Santé

Comment l'Ile-de-France est devenue le premier désert médical français

  • Comme Delloula Aouaz (à droite), 4,4 millions d'habitants de l'Ile-de-France, "n'ont pas accès à un généraliste comme ils le devraient"
    Comme Delloula Aouaz (à droite), 4,4 millions d'habitants de l'Ile-de-France, "n'ont pas accès à un généraliste comme ils le devraient" Philippe LOPEZ / AFP -
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(AFP) - En région parisienne, à quelques kilomètres de Notre-Dame et de la tour Eiffel, de nombreuses communes manquent de médecins, un phénomène paradoxal dans la région la plus riche et peuplée de France, qui risque encore de s'accentuer.

Le médecin de Delloula, 66 ans, est parti à la retraite et "personne ne l'a remplacé". Cette ancienne femme de ménage, qui vit dans une cité de Seine-Saint-Denis, au nord de Paris, souffre de problèmes cardiaques. Avant de trouver une place dans un centre de santé, elle a dû parfois aller aux urgences pour une banale consultation: "J'y ai passé la journée".

Comme elle, 4,4 millions d'habitants de l'Ile-de-France, "n'ont pas accès à un généraliste comme ils le devraient", soit 37% de la population, explique Didier Jaffre, un responsable de l'Agence régionale de santé (ARS). La région est "l'endroit où vous avez le plus de médecins" mais, "rapporté à la population, nous sommes le premier désert médical français".

Auparavant richement dotée en praticiens, en 10 ans, elle a vu partir 2.000 médecins généralistes. Et le phénomène "concerne toutes les professions de santé, infirmiers, aides-soignants, manipulateurs radio...", souligne M. Jaffre.

En outre, 48% des médecins libéraux y ont plus de 60 ans : "la moitié des généralistes" vont donc partir "dans les 5 ans...", souligne Bruno Silberman, président de l'Union régionale des professionnels de santé (URPS).

"Un médecin traitant a en moyenne entre 1.500 et 2.000 patients en Ile-de-France", ajoute Alexandre Grenier, directeur général de l'URPS. "Quand il part à la retraite sans trouver de successeur, on a ce nombre de personnes qui cherchent un nouveau médecin, dont entre 30 et 40% de patients dits complexes, avec des pathologies chroniques".

- Conditions difficiles -
A Saint-Denis, ville la plus peuplée de Seine-Saint-Denis, en 2011 des médecins ont voulu changer la donne en créant, aux pieds d'une des grandes tours du Franc-Moisin, l'une des plus grosses cités du département, un centre de santé associatif. Le but: "répondre aux besoins de santé du quartier et créer une structure qui puisse attirer des médecins généralistes". "Ca a marché, ceux qui étaient là au début sont presque tous restés", explique Anne-Gaëlle Provost.

Néanmoins, la désertification "s'aggrave": autour des généralistes partent, d'autres sont victimes de burn-out... Les spécialistes, kinés, orthophonistes, manquent aussi.

Parmi les raisons évoquées pour expliquer le phénomène: des conditions d'exercice parfois difficiles, avec une activité soutenue dans une région fortement peuplée où certains patients sont en situation de grande précarité. S'y ajoutent le prix du logement, les transports, qui poussent certains soignants à partir, et le coût du foncier pour les jeunes médecins cherchant à s'installer.

En plus de mesures mises en place à l'échelle nationale, l'URPS, l'ARS et les collectivités investissent donc dans les murs. 85 projets ont été soutenus ces deux dernières années, pour 15 millions d'euros. Mais, "pour relever le défi il faudrait presque qu'on soit à l'inauguration d'une maison médicale par semaine", prévient M. Silberman.

Pourtant, même quand les bâtiments sont là, attirer des médecins peut s'avérer difficile. Ainsi à Ablis, commune d'environ 3.500 habitants dans les Yvelines (ouest de Paris), le maire cherche "depuis un an" un praticien pour remplacer un des trois médecins.

"Annonces dans des publications spécialisées", recours à un cabinet de "chasseurs de têtes", "rien n'y fait, pour l'instant on n'a pas de candidat", explique Jean-Louis Barth.

Dans la maison médicale aux murs clairs, inaugurée près de l'église il y a huit ans, une affichette prévient: "fermeture définitive du cabinet le 28 juin 2019".

A l'ARS, on a clairement conscience de l'enjeu. "Il faut un véritable plan Marshall", "rendre attractif nos professions de santé en Ile-de-France", dit Didier Jaffre. L'ARS travaille avec le Conseil régional qui souhaite notamment construire 11.000 logements pour permettre aux soignants de se loger. Un ajustement sur la feuille de paie n'est pas exclu: "il faut qu'on reconnaisse, dans les rémunérations, la spécificité des professionnels de santé franciliens", explique M. Jaffre.

Relaxnews
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