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Aveyron : le combat quotidien des élus de la montagne

  • Les élus de la montagne rassemblés au Nayrac.
    Les élus de la montagne rassemblés au Nayrac. OC / / OC
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L’Association nationale des élus de la montagne a tenu sa réunion départementale au Nayrac. Et se mobilise pour réussir les enjeux d’avenir, de plus en plus nombreux.

L’assistance était pour le moins clairsemée à la salle multiculturelle du Nayrac – ce qui en dit long sur le malaise des maires –, servant de cadre à la réunion départementale de l’Association nationale des élus de la montagne (Anem). L’argument avancé fut celui des obsèques de Simone Anglade à Castelnau-de-Mandailles pour laquelle une minute de silence fut observée… mais vu l’heure, cela ne tient pas la route.

De la feuille de route plus précisément, il en fut question avec à l’ordre du jour des interrogations rappelant les problématiques indissociables entre ruralité et montagne : engagement et proximité, transition numérique, services publics, agriculture, prédateurs. " L’Aveyron est très assidu pour représenter une montagne qui n’est pas toujours celle que l’on imagine. Dans l’imaginaire des parlementaires, c’est souvent le Mont-Blanc ", lance Arnaud Viala, député. Une première salve qui en dit long sur le fossé entre monde urbain et monde rural.

Services publics

Le décor politique planté, les sujets ont été abordés. L’inquiétude voire la colère allant de pair. Évelyne Estripeau, déléguée aux relations territoriales pour l’Aveyron à La Poste, n’a pas fait le voyage pour rien, interpellée sur le volet bancaire avec la difficulté du public comme des associations à déposer et retirer en espèces. "Les finances publiques ferment en renvoyant aux agences postales, c’est une aberration de plus ! " fait encore remarquer Arnaud Viala. Une convention doit voir le jour mais le plafond de 350 € par semaine est " dérisoire ". Consciente de la situation, la représentante de La Poste, indique que des dérogations sont possibles. Et de rappeler : " En partenariat certes avec les municipalités, nous sommes les derniers services publics dans les villages ".

 

 

Ce serait bien que les députés de LRem entrent dans les débats. À l’Assemblée, ils en ont marre que l’on pose des questions sur la montagne.

Jeanine Dubié, secrétaire générale de l’Anem, députée des Hautes-Pyrénées, étiquetée Radicaux de gauche.

 

Enjeu démographique

Le volet agricole avec la lutte pour le maintien des aides pastorales et les prédateurs ont donné matière à fulminer. "Vous, ce sont les loups, nous les ours. Cinq patous ont été tués la semaine dernière et 300 brebis courent encore dans la nature alors que l’Assemblée a inscrit le 28 août dernier la préservation de la diversité biologique dans la constitution. On va être bien mal face aux attaques des vautours, ours et autres loups", tempête Jeanine Dubié, secrétaire générale de l’Anem.

Ce qui lui fait dire : "C’est un combat quotidien". Et le premier est l’enjeu démographique comme l’a indiqué en préambule Jean-Paul Turlan, maire du Nayrac. Avec en prime l’accueil des enfants lié à la pénurie des assistantes maternelles et en amont, le frein sur l’urbanisme lié au manque de foncier quand ce n’est pas avec les Bâtiments de France…

Là encore, l’état d’urgence de la montagne rime avec campagne. "La France souffre d’une centralisation excessive, on disloque le pays", lâche Jean Milesi, maire de Mélagues.

Fracture numérique

Et ce n’est pas le sujet sur la couverture numérique qui a rassuré l’assemblée. Au contraire ! " Rien ne change ", s’exaspère la poignée de maires. " Pire encore, au retard sur la couverture numérique s’ajoute le réseau de cuivre non entretenu ", reprend Jeanine Dubié. Et Arnaud Viala d’enfoncer le clou : " L’itinérance devient de plus en plus nulle. On perd même de la qualité dans des zones déjà équipées ", tempête le député. Preuve à l’appui, téléphonie mobile et internet ne passent pas à la salle multiculturelle du Nayrac… Allô, il y a quelqu’un là-haut ?

Mais les élus locaux gardent espoir sur leur verte montagne.

À l’image de Jean-Paul Turlan : "Il faut faire de nos handicaps des sources de développement pour répondre aux gens de plus en plus nombreux à souhaiter s’installer ici pour la qualité de vie".

Et Jean Milesi de rappeler l’importance de l’Anem : "Elle nous sert de veille législative". Tant qu’il y a veille, il y a source de lumière. Donc de vie, en haut, sur la montagne.

Repères

  • 1984, fondation de l’Anem
  • 6 000 adhérents
  • 4 000 communes sur 6 050 classées montagne
  • 40 départements
  • 100 intercommunalités
  • 7 régions
  • 250 stations de ski
  • 5 millions d’habitants en métropole plus 1,4 avec l’outre-mer (Guadeloupe, Martinique, La Réunion)
  • 25 % du territoire
Olivier Courtil
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