Salvagnac-Cajarc : Catarina Viti, romancière à l’accent napolitain

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  • Catarina Viti a trouvé l’inspiration dans le hameau quercinois d’Anglars, sur la commune de Salvagnac-Cajarc.
    Catarina Viti a trouvé l’inspiration dans le hameau quercinois d’Anglars, sur la commune de Salvagnac-Cajarc. J.B. / J.B.
  • Catarina Viti a trouvé l’inspiration dans le hameau quercinois d’Anglars, sur la commune de Salvagnac-Cajarc.
    Catarina Viti a trouvé l’inspiration dans le hameau quercinois d’Anglars, sur la commune de Salvagnac-Cajarc. J.B. / J.B.
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Auteur d’Adieu Amériques aux Presses littéraires, Catarina Viti s’est installée, depuis 2011, dans le hameau quercinois d’Anglars, sur les hauteurs de Salvagnac-Cajarc, aux confins de l’Aveyron et du Lot. Elle vit avec son mari Alain, dans une petite maison en bois, près de la nature, des oiseaux et de son potager.

Ce matin-là, le temps est gris, bas et froid. Des bourrasques de neige fondue balayent les paysages de l’Ouest Aveyron. Même s’il n’y a plus vraiment de saisons, après les températures printanières de ces derniers jours, le ciel vient nous rappeler que nous ne sommes encore qu’en février. La route est de plus en plus étroite et sinueuse, serpentant au milieu des forêts de chênes. Au bout d’un chemin, Catarina me fait signe de la main, comme pour mieux me signaler que je suis arrivé à bon port. Bienvenue dans le joli hameau d’Anglars, avec ses maisons de pierre typiquement quercinoises, sur les hauteurs de Salvagnac-Cajarc, à quelques battements d’ailes du Lot voisin.

L’appel de la forêt

L’histoire de Catarina Viti (son pseudo de romancière, à partir du prénom de sa grand-mère) fait partie de ces histoires dont pourrait se nourrir un écrivain. Myriam (son vrai prénom) et Alain, son mari, un ancien vigneron, sont originaires du Var, où ils sont nés, ont grandi, vécu et se sont rencontrés. En mai 2011, ils découvrent la région, lors de leur voyage de noces, qui les conduits jusqu’à La Capelle-Balaguier, où réside Anaïs, la fille d’Alain. Lors d’une balade en forêt, à la découverte des nombreux dolmens de la région, Catarina, qui entretient un rapport particulier à la nature, ressent comme un appel intérieur, lui suggérant de tourner une page, d’écrire un nouveau chapitre de sa vie, tant qu’il en est temps. " Alain était déjà à la retraite, moi je bossais comme une malade. Au même moment, j’ai perdu mon emploi. " L’automne de la même année, le couple n’hésite pas une seule seconde, fait ses cliques et ses claques, et décide de mettre le cap sur l’Ouest Aveyron pour s’installer dans une maison d’Anglars, avant de construire la sienne. Une petite maison en bois, parfaitement écologique, entourée de la nature et de son vaste potager, où Catarina se réfugie lorsqu’elle n’écrit pas. " C’était notre souhait le plus cher. On est autonomes, on a de tout. Et puis, nous avons été super-bien accueillis. On s’est glissés là-dedans et j’ai même rapidement trouvé un nouveau job ", raconte Myriam.

Écrivain sur le tard

Bien qu’elle ait déjà publié, par le passé, plusieurs ouvrages professionnels, Catarina est devenue écrivain sur le tard, comme elle dit. "J’écris depuis très longtemps, mais j’écris à plein temps depuis 2013 et la maladie d’Alain (son mari souffre d’insuffisance rénale). J’ai commencé à mettre des mots sur sa maladie et puis je me suis mise à écrire un roman. Avec ma famille, j’ai la chance d’avoir du matériel très riche…"

