Le vinyle creuse son nouveau sillon

  • 42% des acheteurs de vinyles ont moins de 30 ans et les équipements en platines ont progressé de 9% entre 2018 et 2019.
    42% des acheteurs de vinyles ont moins de 30 ans et les équipements en platines ont progressé de 9% entre 2018 et 2019. fabphoto / IStock.com / fabphoto / IStock.com
Publié le / Mis à jour le S'abonner
-- partages

(AFP) - C'est un second souffle pour les disques vinyles. "Il y a 15 ans, ils n'étaient plus en vente ou presque, aujourd'hui on en trouve en supermarché", se réjouit Christian Eudeline, rédacteur en chef du nouveau bimestriel "Vinyle & Audio", célébrant cette résurrection.

"Les chiffres de vente n'égaleront jamais ceux d'il y a 20-30 ans, mais aujourd'hui des +gamins+ de 15-25 ans achètent des vinyles et, depuis 7-8 ans, on trouve des platines +branchables+ sur ordinateur, c'est un nouveau marché, une deuxième vie, c'est assez rare", poursuit le rock-critique interrogé par l'AFP avant le lancement de son magazine jeudi.

Des tendances confirmées mardi par le Snep (Syndicat national de l'édition phonographique): 42% des acheteurs de vinyles ont moins de 30 ans et les équipements en platines ont progressé de 9% entre 2018 et 2019.

"L'engouement des français pour le vinyle ne se dément pas, ils sont toujours plus nombreux à en acheter", a exposé mardi Alexandre Lasch, directeur général du Snep lors de la présentation des résultats du marché français de la musique pour 2019. Soit 4,1 millions de galettes à sillons vendues en 2019 contre 3,9 millions en 2018. En 2015, seulement 900.000 vinyles s'étaient écoulés.

Alban Lecourt, responsable du magasin spécialisé Ground Zero, dans le Xe arrondissement de Paris, ne cache pas toutefois qu'il s'agit d'un "marché de niche, avec peu de pratiquants". Ce que n'occulte pas non plus le Snep: le vinyle représente 20% des ventes physiques, toujours dominées par le CD.

- "Essor d'année en année" -
Mais le disquaire indépendant souligne que "la quasi totalité de l'offre musique sort en vinyle" désormais, ce qui n'était plus le cas. "Nous on fait dans le rock, rock indé, mais il y a aussi des artistes de variété qui avaient délaissé ce support et y reviennent".

Les grandes enseignes soignent d'ailleurs le format. "On développe des espaces XXL en magasin avec un beau concept bleu nuit, de façon à bien mettre en valeur l'objet et les produits associés. L'espace dédié au vinyle s'est d'ailleurs très largement agrandi au fur et à mesure que le produit a pris son essor d'année en année", commente ainsi une porte-parole de la Fnac interrogée par l'AFP.

Les initiatives sont innombrables. L'Ina (Institut national de l'audiovisuel), en partenariat avec Diggers Factory, publie ainsi vendredi un 33 tours inédit de Damia, figure du milieu lesbien et de la chanson réaliste. Le disque, produit à 500 exemplaires, est tiré d'enregistrements radiophoniques (1941 à 1956) et alterne grands succès, titres rares et même quatre morceaux jamais publiés.

"Vinyle & Audio" explore toutes les facettes de ce renouveau entre interviews d'artistes qui y sont attachés - Jean-Louis Aubert en couverture-, portraits de passionnés - DJ, collectionneurs, etc - et tests matériels grand public (100 pages, 30.000 exemplaires, 8,90 euros, éditions d'Acamar).

- "Culture de la pochette" -
Sans oublier un focus sur les pochettes, vecteur mi-arty, mi-fétichiste. "Andy Warhol disait qu'on pouvait mettre un 33 tours sur sa cheminée, c'est une sorte d'œuvre d'art qu'on peut s'offrir", rebondit Christian Eudeline. Le journaliste multicartes feuillette d'ailleurs pendant l'interview un livre d'Elio Falcone, qui reproduit ses pochettes 33 ou 45 tours préférées en se grimant - seul ou avec ses proches - devant l'objectif d'un appareil photo.

"C'est une vraie culture la pochette, poursuit Christian Eudeline. J'ai toujours regardé qui la signe et j'ai même acheté des disques à cause de la pochette". Comme tous ces fans qui traversent le célèbre passage piétons à la manière des Beatles sur "Abbey Road", il aime lui aussi retrouver le décor sur le cliché. Et "prendre le même angle" que Robert Doisneau au parc de la Villette pour "Mandolino City" des Rita Mitsouko.

Christian Eudeline est tombé dedans "à 7-8 ans": "Titi et Grosminet, en 1974, un 45 tours avec une pochette rouge que j'ai retrouvée récemment dans mes archives, et puis les Rolling Stones, au grand dam de mes parents, +Its only rock'n'roll+".

Relaxnews
Voir les commentaires
Réagir