Municipales 2020

Le poids de plus en plus marqué de l’intercommunalité

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    Dans le Ruthénois, la coopération intercommunale a déjà plus d’un demi-siècle de pratique… Archives JAT / Archives JAT
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Les élections municipales permettent également de désigner les élus communautaires. Une intercommunalité dont les compétences sont de plus en plus nombreuses.

Les 15 et 22 mars prochains, les quelque 218 000 électeurs aveyronnais seront appelés à désigner, à la fois, leurs représentants municipaux et communautaires. Car si l’intercommunalité a mis du temps à se mettre en place (en Aveyron, le schéma départemental de coopération intercommunale a été adopté en mars 2016, après bien des tergiversations), l’échelon communautaire a pris le pas sur l’échelon municipal, dans bien des domaines, et pour nombre de compétences.

19 communautés

Les 285 communes aveyronnaises sont désormais regroupées au sein de 18 communautés de communes et une seule communauté d’agglomération, celle de Rodez Agglomération. Ce qui n’est d’ailleurs pas tout à fait vrai, puisque six communes de l’Ouest aveyronnais (Capdenac-Gare, Asprières, Balaguier-d’Olt, Causse-et-Diège, Salvagnac-Cajarc et Sonnac) ont décidé de franchir la frontière départementale, en rejoignant la tentaculaire communauté de communes (voulue par Martin Malvy) du Grand Figeac, qui regroupe 92 communes (!) sur un très, très vaste secteur géographique… Pendant que deux petites communes lotoises, Promilhanes et Laramière, ont fait le chemin inverse, en intégrant la communauté de communes du Villefranchois. Des communautés de taille, donc, et de nature différentes, neuf d’entre elles ayant moins de 10 000 habitants. Certaines beaucoup plus urbaines que d’autres. Avec des densités de population très variables : de 270 habitants au kilomètre carré pour Rodez Agglomération et 101 habitants pour Decazeville Communauté à seulement… 8 habitants pour Larzac et Vallées, 10 habitants pour Monts, Rance et Rougier, 11 habitants pour Lévézou-Pareloup ou 12 habitants pour la communauté de communes de la Muse et des Raspes du Tarn (ah, ces noms qui manquent de lisibilité géographique…)

De la gestion de l’eau aux transports publics

Quelles soient obligatoires, optionnelles ou facultatives, les compétences des communautés sont de plus en plus conséquentes… Politique de la ville, gestion de l’eau et de l’assainissement, transports publics, collecte des déchets, action culturelle et sociale, développement économique et touristique, petite enfance, urbanisme, environnement, habitat, cadre de vie et l’on en passe… Dans les territoires, qu’ils soient urbains ou ruraux, nombre de décisions sont prises dans les assemblées communautaires. Avec des moyens à la fois financiers et humains, qui ont tendance, eux aussi, à croître. Ainsi, le Grand Rodez mobilise aujourd’hui un budget de 90 M€, dont 47 M€ en investissement, et emploie 289 agents, alors que la Ville de Rodez mobilise 39,7 M€ et 439 agents. A un niveau moindre, Decazeville Communauté gère un budget de près de 39 M€, dont 14,33 M€ en investissement, et 114 agents, à comparer aux 14,20 M€ de budget et 166 agents (dont 76 pour le seul Comité communal d’action sociale), de la commune de Decazeville. À Millau et Villefranche-de-Rouergue, la situation est différente, le budget communal restant supérieur au budget communautaire. Le budget de la commune de Millau est ainsi de 40,60 M€, alors que celui de la communauté de communes Millau-Grands Causses ne pèse "que" 32 M€ A Villefranche, le budget communal s’élève à 24,20 M€ contre "seulement" 19,32 M€ (dont 6,40 M€ en investissement) pour le budget d’Ouest Aveyron Communauté.

Quelle part du gâteau ?

Si les approches communautaires sont très variables, d’un territoire à l’autre, les perceptions des élus le sont également. " Il faut arrêter de donner des compétences aux communautés de communes pour que de petites communes comme la nôtre puisse continuer à vivre, analyse Francis Cayron, le maire de Boisse-Penchot, qui se présente pour un quatrième mandat. À Decazeville Communauté, nous ne sommes que 12 communes et c’est déjà difficile, car chacun veut sa part du gâteau. Il faudrait déjà que chaque commune soit représentée au sein du bureau communautaire, ce qui n’est pas le cas. Quand on a un peu plus de bouteille, on résiste et on se débrouille, mais ce n’est pas la solution… "

Un sentiment que ne partagent pas vraiment les élus de Rodez Agglomération. "L’intercommunalité, on la vit bien, affirme Michel Gantou, le maire du Monastère. Il est normal que la ville centre ait plus que les petites communes. En retour on a des retombées. C’est du gagnant gagnant. " La maire de Sébazac-Concourès, Florence Cayla, tient à peu près les mêmes propos. "Certes, la communauté d’agglomération a de plus en plus de compétences, commente l’élue sébazacoise, mais nous avons une longue pratique de l’intercommunalité, nous ne sommes que huit, notre périmètre n’a pas changé et tous les maires sont au bureau de l’Agglo. C’est une situation plus confortable car nous avons de réelles habitudes de travail. C’est beaucoup plus facile. Ça se passe plutôt bien ce qui ne veut pas dire pour autant qu’on est d’accord sur tout. On peut parfois avoir le sentiment que tout se passe dans la ville centre, mais c’est partout pareil, et il nous appartient de faire valoir la solidarité."

Joël Born
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