décidé par la fédération départementale de pêche. La rivière Aveyron dans sa traversée de Villefranche-de-Rouergue, puis les lacs de la Cisba (Sévérac-le-Château), de Pont-de-Salars, où les lâchers, proportionnels à son étendue, sont massifs, et ceux de La Peyrade (Rignac) et Saubayre (La Fouillade), doivent à terme devenir eux aussi des références pour tous les passionnés de cette pêche. Des personnes jeunes, régulièrement attirées par la découverte de nouveaux lieux de pêche, situés aussi dans de grands centres urbains (street fishing).


Les jeunes en première ligne


C’est en effet l’un des grands enseignements que notent dans leur étude (2017), les responsables de l’association Black-bass France. gés en moyenne de 32 ans, souvent actifs mais aussi étudiants, ces pêcheurs apprécient tout particulièrement la pêche aux leurres, qu’ils pratiquent de manière itinérante.
Adeptes du no- kill (je capture puis je relâche), ces mordus de sensations fortes ne lésinent pas sur le temps passé au bord de l’eau ou sur une embarcation. Plus de la moitié d’entre eux consacrent en effet chaque année près de 30 jours à rechercher leur poisson fétiche, n’hésitant pas ainsi à parcourir de nombreux kilomètres pour rallier des départements phares, tels que la Gironde, les Landes, le Lot ou le Lot-et- Garonne.
Est-ce qu’à terme, notre département deviendrait, lui aussi, une destination prisée des pêcheurs de black ? C’est semble-t-il, le souhait des responsables fédéraux, qui pour l’heure travaillent à l’implantation durable de cette espèce, sur tous les nouveaux sites sélectionnés.
Déjà réputées pour ses brochets, ou ses truites, sans oublier la carpe, les eaux aveyronnaises pourraient, en accueillant l’achigan à grande bouche, offrir des terrains de jeux supplémentaires à tous les accrocs d’adrénaline.

L’association Black-bass France

Cette association nationale, créée en 1994, est l’une des principales structures, à assurer systématiquement la défense et la promotion du black-bass dans l’hexagone. Malgré une introduction relativement ancienne (fin XIXe siècle), ce poisson d’eau chaude semble encore trop méconnu des pêcheurs. Une situation paradoxale, malgré son intérêt halieutique et économique, qui a donc amené les responsables de BBF à se rapprocher et travailler avec la Fédération nationale de la pêche en France et plusieurs fédérations départementales. Leurs principales revendications : sensibiliser les pêcheurs au no-kill, faire respecter les périodes de frai (mai et juin), en proposant aussi de nouvelles méthodes de gestion piscicole et des évolutions réglementaires (BBF parvient, en 2004, à faire augmenter la taille légale de capture). Ces efforts se poursuivent également chaque année, sur le stand que BBF occupe et anime au Salon de la pêche à Clermont-Ferrand. L’association qui compte aujourd’hui près de 3500 adhérents, publie Le bulletin de BBF. On y apprend, entre autres, que le 20e rassemblement annuel des pêcheurs de « black, organisé par BBF, aura lieu du 14 au16 septembre, à Temple-sur-Lot, dans le Lot-et-Garonne.


(*) Sources : « Autrefois la pêche en eau douce », Nelson Cazeils Ed. Ouest-France ; « Faune sauvage de l’Aveyron », Ed. du Rouergue ; « Atlas des poissons d’eau douce en France », Philippe Keith et Jean Allardi.
 
Centre Presse Aveyron
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