Les pistes de la rédaction de Centre Presse pour positiver malgré tout

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Elle aussi confinée, la rédaction de Centre Presse a comme chacun dû s’adapter à cette situation inédite, quasi surréaliste, en s’interrogeant, observant, tatonnant aussi. Mais avec un souhait commun, celui de faire 
contre mauvaise fortune bon cœur. Voici quelques-unes de nos réflexions in situ. 

 

BRAVO ! 

Il était 20 heures mercredi à Rodez quand j’ai fendu une avenue Victor-Hugo, déserte et inquiétante, pour rejoindre la rédaction : les applaudissements, timides puis nourris, ont déchiré la nuit. Surprise ! J’avais beau marcher avec une élégance rare, je n’ai pas compris de suite ce que me valait tant d’attention.
Mais ce n’était pas pour moi. La France s’apprête en fait à passer Pâques au balcon pour soutenir ses soignants. Vous savez, la France qu’on aime. Celle qui mesure la chance qu’elle a après chaque malheur. Janvier puis novembre 2015, juillet 2016…
Mon ego s’en remettra. L’heure est trop grave. Mais gageons qu’elle permette, à titre individuel mais aussi collectivement, de mesurer combien, à l’heure d’équilibrer le budget de la nation et de chercher des pistes d’économie, la santé doit rester un sanctuaire. Pourquoi #jerestepositif ? Parce que ce que crie l’hôpital depuis des années devrait être désormais mieux audible, une fois que cette merde sera derrière nous.
-Pascal-

NOUVEAUX REPÈRES

Le confinement a du bon car on se dit qu’on aura le temps.Le temps de faire tout ce qu’on a voulu faire, mais qu’on a toujours repoussé, écarté, rangé pour finalement oublier de le faire.On songe à tous ces placards, qu’on va ranger nickel, ces milliers de photos de vacances qu’on va pouvoir enfin ranger trier, peut-être même faire un truc de fou… un album ! On se dit youpi ! Je vais enfin me lancer dans le bricolage.Cela fait des années que je garde cette vieille table basse que je ne veux pas jeter, parce que j’ai une idée de relookage… Et mon dressing qui ne ressemble plus à rien, je vais m’y mettre cette semaine, promis juré.Seul bémol, on n’est pas tout seul à la maison.La marmaille s’ennuie et vous sollicite pour les devoirs, tandis que le mari découvre la maison.Tout un univers invisible jusque-là pour lui et où il a son mot à dire sur tout ! Il râle, il cherche ses repères… Vous n’avez qu’une envie, le faire sortir, quitte à lui payer l’amende, retrouver un peu de temps, pour faire tout ce qu’on a toujours rêvé de faire.
-SALIMA-

 

ET SURTOUT… À TA SANTÉ !

Rester prisonnier de soi-même et de sa cellule familiale a d’autres vertus que celle d’écouter pousser ses cheveux qu’un coiffeur ne viendra pas couper : on s’ouvre aux autres.Aux gens oubliés le reste du temps et que l’on prend plaisir à appeler quitte à les entendre tousser. Telle cette tata félonne reniée du répertoire téléphonique parce qu’elle a piqué du pognon à toute la famille sans jamais le rendre. On l’appelle et on finit par renouer le contact, en oubliant d’évoquer les remboursements. Que du positif : la tata n’était pas retorse, juste légère. On se redécouvre, en même temps que l’on invente d’autres pratiques. Mon épouse se lance à faire du pain. Il est douloureux au goût, la mie colle aux doigts. Moi, je tente de faire des cigarettes avec une attestation de sortie (découpée dans Centre Presse) et le produit de la tonte de la pelouse une fois séché.Je tousse, c’est infâme, j’arrête, j’ai peur. On découvre donc que l’on peut se passer du pain, et de fumer (c’est plus dur) : la santé y gagne. Alors on convoque quelques amis pour célébrer cette trouvaille.Par WhatsApp et Face time,  téléphone en main, on se fait un apéro à distance, on rit en vidant les verres par écrans interposés, on compare nos mojitos et le reste. Et on boit comme pour oublier que, finalement, rien ne sera jamais comme avant. Santé !
-CHRISTOPHE-


