Santé

Séries, immersions et hashtags: parler des troubles mentaux aux jeunes

  • Le public jeune est ciblé car "les premiers épisodes dépressifs surviennent souvent autour de la vingtaine, au moment de la maturation du cerveau".
    Le public jeune est ciblé car "les premiers épisodes dépressifs surviennent souvent autour de la vingtaine, au moment de la maturation du cerveau". PeopleImages / IStock.com / PeopleImages / IStock.com
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(AFP) - Sur les réseaux sociaux et dans la pop culture, les initiatives fleurissent pour parler des maladies mentales aux 15-25 ans, âge auquel surviennent souvent les premiers troubles mais où la méconnaissance entretient les clichés et les retards de diagnostic.

"Les jeunes qui ont des troubles psychiques ne sont pas différents des autres: c'est sur les réseaux sociaux qu'ils s'informent en majorité. Si on veut leur parler, il faut adopter leurs codes et dépoussiérer l'image de la santé mentale, qui fait parfois peur", explique Jean-Victor Blanc, psychiatre adepte des références à la culture pop, interrogé par l'AFP à l'occasion de la Journée mondiale de la santé mentale jeudi.

- "Et toi, ça va?": un faux profil pour parler de la dépression

Depuis une dizaine de jours, plusieurs influenceurs sur Instagram relayaient les publications d'"Antoine", demandant à leur communauté ce qu'ils pensaient de ses photos de plus en plus moroses. Mais c'était un faux profil destiné à sensibiliser à la dépression, a révélé jeudi la Fondation Deniker, qui oeuvre pour la prévention en santé mentale.

"Je suis partie d'une enquête auprès de patients, qui disaient que le plus dur pour eux était la réaction de leur entourage", dit à l'AFP la psychiatre Astrid Chevance, qui a conçu la campagne.

Le public jeune est ciblé car "les premiers épisodes dépressifs surviennent souvent autour de la vingtaine, au moment de la maturation du cerveau". "Or plus on les prend en charge tôt moins il y aura de risque de rechute et de conséquences sur les études, la vie familiale et affective", souligne la spécialiste d'épidémiologie.

- Teasing et "influenceuse" pour faire connaître la schizophrénie

Dans le même esprit, le dispositif "#dansmatête", installé jeudi près du Centre Pompidou à Paris, a choisi une illustratrice blogueuse très suivie pour évoquer une maladie entourée de clichés qui se déclare souvent à l'adolescence, la schizophrénie.

Toute la journée, Natacha Birds peint deux toiles de 3 mètres de haut à l'extérieur d'une "box". Les curieux qui y pénètrent peuvent entendre des témoignages audios de personnes atteintes de schizophrénie et voir une vidéo sur un atelier d'art-thérapie, activité souvent utilisée pour aider les patients à "se stabiliser", dans cette opération soutenue par les laboratoires Lundbeck et Otsuka et l'association de familles de patients Unafam.

- La réalité virtuelle pour s'immerger dans les troubles psy

Sous un dôme évoquant "le cerveau humain", gare Saint-Lazare, l'opération "XPerience Chaos" proposait la semaine dernière d'enfiler un casque de réalité virtuelle pour "faire comprendre le quotidien d'une personne atteinte d'une maladie psychique: dépression, bipolarité, phobie ou addiction".

La campagne, soutenue par les associations Psychodon et Comme des Fous, est depuis relayée sur les réseaux sociaux et sera présentée dans d'autres villes françaises.

Elle entend sensibiliser notamment "les familles, les jeunes et adolescents" pour "faire évoluer les mentalités".

- Des séries pour dire qu'il n'y a "pas de mal à aller mal"

"Il n'y a jamais eu autant de séries et de films qui parlent de la santé mentale, d'une manière plus nuancée, avec moins de jugement, de morale", observe le psychiatre Jean-Victor Blanc, citant "Euphoria", qui aborde notamment les addictions et la dépression, ou "13 Reasons Why", sur le suicide.

A partir du 25 octobre, la série française "Mental", qui met en scène des adolescents hospitalisés dans un service de psychiatrie sera diffusée sur la plateforme Slash de France Télévisions. "On a voulu dire qu'il n'y a pas de mal à aller mal", explique le producteur, Antoine Bernard.

- Quand la culture pop éclaire la psychiatrie

"La pop culture a permis de beaucoup avancer sur les sujets sociétaux, il n'y a pas de raison que ça ne marche pas pour les troubles mentaux", veut croire le Dr Blanc, psychiatre à l'hôpital Saint-Antoine à Paris (AP-HP).

Le médecin de 32 ans, qui donne un cycle de conférences sur ce thème dans les cinémas MK2 et publie jeudi le livre "Pop & Psy" (Plon), prend en exemple des films, des séries ou "des célébrités qui ont parlé en leur nom de troubles psychiques", tout en "restant scientifique".

Relaxnews
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