Les droits des femmes : six Aveyronnaises mettent des mots sur des maux qui durent

  • Aurélie Brégier
    Aurélie Brégier / /
  • Laurence Cahors
    Laurence Cahors
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    Fabienne Célard Centre Presse / Rui Dos Santos / Centre Presse
  • Sandrine Hoarau
    Sandrine Hoarau / /
  • Marguerite Gimalac
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  • Anne Blanc
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8 mars. Dans le cadre de la Journée internationale des droits des femmes, six Aveyronnaises, d’origine ou bien d’adoption, ont accepté de témoigner, répondant aux trois mêmes questions :
1. Y a-t-il une femme qui vous a inspiré dans vos actions, votre engagement ?
2. Dans votre mission, être une femme, est-ce un atout ou bien alors un handicap ?
3. Grâce à une baguette magique, quel serait votre premier bouleversement ?
 

Aurélie Brégier

Directrice du centre d’information sur les droits des femmes et des familles (CIDFF), Rodez, 40 ans, maman de deux garçons.

1. Il y en a deux, indissociables dans mon esprit. Tout d’abord, ma maman. Elle a toujours travaillé, avec un poste à responsabilités, elle a eu six enfants et les a élevés pratiquement seule. Du coup, dès mon plus jeune âge, je me suis posé beaucoup de questions. Comme, par exemple : Pourquoi autant de charges morales pour les femmes, qui paraissent normales à tout le monde ? Puis, notre ancienne présidente (2011-2014), Nancy de Stefanis Dupin. C’est mon mentor, mon modèle. Avec bienveillance et une belle énergie, elle a permis l’essor du CIDFF et qu’il soit à la place où il est aujourd’hui.

2. Je milite, depuis longtemps, pour la mixité dans les équipes, au boulot. C’est vraiment très enrichissant. être une femme peut devenir un handicap et j’en ai d’ailleurs souffert quand j’étais cadre dans un milieu médical. Cela ressemblait clairement à de la misogynie. On demande trois fois plus à une femme quand elle doit faire ses preuves. Si elle tape du poing sur la table, on dit qu’elle est caractérielle. Sans parler des remarques sexistes qu’il faut affronter : la tenue, la coiffure ou encore la couleur du sac à main. Nous vivons encore dans une société patriarcale, avec des stéréotypes bien ancrés.

3. L’urgence est de faire bouger les lignes, d’aller vers plus d’égalité. Il faut essayer d’aider la société à réfléchir. Mon leitmotiv pourrait être : le respect de l’autre, à valeur égale.

Laurence Cahors

Secrétaire départementale de la CGT-La Poste, Decazeville, 50 ans, maman d’une fille.

1. Je n’ai aucun exemple, ni dans mon milieu familial, ni autour de moi. C’est mon entrée à la CGT, en 1999, qui a été le déclencheur. C’est là que j’ai découvert les inégalités ou, plus précisément, qu’elles étaient encore plus fortes que ce que je pensais. Mais, je ne suis pas devenue une militante active ce jour-là. Je suis en effet convaincue que ma scolarité dans le Bassin, terre historique de luttes par le passé, a forgé mon caractère. Tant au collège qu’au lycée, il y avait beaucoup de nationalités représentées. Je pense que les différences de chacun sont une force, un encouragement à l’ouverture d’esprit. Mais, mes combats n’ont pas été alimentés seulement par ce que j’ai vu chez les autres, puisque j’ai subi à titre personnel de plein fouet la précarité à La Poste.

2. Quand je suis arrivée à La Poste, en 1994, il y avait deux femmes pour vingt tournées. Aujourd’hui, c’est du 50-50. Mais, il ne faut pas s’arrêter au constat comptable. Il y a également un autre état d’esprit, une valeur ajoutée aussi. Cette féminisation a permis, par exemple, de bénéficier enfin de matériel adapté. Quand je suis entrée à la CGT, les femmes n’étaient pas majoritaires non plus mais je n’ai pas ressenti le moindre souci chez les hommes à laisser leur place à une femme. Depuis quatre ans, on syndique davantage de femmes que d’hommes. L’évolution est lente mais il n’y a pas de frein ! La femme peut être un exemple.