TECHNO PUZZLE

Je reste positif, c’est d’ailleurs dans ma nature. Le confinement laissera des traces, forcément, et il y aura un «avant» et un «après», au moins durant quelques mois j’ose l’espérer. Mais «pendant», il faut bien le vivre de la meilleure des manières qu’il soit. Et pour cela, quoi de mieux que la famille autour de soi. Accompagner les enfants dans leurs devoirs, retrouver un livre oublié sur une étagère, terminer ce «satané» puzzle où Harry Potter vous nargue depuis quelques semaines, bricoler à l’extérieur (une chance que certains n’ont pas)... Bref, s’accommoder de cette vie enfermée en s’ouvrant aux proches et aux amis grâce à la technologie...
-PAULO-


UNE SOCIETE PLUS APAISEE

Trouver le positif dans le négatif. Rien d’évident à cela. Surtout quand ces mesures de confinement ont été brutales, difficile de s’adapter. Les premiers jours peuvent être suffocants. Mais passé la sidération, on s’organise. Puis, le repli sur soi va laisser place à l’ouverture vers l’autre. Nécessairement. Ce moment est l’occasion de prendre des nouvelles des uns, de tendre la main vers les autres. D’ailleurs des associations, les Restos du cœur notamment, cherchent des bénévoles pour poursuivre leur mission. Et puis, peut-être, que cette expérience collective nous donnera l’envie de changer cette société où l’on passe notre temps à courir après le temps. Apprécier plus encore la nature, les grands espaces, que nous ne pouvons plus arpenter. Alors que nous l’avons maltraitée ces dernières décennies. Il doit ressortir de cette épreuve collective l’envie d’aller vers une société plus apaisée, plus fraternelle.
-PHILIPPE H.-

 

RETROUVER  LE TEMPS DE VIVRE

Confinement oblige, toute la famille reste à la maison. Plus de travail ou alors à domicile. Le foyer se transforme en bureau, en salle de classe voire en cour de récréation puisque les enfants sont « privés » d’école. Oublié les matins fatigués, pressés, stressés… Le lait qui déborde, la pêche aux habits, la chaussure qui manque… Fini la course à la sortie de l’école, du collège. Les devoirs à surveiller pendant la préparation du repas, la douche « rapide » du soir. Le dîner souvent expédié pour ne pas retarder l’heure du coucher. Et enfin les dents et au lit, toujours trop tard…
Voilà à quoi nous permet d’échapper le confinement. Moins de tensions, moins de fatigue, plus de partage et l’après-midi au jardin pour ceux qui ont la chance d’avoir un extérieur. Finalement, la vie, cloîtrés à la maison – quand on dispose d’assez d’espace – ça n’est pas si terrible !
-EMMANUEL-

 

TOUS VOISINS

Je me souviens d’un repas, dans les années 2000, chez les cousins de Pigüé... l’Argentine se relève alors à peine d’une terrible crise économique. Il y avait une belle petite tablée, je ne connaissais personne si ce n’est ceux qui avaient eu la gentillesse de m’héberger. Dont Nestor, le père de famille. Il me lança : «Vois-tu Philippe, à  cette table ce  ne sont que des voisins. Il y a quelques temps encore, je ne les  connaissais même pas. Mais quand il  y a eu la crise économique  ce fut plus dur de sortir, d’aller à  droite ou à gauche, et on s est rendus compte que l’on avait des voisins... depuis  régulièrement, on partage un petit repas, une bouteille de vin...»
Aujourd’hui  son propos fait écho en moi. Certes, il n’est pas question aujourd’hui d’inviter son voisin à dîner. Mais je revois aujourd’hui le sourire et l’œil pétillant de Nestor, traduisant sa fierté d’avoir retrouvé une sorte de bonheur simple. 
Il y aura un après-coronavirus. Et l’espoir que nous aurons nous aussi ce petit sourire...
-PHILIPPE R.-

