Face au Covid-19, des médecins exigent un confinement "beaucoup plus radical"

  • Chez les médecins, des voix de plus en plus nombreuses se font entendre pour exiger une mise sous cloche "totale" de la population
    Chez les médecins, des voix de plus en plus nombreuses se font entendre pour exiger une mise sous cloche "totale" de la population PATRICK HERTZOG / AFP / PATRICK HERTZOG / AFP
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(AFP) - Pas assez strict, le confinement? Chez les médecins, des voix de plus en plus nombreuses se font entendre pour exiger une mise sous cloche "totale" de la population, le gouvernement craignant de voir l'économie s'effondrer en cas d'arrêt global de l'activité.

"C'est un confinement total et absolu de l'ensemble de la population dont nous avons besoin, à l'instar des mesures déployées en Chine", estime le principal syndicat des internes de médecine (Insi), qui juge insuffisantes les mesures prises pour endiguer l'épidémie de Covid-19.

En ligne de mire: la poursuite de l'activité dans de nombreuses entreprises "non vitales", mais aussi le maintien des transports en commun et de certaines sorties -- le syndicat de médecins jugeant les messages du gouvernement en partie "ambigus".

"Moins le confinement sera strictement appliqué, plus les réanimations seront saturées", a souligné l'Insi dans un message à Emmanuel Macron. "Votre responsabilité est d'être clair, précis et ferme. Vous devez cesser les demi-mesures et les discours équivoques".

Aller plus loin dans les mesures contraignantes? Malgré les problèmes d'organisation que cela implique, de plus en plus de médecins s'y disent favorables, le confinement instauré mardi étant jugé trop laxiste et partiellement inefficace.

"Il faut clairement serrer la vis. C'est la seule solution pour enrayer cette épidémie et empêcher d'avoir un scénario à l'italienne", estime auprès de l'AFP le président des médecins de France Jean-Paul Hamon, lui-même contaminé par le coronavirus.

"La situation épidémique est telle que la seule solution viable doit passer par un confinement total", abonde le syndicat Jeunes Médecins.

Dans un communiqué, cette organisation syndicale a annoncé vendredi qu'elle saisissait le Conseil d'État d'un "référé liberté", une procédure d'urgence, pour "contraindre le Premier ministre à prendre en urgence les mesures qui s'imposent".

"Les jeunes médecins mesurent les conséquences d'une mesure de confinement total et les contraintes que cela imposera à la population" mais "nous ne pouvons laisser les soignants et les patients mettre leur vie en danger", justifie le syndicat.

- "message contradictoire" -
Ces derniers jours, plusieurs municipalités se sont agacées du manque de respect par la population des mesures édictées par les autorités -- malgré l'instauration d'amendes forfaitaires de 135 euros, avec possibilité de gardes à vue pour "mise en danger de la vie d'autrui".

A Bordeaux, la ville a ainsi pris un arrêté interdisant ses quais sur les deux rives de la Garonne parce qu'ils restaient "fréquentés anormalement par les promeneurs et joggeurs" malgré "les consignes strictes" et "les contrôles".

Dans les Yvelines, le Val-de-Marne et le Val-d'Oise, les préfectures ont interdit l'accès aux parcs, jardins publics et aux forêts. Les plages de l'arc méditerranéen et de la Corse ont elles aussi été fermées en raison du trop grand nombre de personnes à s'y aventurer.

"Le problème, c'est que le message du gouvernement est contradictoire. On ne peut pas demander aux Français de rester confinés chez eux tout en leur demandant d'aller travailler: les gens ne comprennent pas", juge Jean-Paul Hamon.

Lors d'une visite jeudi à l'Institut Pasteur, Emmanuel Macron a déploré que "trop" de personnes continuent de "prendre à la légère" les consignes de confinement, Edouard Philippe ayant déploré de son côté "la légèreté et l'insouciance" des Français.

Mais le gouvernement a écarté dans le même temps un arrêt total de l'activité, exhortant les entreprises et salariés à la poursuivre afin que l'économie, déjà très affectée par la crise du coronavirus, ne s'arrête pas.

Cette position n'est pas "contradictoire" avec les mesures de confinement, a défendu l'exécutif. "Il est absolument compatible et nécessaire de mêler les deux", a-t-il précisé -- alors qu'une prolongation du confinement, initialement fixé à deux semaines, est à l'étude.

Un avis que le Dr Hamon, en quarantaine depuis plusieurs jours, dit ne pas partager: "de toute façon, l'économie s'arrêtera si l'épidémie devient incontrôlable. Il faut donc arrêter de tergiverser et prendre des mesures beaucoup plus radicales".

Relaxnews
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