Justice

Drame d’Aubin : ces trois secondes où tout s’est joué

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  • Lors de la reconstitution à Aubin. Mercredi à Montpellier, Jérémy Munoz a juré qu’il a tenté, au volant de sa voiture lancée à 105 km/h, en se déportant sur la gauche, d’éviter le sous-brigadier Benoît Vautrin.
    Lors de la reconstitution à Aubin. Mercredi à Montpellier, Jérémy Munoz a juré qu’il a tenté, au volant de sa voiture lancée à 105 km/h, en se déportant sur la gauche, d’éviter le sous-brigadier Benoît Vautrin. Archives JAT / Archives JAT
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Deuxième jour mercredi à Montpellier du procès en appel de Jérémy Munoz condamné à 15 ans de réclusion criminelle en avril 2018 à Rodez.

Quatre ans plus tard, sa voix se brise instantanément à la barre de la cour d’assises de l’Hérault. " Le jour des faits… (soupir)." Allison était adjointe de sécurité depuis sept mois lors de ce dramatique contrôle de vitesse du 10 avril 2015, à Aubin, où son collègue Benoît Vautrin a été fauché par un chauffard en fuite.

"La seule chose que je voyais, c’était le corps du collègue par terre, démembré, les yeux ouverts et qui perdait beaucoup de sang", raconte-t-elle.

Quelques instants plus tôt, Jérémy Munoz, 31 ans aujourd’hui, qui avait fait demi-tour un kilomètre plus loin pour échapper à un contrôle de vitesse, a percuté le policier, en s’enfuyant à pleine vitesse, au volant d’une puissante Audi A3.

Pas de traces de freinage

L’impact est terrible, le corps a volé à plus de 50 m. "On a retrouvé le laser à 15 m dans une haie, sa montre sur le talus, rappelle Jacques, le collègue de la victime, présent ce jour-là. De toute façon c’est la vitesse qui est responsable de ce drame. Avant le point de choc initial, il n’y a pas de trace de freinage."

On en sent la force dans la voix de la voisine, qui a vu toute la scène depuis son balcon.

Le président de la cour d’assises de l’Hérault fait diffuser l’appel passé aux secours : "La personne est arrivée à fond les ballons et elle l’a pris sur le capot ! Je pense qu’il est décédé, le monsieur. Un choc, ah, mais violent de chez violent !" L’image est trop dure pour la famille du policier, qui quitte la salle où se pressent, pour ce procès en appel, de nombreux collègues du sous-brigadier de Decazeville. Condamné à Rodez le 6 avril 2018 à 15 ans de réclusion criminelle pour violences mortelles aggravées, l’accusé, qui conteste avoir percuté volontairement la victime, a fait appel.

Alors on dissèque ces instants où le drame se noue, lorsque Jérémy Munoz décide de ne pas s’arrêter, pour la seconde fois, alors qu’au loin, le policier s’avance sur la chaussée en faisant signe de stopper. La cour a calculé : à 105 km/h, la scène dure trois secondes.

"Je me rends compte qu’au milieu de la ligne droite, il y a une silhouette, raconte Julien, le passager et propriétaire de la voiture. Tout va très vite, je sens le véhicule qui tire sur la gauche, je vois la silhouette, le pare-brise, c’est tout flou." Jérémy Munoz n’en démord pas : il jure qu’il a tenté, en se déportant sur la gauche, d’éviter le policier, qui aurait marché dans la même direction.

"Pendant ce temps, vous pensez à quoi ? " demande le magistrat. "Passer à côté d’un individu à 100 km/h… vous ne pensez pas que vous risquez de le blesser, à la vitesse où vous arriviez ?"

"Pour moi, je comptais passer." "Vous auriez pu ralentir, le contourner. On a l’impression que vous avez pris la solution la plus dangereuse."

"Je voulais passer, mais pas coûte que coûte. Je pensais qu’il n’allait pas bouger du milieu." "Pourquoi va-t-il se déplacer dans la direction où vous allez ? Ça n’a pas de sens", réplique le magistrat.

Arme par destination

Tout l’enjeu du procès se joue là, sur une trajectoire, un coup de volant. Initialement poursuivi pour meurtre, ce qui signifiait qu’il aurait voulu écraser la victime, l’accusé a été condamné pour des violences mortelles volontaires. Mais il plaide l’accident, l’homicide involontaire.

Me Boguet, partie civile, fait marche arrière : "Est-ce que face à un véhicule lancé en pleine vitesse vous êtes en situation de légitime défense et de vous servir de votre arme de service ?", demande-t-il à Allisson, aujourd’hui gardien de la paix en région parisienne.

"Oui. Un véhicule lancé à pleine vitesse est une arme par destination." Verdict vendredi.

François Barrère
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