Trauman : "Il faut faire le dos rond"

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  • Marc Guillaume, Olivier Marbot et Jacques Trauman.
    Marc Guillaume, Olivier Marbot et Jacques Trauman.
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Jacques Trauman a des attaches à Decazeville et à Cahors. Son éditeur, Marc Guillaume, est originaire de Firmi. Ancien banquier d’affaires, avec 35 ans d’expérience, Jacques Trauman a publié en 2018 "Tout vu, rien retenu : de Macron à Berlusconi", rédigé avec le journaliste Olivier Marbot (Éditions Descartes et Cie).

Ce livre retrace certaines des plus grandes crises financières depuis l’origine des temps. Nous lui avons demandé son opinion à chaud sur la crise que subissent à l’heure actuelle les bourses mondiales en raison du coronavirus.

Comment analysez-vous ces chutes boursières ?

"Les marchés financiers, et d’abord les bourses, sont le reflet de l’économie réelle. Les perspectives de crise économique ouvertes par le coronavirus ne peuvent qu’entraîner une réaction négative des bourses. C’était à prévoir. Quand les autorités françaises prévoient un taux de croissance négatif de – 1 % pour 2020, cela signifie plus de faillites et moins de profit, donc une valorisation moins élevée des actions. La chute des bourses était inscrite dans les faits et elle est logique. Mais les autorités du monde entier ont sans doute jeté, sans le vouloir, de l’huile sur le feu. D’abord, la guerre du pétrole entre l’Arabie Saoudite et la Russie a entraîné un effondrement du prix du pétrole et par contrecoup celui des valeurs pétrolières. De plus, les producteurs de gaz de schiste risquent d’être en grave difficulté, et comme ce sont de gros emprunteurs, ils peuvent mettre des banques américaines en difficulté. Ensuite Donald Trump, en annonçant une fermeture des frontières au lieu d’un plan de soutien à l’économie, a plombé le moral des marchés.

Enfin, Christine Lagarde, patronne de la BCE, en déclarant que le rôle de cette institution n’était pas de maintenir le " spread " entre le taux des obligations italiennes et allemandes (c’est-à-dire la différence de taux d’intérêt entre l’Italie et l’Allemagne) a déclenché une hausse brutale des taux de l’Italie et une chute supplémentaire des bourses (elle s’est depuis excusée de ces déclarations imprudentes et intempestives).

Bref, coronavirus plus maladresse des dirigeants au départ ont créé une véritable panique bancaire avec des chutes quotidiennes des cours de plus de 10 %, du jamais vu depuis 1987".

Est-ce une crise exceptionnelle ?

"C’est une crise très grave. Chaque crise est exceptionnelle car elle est à chaque fois différente. Les crises financières ou bancaires sont déclenchées par des phénomènes endogènes (inhérentes au système) ou exogène (extérieure au système). La crise de 2008 était endogène, un endettement excessif de certains agents économiques et des pratiques bancaires irresponsables en étant la cause. Cette fois, il s’agit d’une crise exogène, le détonateur est extérieur au système financier. Telle la crise financière extrêmement grave qu’a connue Rome en 33 après J.C., sous l’empereur Tibère ou la crise financière de 1907 qui fut déclenchée par un tremblement de terre en Californie en 1906. Mais fort heureusement il y a maintenant des banques centrales pour injecter de l’argent ".

Comment s’en sortir ?

"Les Américains disent " It will get worse before it gets better ", c’est-à-dire " ça va s’aggraver avant de s’améliorer ". Les bourses mondiales ont perdu 25 %, 30 %, 35 % depuis environ un mois. Il va falloir d’abord évaluer les dégâts, on n’y est pas car la crise ne fait que commencer. Ensuite, le monde sortira très différent de ce coronavirus, en particulier sur des sujets majeurs comme ceux de la mondialisation ou de la souveraineté des États. Peut-on laisser à la Chine le monopole de la production de certains produits médicaux, pour ne mentionner que cela ? Il faudra sans doute relocaliser de nombreuses activités, rapatrier des usines…

Par ailleurs, comment va s’articuler l’Europe par rapport aux Etats-Nations, quid de la libre circulation des personnes et des marchandises, déjà passablement mise à mal par le coronavirus ?). Le monde qui va émerger sera-t-il très différent de celui que nous avons connu, quel sera l’impact sur la croissance ? Que vont devenir l’Europe et le vaste marché européen ? C’est tout cela que les marchés devront évaluer avant de se stabiliser, on voit que ce n’est pas pour demain. Les marchés sont dans une incertitude totale, et ils n’aiment pas cela. Ils sont aussi extrêmement nerveux, la moindre mauvaise nouvelle peut les plonger dans la tourmente.

Il faut faire le dos rond, espérer que les banques centrales trouveront la réponse appropriée, et surtout garder son calme en ne se retirant pas des marchés à l’heure actuelle, une sortie intempestive ne pouvant que matérialiser des pertes qui ne sont pour l’instant que virtuelles ".

GDM
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