Justice

Policier tué à Aubin : la cour d'assises de l'Hérault est partie délibérer

  • Benoît Vautrin avait 36 ans.
    Benoît Vautrin avait 36 ans. DR / DR
  • Me Elian Gaudy, du barreau de Rodez, et Me Iris Christol, en défense de Jérémy Munoz.
    Me Elian Gaudy, du barreau de Rodez, et Me Iris Christol, en défense de Jérémy Munoz. Repro CP / ML / Repro CP
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L'avocat général a requis une peine de 16 ans "au minimum" à Montpellier, où est rejugé le drame survenu à Aubin, près de Decazeville, le 10 avril 2015. La défense de Jérémy Munoz, condamné à 15 ans en 2018 à Rodez et qui a fait appel, a longuement plaidé qu'il ne s'agit pas d'un crime, mais d'un homicide involontaire. Verdict attendu en début de soirée, ce vendredi.

"Ce n’est pas un accident, ce ne sont pas des actes involontaires, mais une succession d’actes de volonté. Toutes les décisions qu’il a prises ont constitué un acte de violence volontaire. Il est coupable du crime pour lequel il a été renvoyé devant la cour d’assises." Devant la cour d'assises de l'Hérault, l'avocat général Olivier Naboulet a requis ce vendredi la condamnation de Jérémy Munoz pour les violences aggravées qui ont entraîné la mort du policier Benoît Vautrin, le 10 avril 2015 à Aubin, au cours d'un banal contrôle de vitesse. 

Ainsi qu'il l'avait fait en première instance, il a requis une peine de "16 années de réclusion criminelle au minimum " contre l'accusé, qui avait été condamné à quinze ans à Rodez en 2018 et qui a fait appel.

Une série de transgressions

Auparavant, Me Laurent Boguet, au nom des parties civiles, avait également écarté la thèse de l'accident et de l'homicide involontaire soutenue par la défense. En rappelant que le jeune homme avait déjà eu de nombreux démêlés avec le Code de la route, et "une progression dans une série de transgressions qui deviennent des réflexes". Ainsi, "En 2008, il est contrôlé sous conduite cannabique. Il a perdu son permis probatoire. C’est quand même un avertissement lourd lancé par la justice !" insiste l'avocat. "Au moment des faits, son permis ne tient plus qu’à un fil, à un point, parce qu’il considère qu’il a le droit de téléphoner, de rouler vite. C’est un chauffard qui ne comprend pas. Il conduit vite ? Il conduit mal !" souligne-t-il.

"C’est bien volontairement que vous lancez votre véhicule à pleine puissance. C’est tout aussi volontairement que vous ne freinez pas. Il s’est mis de bout en bout en situation de commettre l’irréparable. Le policier, il l’a repéré en amont, il a décidé d’en faire un obstacle et de le franchir."

En fin de plaidoirie, l'avocat lance aussi un hommage aux policiers: "Ces policiers qui nous protègent, il faut savoir, quand la justice passe, les protéger à notre tour."

Le témoignage d'Elisabeth, la veuve

"Il faut que j’arrive à dire ce que j’ai sur le cœur. Je suis très en colère parce que j’entends quelqu’un accumuler les excuses, se défausser. Je suis exténuée, écœurée. C'est quelqu'un qui a pris 15 ans, la décence aurait voulu qu'il accepte cette sentence, même si à mon avis elle n'était pas suffisante."

À la barre de la cour d'assises de l'Hérault, Elisabeth Vautrin, la veuve du policier écrasé le 10 avril 2015 à Aubin, a livré ce vendredi matin un témoignage fort et émouvant. Condamné en 2018 à Rodez à 15 ans de réclusion criminelle pour violences mortelles aggravées, l'accusé, Jérémy Munoz, 31 ans, a fait appel.

Elle pleure, lorsque le président fait projeter dans la salle les photos de son mari, de leur mariage, de la naissance de leur fille. "C'est comme ça que j’aime voir mon mari, toujours souriant un pilier pour notre famille."

Mais elle recadre aussi le débat, tel qu’elle le voit, sur le déroulement des faits et sur l'attitude de l'accusé depuis. "Les actes sont là. Ce monsieur a foncé sur mon mari alors qu’il avait toute la place de passer ailleurs. Qu’est-ce que ça veut dire, forcer le passage ? Vous avez quelqu'un au milieu. C'est ou tu te pousses, ou tu crèves ?"

"Qu’est ce qui prouve dans les faits qu’il voulait l’éviter ? Dans la réalité, on voit un obstacle, on freine. Et si on veut éviter, on donne un grand coup de volant. Quand on est courageux, on assume ses pulsions. Il a eu ce jour-là une pulsion agressive. Mon mari a fait les frais d‘un coup de nerfs. "

Les plaidoiries de la défense

"Entendez ce qu’il a à vous dire. Ensuite, vous jugerez", explique Me Iris Christol, première à prendre la parole pour défendre Jérémy Munoz. Et pour plaider avec conviction et finesse sa position : ce qui s'est passé le jour du drame n'est pas un crime, mais un accident. "Ce que j’ai entendu pendant ces débats me paraît être exactement ce que nous pensons : c’est un homicide involontaire. Il a tué un homme, et il ne l’a pas voulu. La différence, c’est la volonté de la violence. Si vous n’êtes pas convaincus de la volonté de la violence, ce sera un homicide involontaire."

"Fumer, rouler vite, ce ne sont pas des violences volontaires. Ce sont des circonstances atténuantes. Il est évident qu’il ne voulait pas percuter ce policier. Il voulait tracer, s’en aller, s'enfuir".

Me Elian Gaudy développe la même position, en insistant sur cet écart fait par Jérémy Munoz dans les derniers instants avant le choc fatal : "Quand je vois ce policier qui me demande de m’arrêter, est-ce que je fais un passage en force, est-ce que je passe coûte que coûte, est-ce que je suis dans cet acte de violence ? Non, parce que si c’est mon intention, je ne la change pas, la trajectoire."

La cour s'est retirée vers 16 h 15 pour aller délibérer. Le verdict est attendu en début de soirée. Ou plus tard.

François Barrère
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