Rodez : la peinture, une nécessité vitale pour Liliane Klapisch

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  • Liliane Klapisch, en compagnie de Valérie Grais, de la galerie Convergences, à Paris, lors du vernissage au musée Soulages.
    Liliane Klapisch, en compagnie de Valérie Grais, de la galerie Convergences, à Paris, lors du vernissage au musée Soulages. H.L. / H.L.
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Artiste peintre qui partage sa vie entre Jérusalem et Paris, Liliane Klapisch, exposée au musée Soulages dans le cadre de l’actuelle exposition temporaire Femmes années 50, Au fil de l’abstraction, peinture et sculpture, était présente lors du vernissage et a bien voulu se prêter au jeu de l’interview.

J’ai découvert que je voulais peindre à 14 ans, lors d’une expérience due à une primo-infection. En Suisse, à la montagne, je me promenais au bord d’une rivière : le reflet du ciel et des nuages dans l’eau m’a fait prendre conscience de la troisième dimension sur un seul plan. J’ai eu envie de faire la même chose ! J’ai passé mon bac, puis j’ai eu la chance de rencontrer un peintre, Léon Zack, qui m’a acceptée comme élève et encouragée à travailler. Il a souhaité que je présente mon travail à Pierre Soulages : j’étais très intimidée, mais Pierre Soulages a été d’une gentillesse extrême et c’est grâce à son “Vous êtes un peintre, allez-y, travaillez !”, que mes parents ont accepté ma vocation et que j’ai pu aller à l’académie Ranson, à Montparnasse."

Un carnet dans la poche

La rencontre avec Jeanne Coppel (connue pour ses collages), qui devient une amie et protectrice, lui permet d’exposer au Salon des réalités nouvelles. Mais en 1964, elle commence à douter de la facilité dans laquelle elle sent qu’elle s’enferme, et finit par passer définitivement de l’abstraction au figuratif, influencée par les grands peintres qu’elle étudie longuement au Louvre, à savoir Poussin, Matisse, Cézanne, Manet, Goya…

Comment définissez-vous votre peinture ? "C’est une histoire d’étincelle nature/peinture. Il faut qu’il y ait imbrication entre la perception directe de la nature et quelque chose qui renvoie à des souvenirs de peinture classique, une sorte de mémoire involontaire de la culture. Je vois un reflet, je pense immédiatement Manet, et l’envie de peindre est là ! Je sors tous les jours avec un carnet dans la poche : je vais à la pêche ! Je fais des croquis rapides, qui servent d’esquisses pour le futur tableau, puis, de mémoire, je restitue les couleurs, les formes… Ce travail de mémoire fait qu’il y a évolution au fur et à mesure de la création. L’inspiration vient toujours de la nature, ou d’un objet dont émane une présence : j’aime beaucoup Morandi, héritier de Chardin. La présence humaine est également très importante pour moi : il en émane une force ! Elle transforme l’espace, comme dans mes tableaux d’échafaudages, par exemple. J’écoute beaucoup de musique, je travaille en musique : Préludes et fugues de Bach, Quatuors de Beethoven… J’écoute tout le temps le même morceau : la musique m’aide à me concentrer, elle me guide, me donne le rythme de ma propre composition. Une musique est liée à une œuvre. Les œuvres de ma vie les plus marquantes pour moi ? Le tableau qui, le premier, marque mon passage de l’abstrait au figuratif, en 1965-66, inspiré par Nicolas Poussin : Funérailles de Phocion."

Une seconde nature

"C’était peindre ou mourir ", lance avec fougue Liliane Klapisch quand on évoque les années 50. La peinture, chez Liliane, c’est une seconde nature : "J’ouvre les yeux, j’ai la peinture en moi : je suis née avec ça, je ne l’ai pas décidé, ça me dépasse. Il faut avoir l’humilité de comprendre que ça vient d’ailleurs. Je pense qu’il y a des forces dans le monde. Moi je suis au service de ces forces. Mon rôle, c’est transmettre, montrer une certaine joie du monde. Ça passe à travers moi : quand c’est bien, quelque chose est passé que j’ai su capter. Si on est à l’écoute picturale, il en sort quelque chose. Matisse répondait à la question “Croyez-vous en Dieu ?” par “Si je crois en Dieu ? Oui, quand je travaille.”

Les grands peintres ont parlé de leur art en des termes qui sont toujours à l’ordre du jour et nous guident. Poussin, dans sa Lettre à Monsieur de Noyers du 20 février 1636 définit ainsi la peinture : “Moi qui fais profession des choses muettes” [pour les faire parler] : c’est ça, le secret !"

Être femme et peintre, un combat permanent

"Liliane n’est pas une femme peintre, c’est une peintre", affirmait le sculpteur Joseph Erhardy.

"Pour une femme, si le travail est le même que pour un homme, vis-à-vis de la société c’est très différent : c’est beaucoup plus difficile de faire reconnaître son travail. Je ne me suis pas occupée de ma carrière. J’ai choisi le travail. Aller tous les jours à l’atelier, travailler tous les jours quoi qu’il arrive. C’est dur : on est seul, on a des crises de désespoir, il faut s’accrocher. À quoi, on ne sait pas… On dépasse ça si on a la grâce d’être aimée, et encouragée. Ça compte énormément."

En 1956, Liliane Klapisch fait la connaissance de son futur mari, Stéphane Moses, alors étudiant en philosophie à l’ENS, qui ne cessera jamais de l’encourager à peindre. Trois enfants naissent de cette union : trois artistes ! Emmanuel, écrivain et poète, Anne Sherman, poète, Sonia-Rachel Moses-Klapisch, plasticienne (qui fait des "studios visites" à sa mère et est sa meilleure critique d’art !).

En 1970, Liliane Klapisch s’installe en Israël avec sa famille, et fait des allers-retours fréquents entre les deux pays, gardant toujours un lien étroit avec la France. Le galeriste Bineth, à Jérusalem, s’intéresse à son travail, puis le conservateur du musée de Jérusalem lui achète des œuvres. Un succès qui ne se démentira plus… En 2003 a lieu au Musée de Tel Aviv une grande rétrospective… Le rôle de l’art ? "L’art, dans la vie, c’est le “en plus” qui donne quelque chose à l’humanité. L’artiste, c’est celui qui donne. Quand on dit qu’il a un don, c’est celui de donner : à voir, à lire. L’essentiel, c’est d’être vrai."

Pour découvrir, le travail de l’artiste, vous pouvez visiter l’exposition temporaire Femmes années 50, Au fil de l’abstraction, peinture et sculpture au Musée Soulages, ouverte jusqu’au 10 mai, lire le catalogue d’exposition édité par le Musée, mais aussi consulter le catalogue édité par la galerie Convergences en juin 2017 à l’occasion de l’exposition que Valérie Grais lui a consacrée, catalogue que l’on peut consulter sur galerieconvergences.com.
Hélène Lecarme
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