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Rodez : la peinture, un véritable art de vivre pour Raymonde Godin

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    La peinture, un véritable art de vivre Repro CP / Hélène Lecarme / Repro CP
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Artiste québécoise arrivée en France en 1954, Raymonde Godin vit au pied du mont Ventoux, dans la Drôme provençale : exposée au musée Soulages dans le cadre de l’actuelle exposition temporaire "Femmes années 50, au fil de l’abstraction, peinture et sculpture", elle était à Rodez lors du vernissage de décembre et a bien voulu se prêter au jeu de l’interview.

De sa jeunesse au Canada, Raymonde Godin retient les paysages, qui l’ont fortement marquée en tant qu’artiste, mais aussi le besoin de lutter en permanence pour sortir de l’enfermement lié au poids des traditions, de la religion, et parvenir à vivre en femme libre. C’est son frère aîné qui, le premier, lui donne l’envie et la force de sortir d’un monde conventionnel, lui insuffle l’envie de lire, lui fait découvrir la musique classique, Bartók, Schoenberg, Mahler, le jazz : "On avait à lutter contre tellement de choses… On nous culpabilisait pour tout, on a subi l’écrasement du clergé catholique. Il n’y a qu’une solution : partir, m’a dit mon frère ! Et je l’ai fait…" Malgré l’opposition de son père, "homme du XIXe siècle" qui ne voulait pas qu’elle fréquente les "rapins", Raymonde Godin s’inscrit à l’Université Concordia, devient bilingue, étudie l’histoire de l’Europe, obtient sa maîtrise en arts en 4 ans, et fréquente les Automatistes, une école de jeunes peintres influencés par Breton. Ses voyages fréquents à New York, très importants dans sa formation, lui permettent d’ouvrir les yeux sur la peinture européenne – ancienne et moderne – et l’avant-garde américaine. Indépendante, capable de travailler pour Radio Canada ou General Electric comme secrétaire, au milieu des chaînes d’assemblage, pour financer son voyage en France, Raymonde affirme haut et fort "on a le droit de choisir sa vie", et arrive à Paris en 1954 pour faire de la peinture.

Le Paris des années 50, la "Mecque de l’art"

Les premières années sont dures. Raymonde, malade, découvre un Paris noir, sale, sinistre, qui porte les stigmates des années d’Occupation, et elle doit vivre dans des conditions précaires.

"Ma deuxième grande chance, c’est la rencontre avec Paul Kallos" : le peintre hongrois avec lequel elle va partager sa vie, issu d’une famille dans laquelle les femmes avaient fait des études, travaillaient, étaient cultivées, arrivé en 1951 en France comme migrant de la seconde guerre mondiale, l’a toujours encouragée à peindre. Elle découvre un milieu artistique dense, aux salons et galeries multiples, autour de la galerie Pierre, fréquente artistes et écrivains. La naissance de leur fils en 1961 n’empêche pas Raymonde de poursuivre son travail : une première exposition personnelle à Londres en 1963 lance sa carrière artistique.

On vit dans un monde dramatique. Or l’humain n’est pas fait que de drames ; il faut donner la possibilité d’une respiration ! Je veux donner à voir et que les gens découvrent grâce à mes tableaux un espace de liberté ! 

Une peinture abstraite qui recrée la terre natale

"Le passage de l’air dans la peinture est l’une de mes obsessions : j’ai été fortement influencée toute jeune par deux tableaux de Matisse, La leçon de piano et Les demoiselles au bord de la rivière. L’espace qui circule dans ces tableaux a été un élément fondamental qui a guidé mon travail, et les Écrits et propos sur l’art de Matisse m’éclairent encore aujourd’hui."

Si elle affirme n’appartenir à aucune école et a toujours suivi son propre chemin, Raymonde Godin reconnaît que la découverte de l’art japonais et chinois, lors d’une exposition au Musée des Arts décoratifs à Paris, à la fin des années 70, a été une autre révélation. La gestion de l’espace sur les gravures de la période Edo, "où les espaces flottent, où on se promène dans les paysages, on ne sait plus où est le spectateur ni où se passe l’action" marquent une évolution durable de son travail. Elle voyage en Orient, étudie la calligraphie, l’art et l’histoire de la Chine et du Japon. La nature envahit progressivement ses toiles, même si l’abstraction reste de mise.

L’idée de clairière, d’ouverture, d’échappée, de trouée de lumière qui permet de traverser, revient comme un leitmotiv dès que Raymonde parle de son travail : toile après toile, l’artiste peint la nature qui l’entoure, les paysages d’automne au Canada : "La lente dégradation des choses, le silence qui se fait, attente, drame latent, les petites herbes vertes qui subsistent, comme pour signifier que tout n’est pas perdu… La terre, c’est très important. Les arbres, ce sont les racines de la terre qui remontent : les racines et la frondaison, c’est la même forme ! Mes parents avaient une petite maison dans la forêt, avec une rivière, au Canada : dans un espace infini, tel que celui que j’ai connu enfant, je respire… Les Corbières, le Causse, la campagne libre de maisons, ces paysages me rappellent ce que j’ai aimé au Canada. Nos racines sont nourries d’un sol que nous retrouvons toujours au centre de nous-mêmes, surtout si nous l’avons quitté."

Pour découvrir le travail de l’artiste, vous pouvez visiter l’exposition temporaire Femmes années 50, au fil de l’abstraction, peinture et sculpture au musée Soulages, jusqu’au 10 mai ; lire le catalogue d’exposition édité par le musée Soulages, le catalogue consacré à Raymonde Godin édité par la galerie Convergences à Paris, à l’occasion de l’exposition Grandeur nature en 2017 www.galerieconvergences.com, et visionner les films de son fils sur vimeo.com/raymondegodin, La vie de peintre ; Myself painting, Ventoux.

 

La peintre paysagiste

 

Si retourner au Canada est un rituel de l’automne auquel Raymonde ne dérogerait pour rien au monde, au quotidien, c’est la ferme de la Drôme provençale devenue atelier depuis les années 90 qui est son havre de paix et son espace de création. "Le matin, atelier : c’est une nécessité ! Même si ce ne sont qu’une ou deux heures ! Je ne peux pas perdre le fil ! Quand je vis des moments de vide terribles, je bricole et tout à coup, quelque chose surgit. Ce qui est à l’intérieur doit monter sans être défini à l’avance. On ne peut pas savoir à l’avance ce qu’on va faire."

Hélène Lecarme
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