3. Il y a tellement de préoccupations. L’égalité professionnelle, en particulier, avec des écarts intolérables entre les femmes et les hommes : 25 % au niveau du salaire à travail égal et 42 % pour les retraites. On condamne les femmes à la misère ! Je regrette aussi qu’on ait reculé en matière de crèches d’entreprises, de travail de nuit, d’aménagement des horaires… Ce sont les femmes qui se sacrifient pour être ainsi de "bonnes mamans" (s’occuper des enfants) et des "épouses modèles" (faire tourner la maison).

Fabienne Célard

Travailleuse indépendante, créatrice de Terres fromagères, Olemps, 35 ans.

1. Je n’ai pas envie d’avoir un exemple en particulier car je préfère saluer toutes celles qui sont le symbole de quelque chose. Comme celles qui font le pas de l’entreprenariat. S’il faut vraiment que je cite quelqu’un, l’actualité m’encourage à mettre en exergue Adèle Haenel. C’est ce que j’appelle une femme courageuse. Lors de la récente cérémonie des César, elle n’a ainsi pas hésité à dénoncer des choses graves et n’a pas eu peur de mettre en péril sa carrière. Avec le temps, il y a visiblement des lignes qui bougent.

2. C’est parfois un atout. Dans mon commerce, sur les marchés, ce sont majoritairement les femmes qui font les courses. Du coup, la complicité avec les clientes est indéniable. Mais, ce n’est pas toujours rose comme ça. Je ne sais pas si on peut parler de handicap mais il existe des situations délicates. Une femme indépendante, c’est parfois insultant pour certains hommes qui ont du mal à définir leur virilité. Ils expriment souvent une violence verbale en dessous de la ceinture. Quand une femme dit "Stop" ou "ça ne me plaît plus", on lui dit régulièrement qu’elle n’a pas d’humour, qu’elle est hystérique, autoritaire, castratrice. Il faut que ces remarques prennent fin. L’actualité montre que les femmes expriment un mal-être. écoutons-les !

3. Les silences se brisent. C’est formidable ! Et ça élimine ainsi certains prédateurs. Mais, les combats à mener sont encore nombreux. Je pense à la misogynie, qui est une forme de racisme, mais également les complaisances qui sont une plaie. à mon sens, la priorité est toutefois l’éducation. En focalisant vraiment sur la notion de consentement. Quand c’est non, c’est non ! Quand on dit stop, c’est stop ! Ce message est à faire passer, bien sûr, auprès des jeunes, mais pas seulement.

Sandrine Hoarau

Directrice du Sydom (syndicat des ordures ménagères), 46 ans, mère de trois enfants.

1. Choisir une femme qui m’a marquée est difficile car nombreuses sont celles qui ont œuvré pour que les femmes aient un rôle, un statut dans la société en tant que citoyennes mais aussi en tant que femmes indépendantes et libres de leurs choix. Le premier nom qui surgit est celui d’Olympe de Gouges, une des pionnières de la cause des femmes au XVIIIe siècle. Ne fut-elle pas la première à écrire "Les droits de la femme et de la citoyenne" prônant ainsi l’égalité entre hommes et femmes ?

2. J’aimerais d’emblée réfuter ces mots car, pour moi, ils n’ont pas lieu d’être ! Une femme ou un homme doit être choisi professionnellement pour ses capacités et non pas pour un physique ou un sexe. Les femmes d’aujourd’hui ont fait des études, sont diplômées, ouvertes à tous les problèmes de société. Elles sont donc aptes à accomplir des missions complexes et difficiles, comme les hommes. Mais, le fait qu’il y ait une journée des droits des femmes est assez révélateur des codes masculins qui régissent encore notre société. à titre personnel, j’exerce un métier dans un domaine très masculin, technique et lié au traitement des déchets. Le Sydom m’a recruté pour mes compétences et mon parcours professionnel, sans préjugé.

