Green Friday VS Black Friday : comment inciter à mieux consommer sans culpabiliser

  • Selon un récent sondage YouGov, 79% des Français sont d'accord pour affirmer que "le Black Friday incite à la consommation".
    Selon un récent sondage YouGov, 79% des Français sont d'accord pour affirmer que "le Black Friday incite à la consommation". AFP
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(Relaxnews) - Green Friday, Black for Good, Fair Friday, Make Friday Green Again... Depuis ces dernières années, de nombreuses marques lancent des mouvements incitant les acheteurs à consommer de façon raisonnée, en réponse au Black Friday, qui se tiendra ce vendredi 29 novembre. Mais qu'entend-on exactement par "consommation raisonnée" ?

Officiellement arrivé en France en 2014, l'événement promotionnel du Black Friday, qui aura lieu vendredi 29 novembre, a été instauré aux Etats-Unis dans les années 60. Le concept consiste à faire des emplettes juste après Thanksgiving et donc peu de temps avant Noël. Le but ? Inciter les marques, les commerçants et les boutiques en ligne à proposer des promotions exceptionnelles sur leurs produits. 

Avec une offre pareille, le succès était garanti en France. En 2015, les consommateurs français ont dépensé plus de 140 millions d'euros pour le Black Friday. Mais depuis deux ans, les marques commencent à considérer cet événement sous un autre angle. Y a-t-il réellement un sens à encourager une consommation de masse quand on sait que ces comportements ne sont pas sans impact sur la planète ?

Depuis 2017, des mouvements alternatifs au Black Friday incitant à consommer moins et "mieux" sont lancés par plusieurs marques et entreprises, à travers différentes actions. Formations au recyclage, ateliers de réparation d'appareils ou de vêtements, remises sur du matériel d'occasion, ateliers pour fabriquer ses propres produits à partir de composants naturels, etc.

Des bénéfices reversés à des associations pro-environnementales

C'est par exemple le cas du Green Friday, mouvement lancé en 2017 par l'entreprise Envie, aujourd'hui rejoint par plus de 400 structures, essentiellement des entreprises et des associations. Toutes les entreprises qui participent à l'événement s'engagent à reverser 10% de leur chiffre d'affaires de la journée du 29 novembre. Altermundi, marque de vêtements éthiques et responsables, a rejoint le mouvement en 2018. 

"Cet événement est vraiment le symbole d'une consommation massive qu'on ne veut pas promouvoir. Chez Altermundi, et plus globalement avec le Green Friday, on ne dit pas qu'il faut arrêter de consommer, mais le faire de manière raisonnée. C'est davantage une alternative qu'un événement "anti blackfriday". On veut aussi montrer au consommateur qu'il a un pouvoir dans son action d'acheter et que le prix d'un produit, ce n'est pas seulement celui que l'on paye. Il faut également penser au coût social et environnemental", explique à Relaxnews Thibaut Ringo, directeur général d'Altermundi.

Le "Make Friday Green Again", mouvement créé cette année qui réunit 200 marques françaises, fonctionne sur un principe similaire et se veut "un premier pas pour faire mieux lors d'une journée qui encourage la surconsommation et la surproduction", comme indiqué sur le site de la marque Faguo, à l'origine de l'initiative.

De son côté, Nature & Découvertes s'apprête à célébrer la deuxième édition de son "Fair Friday". A cette occasion, 18.000 sachets de graines pour nourrir les oiseaux seront distribués à titre gracieux dans tous les magasins de l'enseigne ce vendredi pour sensibiliser le grand public à la disparition des espèces volatiles dans nos campagnes, conséquence directe du réchauffement climatique.

"Nous ne faisons pas beaucoup de promotions, en dehors des périodes réglementaires, car nous préférons mettre en exergue les réductions qui comptent, c'est-à-dire celles qui correspondent à la biodiversité. L'année dernière, nous avions par exemple proposé des promos à -73%, en référence à la baisse de moineaux à Paris. Le Fair Friday est aussi l'occasion de mettre en avant les associations que Nature & Découvertes soutient. Cette année, nos bénéfices iront à la Ligue protectrice des oiseaux", précise Fanny Auger, directrice de la marque Nature & Découvertes, contactée par Relaxnews.

Seuls 10% de Français ont entendu parler du Green Friday

Reste à convaincre les Français de repenser leur manière de consommer, bien que le cheminement semble déjà entamé pour un certain nombre d'entre eux. Un sondage YouGov dévoilé début novembre montre en effet que 79% des Français sont d'accord pour affirmer que "le Black Friday incite à la consommation". Toujours selon cette enquête, seul un sondé sur dix connaît le mouvement Green Friday, mais 72% s'y sont déclarés favorables après qu'on leur a expliqué le but de cette initiative.

Pour une marque comme Altermundi, la pédagogie représente la meilleure arme pour défendre ce type d'action, confirme Thibaut Ringo : "On explique à nos clients en quoi consiste une consommation responsable, mais on insiste sur l'importance d'y aller à son propre rythme. Car en changeant radicalement de mode de consommation, on risque de tomber dans un burn-out écologique et ce n'est évidemment pas le but".

D'aucuns pourront rétorquer que les cadeaux de Noël représentent une part importante du budget et que le Black Friday permet de réaliser des économies importantes grâce aux prix cassés. Or, si l'on se fie à une enquête de l'UFC Que Choisir, les prix proposés par les grandes enseignes lors du Black Friday 2018 n'ont baissé que de 7,5% en moyenne, "soit très loin des 50, 60 voire 70% de réduction mis en avant par les marchands", relève l'association.

Des députés plaident en faveur de l'interdiction du Black Friday

L'existence du Black Friday et le débat sur l'utilité de le célébrer s'illustrent jusque dans la sphère politique. En début de semaine, des députés ont adopté en commission un amendement visant à interdire les promotions de ce "vendredi noir". 

Portée par la députe écologiste Delphine Batho, cette mesure s'inscrit dans le cadre du projet de loi anti-gaspillage et pourrait figurer parmi les "pratiques commerciales agressives", passibles d'un emprisonnement de deux ans et d'une amende de 300.000 euros au plus. Elle doit encore faire l'objet d'un examen dans l'hémicycle à partir du 9 décembre avant d'être adoptée définitivement.

Relaxnews
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