 

MANGEURS DE PAPIER

Les historiens vont avoir du boulot. Notamment pour expliquer les ressorts psychologiques d’une crise telle que nous la vivons. Un point pourrait les laisser perplexes : la frénésie des Français à faire des stock de papier toilette. Les pâtes, le riz, le lait, les œufs, et autres denrées alimentaires, pourquoi pas, même si les autorités n’ont eu de cesse de marteler qu’aucune pénurie n’était en vue. Mais alors pourquoi le PQ ? Le virus s’attaque aux poumons, pas aux intestins. Et, de prime abord, ça ne se mange pas le PQ. Et puis, au pire, on peut s’essuyer avec tout plein de choses. Imaginons une thèse publiée en 2243 et intitulée : 2020, le coronavirus ou l’heure de gloire du papier toilette...
-FRANÇOIS-

 

LE GRÉ APRÈS LA FOR CE ?

Il y a des mots qui aujourd’hui raisonnent étrangement dans les rues des villes vidées de vie. Des mots avec lesquels  les écolos nous saoulaient dans notre monde hyper actif. Des mots comme décroissance, empreinte carbone, développement durable, temps de travail partagé, circuits courts... Et même très courts, d’un seul coup. Car paf, voilà qu’un coronavirus affublé d’un nom de cibiste nous y colle tous.  De force. Après lui, peut-être, songerons-nous à tout cela de notre plein gré.
Mais bon, j’y crois peut-être un peu car je vis en dehors  des rues des villes, vides ou bondées. Ce dimanche, un éleveur «artisan» vient ravitailler la cinquantaine d’habitants du village en poulets et en œufs. Mardi, c’est une maraîchère qui passe. Même plus besoin de faire dix bornes pour aller au supermarché...
-LAURENT-

 

JOIE ET POÉSIE

En reprenant les mots de Jean d’Ormesson (Guide des égarés, chapitre « Joie », 2016), je dirais : « Dans ce monde enchanteur et si dur, ah ! que ma joie demeure. »
La période que nous vivons n’est pas simple. Le confinement n’est pas facile à vivre tous les jours. Malgré tout, je garde le moral, et ce, de plusieurs manières.
Tout d’abord, je relativise. Il y a un peu plus de c ent ans, le contexte géopolitique envoyait plusieurs millions de personnes sur le front de guerre. Et aujourd’hui, je peux sauver des vies, simplement, en ne sortant pas de chez moi.
Puis, je me projette. Mon caractère le veut, m ais j’ai l’habitude d’anticiper. Et j’imagine déjà ma prochaine séance de natation, les retrouvailles avec mes amies italiennes, et la raclée que prendra le PSG en quart de finale de la Ligue des Champions, dans quelques mois.
Et enfin, je profite. Bien que la situation ne semble pas propice à la délectation, elle l’est même plus que toute autre. Malgré la ringardise de l’expression Carpe Diem, les vers de Ronsard ne m’ont jamais paru aussi vrais : « Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain : / Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie. » (Ronsard, « Quand vous serez bien vieille… », Sonnets pour Hélène, 1578).
A tous, que votre joie demeure.
-MARGOT-

 

ENFIN DEMAIN

Le confinement est l’opportunité de faire tout ce qu’on met de côté d’habitude, faute de temps.  Vous savez, tous ces petits trucs qu’on repousse à demain. Il y a là quelques tâches rébarbatives, les phobiques du ménage et de l’administratif m’approuveront, mais aussi des aspects beaucoup plus agréables. Le moment est idéal pour prendre des nouvelles des proches qu’on a moins l’occasion de voir, et pas seulement à cause de l’épidémie. Dans ces cas-là, un petit coup de fil est synonyme de beaucoup de réconfort. Un peu comme si les frontières du temps s’ouvraient lorsque celles de l’espace se réduisent, l’avantage de rester cloîtré est d’arriver enfin à ce demain longtemps r esté virtuel. Et vous savez quoi? Demain est un beau jour.
-GUILLAUME-

La rédaction
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