3. Je voudrais donner au monde les moyens de s’arrêter une seconde. Le temps de se poser sur son histoire, son présent et son futur. Une sorte d’arrêt sur image qui nous permette de nous extraire de l’urgence quotidienne, avec nos soucis souvent de très court terme, si ridiculement court en comparaison de l’histoire de l’Humanité. Prendre le recul nécessaire sur nos modes de vie, pour poser les vraies priorités et repartir sur ce qui est réellement important : l’avenir de nos enfants, de notre planète…

Marguerite Gimalac

Présidente du comité départemental de tennis, 66 ans, Sébazac, retraitée de l’usine Bosch.

1. Je ne suis pas du genre à avoir des modèles car c’est un encouragement à focaliser sur quelqu’un, alors qu’il faut féliciter toutes celles qui bougent ne serait-ce qu’une phalange, mais je reconnais que j’ai un faible pour Carole Delga. La présidente de l’Occitanie (NDLR : elles ne sont que trois à la tête des treize régions administratives métropolitaines, avec Marie-Guite Dufay pour la Bourgogne-Franche-Comté et Valérie Pécresse pour l’Ile-de-France) dégage de l’honnêteté, de la franchise. Elle a mon admiration car, c’est bien connu, la politique, c’est pour les hommes. Elle se bat au quotidien, je ne sais pas comment elle fait. Elle doit avoir des épaules solides.

2. C’est un atout ! Je suis, en effet, respectée par les messieurs (les douze autres présidents de la Ligue de tennis sont des hommes), il y a de l’échange car ils m’intègrent par rapport à ce que je suis. La parole féminine est plus réfléchie. Nous sommes davantage dans le vrai, moins dans la politique, plus concrètes. Les hommes sont moins sincères. Il ne faut pas généraliser, ni dans un sens, ni dans l’autre, mais, globalement, c’est une réalité. Le tableau pourrait paraître assez dégagé pour les femmes mais force est de reconnaître qu’il faut s’imposer, se faire sa place. Pour moi, elle ne s’est pas faite toute seule !

3. L’urgence, à mon sens, est d’arrêter que les femmes soient cataloguées. On veut, on dit certes mais il n’empêche que, dans les faits, on est encore en dessous : tant financièrement qu’au niveau des responsabilités. On ne peut pas se voiler la face, même si on enfonce des portes ouvertes : les choses ont du mal à changer. La parole s’est libérée, l’information circule, certains  méfaits" sont enfin pris au sérieux. Il n’y a pas de souci là-dessus mais, en revanche, la concrétisation se fait encore sérieusement attendre. La vérité est là !

Anne Blanc

Députée de la 2e circonscription, 53 ans, Naucelle, infirmière, mère de quatre enfants.

1. Ça peut paraître banal mais peu importe. Pour moi, sans hésitation aucune, Simone Veil représente l’image de la femme qui a mené des combats toute sa vie. C’est un exemple ! Magistrate (après des études de droit et de science politique), elle a été nommée ministre de la Santé et a été chargée de faire adopter la loi dépénalisant le recours par une femme à l’IVG (interruption volontaire de grossesse). Elle est devenue une icône de la lutte contre la discrimination des femmes.

2. Les deux mon capitaine ! Disons qu’il y a une nuance importante quand il s’agit du niveau local ou de l’échelon national. Quand je sillonne la deuxième circonscription, je fais montre d’empathie, d’un sens développé de l’écoute et le rapport aux personnes est très différent. Ces valeurs sont autant de qualités, et donc des atouts. Mon vécu, ainsi que mon expérience, jouent (vraiment) pour moi. Faire travailler les gens ensemble est facilité. Quand je me retrouve à l’Assemblée nationale, comme il y a des enjeux de pouvoir, c’est beaucoup plus compliqué. D’entrée de jeu, ma présence était moins légitime, elle n’était pas naturelle. Visiblement, ce n’est pas une histoire de compétences, juste le fait d’être une femme. Dans l’hémicycle, c’est culturel : la politique, c’est pour les hommes et ce sont eux qui prennent les grandes décisions.

3. Pour moi, le premier combat est, sans conteste, de convaincre les femmes d’avoir confiance en elles. Il faut arrêter de mettre dans la balance leurs compétences, leurs qualités. Mais, il ne faut pas perdre de vue que ce n’est pas un texte de loi qui va changer ça. Il faut encourager un maximum de femmes à prendre des responsabilités pour servir d’exemples…

 

Rui Dos Santos
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