Une ambiance de "renvois" au tribunal de Rodez

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    Les robes noires en grève. Centre Presse - José A. Torres
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L’activité se poursuit au tribunal malgré la grève des avocats. Non sans difficultés.

Depuis le 6 janvier, les avocats sont en grève pour le maintien de leur régime autonome de retraite. Une grève illimitée. Une première dans le pays. L’activité du tribunal n’est pour autant pas au point mort. Comme en témoigne l’après-midi de vendredi, dans les salles du palais de justice.

Mais les avocats aveyronnais sont plutôt "softs". Pas comme à Marseille par exemple, ou 300 demandes de remise en liberté ont été déposées simultanément. Pas comme à Bobigny où ils ont planté leur tente dans la salle des "Pas perdus". Pas comme à Toulouse ou lors d’un procès d’assises, cinquante avocats sont venus défendre un seul accusé…

"En l’absence d’avocats…"

Dans une salle du palais de justice de Rodez, deux comparutions immédiates sont au programme. La première concerne des faits de violence sur fond d’ivresse qui se sont déroulés à La Primaube deux jours auparavant. La présidente expose le problème. "En l’absence d’avocats, on ne peut recueillir votre consentement sur votre souhait ou pas de disposer d’un délai pour préparer votre défense." Reste que le tribunal, outre le renvoi du dossier, doit statuer sur la remise en liberté du prévenu. Le procureur a la parole. On sent rapidement un certain agacement. "Pour moi, il n’y a pas de difficulté. Comme nous sommes dans un cas de récidive légale, c’est le maintien en détention ou le placement. Et il faut protéger les victimes. " Le prévenu est renvoyé en cellule et sera jugé en février.

La seconde comparution immédiate fait suite à une audience qui a eu lieu en décembre, au cours de laquelle des délais avaient été demandés. Ils sont quatre prévenus dans cette affaire liée à la consommation et au transport de stupéfiants.

Un a refusé d’être extrait de sa cellule de Mende. Un arrive de la prison de Seysses. Un autre de la maison d’arrêt de Druelle. Le quatrième est sous contrôle judiciaire. Leurs avocats sont dans la salle. Le procureur, dès l’ouverture des débats : "J’ai besoin de savoir. Ils sont présents les avocats ou pas ? Je les vois là, avec leurs robes. Ils sont là ou pas ?". Une avocate se lève : "Nous sommes présents mais demandons en bloc le renvoi de ce dossier." L’ambiance est un brin tendue. La présidente doit de son côté faire face à une organisation des débats inhabituelle. Si le procureur estime le renvoi du dossier inévitable en raison de l’absence d’un des prévenus, il attend en revanche les attentes des prévenus quant à leur demande remise en liberté.

Un prévenu lit un texte vraisemblablement écrit avec son avocat. Un autre n’a pas grand-chose à dire. Et le troisième explique avec difficulté qu’il veut modifier son contrôle judiciaire. Sa fille vient à son secours pour traduire ses propos. Le procureur prend la parole. Visage crispé. À peine a-t-il commencé qu’un des prévenus veut l’interrompre. Froidement, il le recadre : "Vous ne me coupez pas la parole. Vous aurez la parole en dernier. Mais je comprends, vous n’avez pas d’avocat, vous ne maîtrisez pas la procédure pénale." Une pique.

Il poursuit son propos. Et conclut sur les délais de renvois qui sont très courts, en raison de l’absence d’un des prévenus. "Compte tenu du fait qu’il n’a pas d’avocat pour le représenter, il perd le bénéfice d’un délai plus long." Nouvelle pique.

"On nous promet des audiences tardives…"

Les juges se retirent pour délibérer. Des trois prévenus, un se voit placé sous contrôle judiciaire et ne retourne pas en cellule. Pour les deux autres, rien ne change. Quant au dossier, il est renvoyé au 24 janvier, Soit ce vendredi.

"Il y a des chances que l’on soit encore en grève", glisse une avocate à l’extérieur de la salle. La détermination des robes noires est palpable.

Pourtant les dossiers renvoyés commencent à s’accumuler. "On nous promet des audiences tardives après la grève ", lance une avocate, pas dépitée pour autant. Une assemblée générale du barreau des avocats de l’Aveyron est prévue ce mardi.

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