Paru aux Éditions Les Presse littéraires, en 2019, après deux bonnes années d’écriture et " plusieurs réécritures ", son premier roman à compte d’éditeur, Adieu Amériques, a été salué par de belles critiques. " En tant que personne, je n’ai besoin de rien, relativise Catarina, mais je veux faire vivre ce texte, qui contient beaucoup de choses importantes. Je veux absolument que ce texte ait une vie. C’est le début d’une trilogie qui parle de choses vraies. "

Adieu Amériques, c’est l’histoire d’une famille, d’origine napolitaine, passablement tourmentée. Des personnages torturés, à l’image du père et de la mère, mam’, une adepte de la sceneggiata, sorte de drame théâtral musical, issue de la culture et de la tradition napolitaine, autour de thèmes mélodramatiques, qui passent leur temps à s’entre-déchirer. Et puis, il y a Anna, la narratrice, une enfant de 10 ans qui tente de s’échapper de cet enfermement en rêvant d’Amériques. Anna se crée son Amérique, à partir des encyclopédies de Tout l’Univers et des unes de Paris-Match, mais la guerre du Vietnam et ses horreurs vont rapidement heurter l’image qu’elle s’en faisait.

Double culture

"Je suis marquée par la culture méditerranéenne, la mythologie grecque, la mer qui porte la mythologie, confie la romancière, dont le père, Napolitain, avait fui l’Italie pour s’installer dans le sud de la France. Catarina, c’est l’aboutissement, la fusion de deux cultures, une double culture franco-napolitaine. Mes racines sont là tout le temps. Quelque part, j’écris en français en pensant napolitain. Dans l’enfance, la double nationalité était une atrocité, car les Napolitains étaient montrés du doigt…"

Marquée par la mythologie grecque, Catarina l’a été aussi par le cinéma. Le cinéma italien, bien sûr. Celui de Fellini et Scola. "Quand j’écris, la tragédie grecque n’est jamais loin, poursuit-elle. Je m’aperçois finalement que j’ai réécrit le mythe du labyrinthe. Les trois personnages sont prisonniers d’un labyrinthe, qui est aussi fabriqué des fantasmes du père et de la mère. Deux n’en sortiront jamais. Anna en sortira-t-elle et comment ?"

Dans son prochain roman, Catarina évoquera cet Oncle d’Italie, qui fut légionnaire avant de devenir "gâchette" du parrain toulonnais, Jean-Louis Fargette.

"C’est très dur de vivre avec un écrivain, s’amuse Alain, qui est, à la fois, le premier lecteur et le premier correcteur de Catarina. Un livre, il faut que ça chante…"

Dehors, le soleil tente une timide et brève apparition. Des nuées d’oiseaux colorés viennent se ravitailler en piaillant dans les mangeoires de la maisonnette. "Je suis bien ici", lâche Catarina, en me raccompagnant à la voiture. Comme on la comprend…

www.catarinaviti.com

Romans et novellas

Adieu Amériques est donc le premier roman d’une trilogie, sur la vie passablement délirante d’une famille quelque peu extravagante, dont Catarina Viti a déjà commencé à écrire le deuxième opus L’Oncle d’Italie, lequel sera suivi de Felicità. Auteur hybride, comme elle le résume elle-même, la romancière aveyronnaise est également l’auteur de Femme au bord du monde, que l’on peut se procurer sur Amazon, et de plusieurs novellas, de pures fictions animées par des personnages à la dérive. Des « petites gens du Sud-Est de la France, laissés pour compte de la société et héros, malgré eux, d’une mythologie ignorée. » Les trois novellas de la série Blues, Quelqu’un de son sang, Calibre 12 et Noir Animal sont également disponibles sur Amazon. On peut commander en librairie la série, compilée par BookElis. Catarina anime aussi des collectifs d’auteurs de plusieurs pays, dont Hassan, un auteur tunisien de Djerba, qu’elle accompagne dans sa quête d’un éditeur français pour publier son conte philosophique, traduit de l’arabe, Le Royaume de la liberté.
 

Joel Born
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