Arretmaladie.fr : la Sécu attaque

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    Arretmaladie.fr : la Sécu attaque
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En pleine polémique sur l’explosion des arrêts maladie à la RATP et à la SNCF depuis le début des grèves, un nouveau moyen d’obtenir un arrêt de travail provoque un tollé. Un site Internet qui annonce d’emblée la couleur : arretmaladie.fr. L’Assurance-maladie et l’Ordre des médecins l’attaquent en justice.

Il est encore accessible en ligne, mais pour combien de temps ? Le site arretmaladie.fr, que beaucoup d’Internautes ont d’abord pris pour un fake, a été lancé officiellement hier. Il devrait, dès aujourd’hui, faire l’objet d’une action en référé. C’est ce qu’a annoncé la Caisse nationale d’assurance maladie qui a décidé d’agir vite et fort, « en lien avec le Conseil de l’ordre des médecins », précisait-elle hier après-midi dans un communiqué.

Ce matin, sur l’antenne de la radio RTL, son directeur général a enfoncé le clou : « Ce site pose un problème», a dénoncé Nicolas Revel.  « On est dans une marchandisation, et c’est une dérive liée à l’émergence de ce type de sites à vocation commerciale. Il faut savoir dire stop. » Mais stop à quoi exactement ? Que propose ce site ?

30 000 arrêts en Allemagne

Dès la page d’accueil, le message est clair : « si vous êtes trop malade pour travailler, vous pouvez consulter un médecin en ligne (25€, remboursables) pour éventuellement avoir un repos (3 jours max) ». C’est précisément le type de pratique à caractère commercial qui inquiétait le Conseil de l’ordre dès octobre 2018, alors que la téléconsultation remboursée en était à ses balbutiements.

Dans la rubrique « A propos » du site, le fondateur revendique 30 000 arrêts maladies délivrés depuis le lancement de la plateforme en Allemagne en décembre 2018. Mais de quelle manière ?

Tout commence par un questionnaire, qui propose plusieurs options : coup de froid, gastro-entérite, douleurs de dos, stress… Puis vient le « formulaire de préparation à une téléconsultation » : une série de questions, où l’on peut « choisir ses symptômes » et évaluer soi-même si l’on présente un « risque d’infecter d’autres collaborateurs ou clients » ou si notre « état peut s’aggraver » si nous retournons au travail. Suivent des questions sur les antécédents médicaux, puis des informations concernant l’assuré. A commencer par son numéro de Sécurité sociale.

La suite ? Une téléconsultation avec un médecin, qui déboucherait presque automatiquement sur un arrêt de travail. Selon le directeur général de la CNAM, la start up allemande à l’origine du site promet que « dans 99% des cas, le médecin délivre l’arrêt de travail qui a été préfabriqué par l’internaute (…) Cela pose un problème déontologique (…). Un arrêt de travail, c’est une prescription qui procède d’un examen médical. C’est un médecin qui dit s’il y a besoin ou pas d’un arrêt de travail, et qui définit par ailleurs sa durée. Là, on  a complètement inversé la logique. »

Pas de remboursement

A cette inversion de la logique s’ajoute une tromperie, selon Nicolas Revel : « ce site explique aux internautes que tout cela va être remboursé par la Sécurité sociale (…). Evidemment, ce n’est pas le cas. » Car en France, le remboursement des téléconsultations est très strictement encadré, rappelle la CNAM : « la prise en charge par l’Assurance-maladie des téléconsultations appelle le respect d’un certain nombre de conditions, qui ne sont pas remplies en cas de recours à ce site. »

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