Aveyron : la vie des Ehpad bouleversée par le Covid-19

  • Le maximum  est fait pour que les résidents gardent le contact avec leur famille, comme ici à l’Ehpad Saint-Cyrice, à Rodez.
    Le maximum est fait pour que les résidents gardent le contact avec leur famille, comme ici à l’Ehpad Saint-Cyrice, à Rodez. Reproduction Centre Presse / / Reproduction Centre Presse
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Familles, résidents, personnels, tout le monde a dû s’adapter à une situation "très compliquée".
 

Les Établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) constituent des sites à hauts risques dans le cadre de la crise sanitaire du Covid-19, au regard du fait qu’ils abritent une population particulièrement vulnérable. Pierre Roux, délégué départemental de l’Association des directeurs de services aux personnes âgées (AD-PA), et directeur d’un établissement à Bozouls, pose un regard global sur la situation du secteur en Aveyron. "La situation évolue d’heure en heure et il est donc difficile d’établir un état des lieux véritablement arrêté, confiait-il hier matin. Ce que l’on peut dire au moment où l’on parle, c’est que la situation dans les Ehpad du département n’est pas délétère. Nous avons certes à gérer des personnes qui présentent quelques symptômes, ce qui nous amène à prendre des mesures d’isolement. Mais aucun cas avéré de Covid-19 n’a encore été signalé à ma connaissance."

Les procédures du quotidien ont également évolué pour tous les résidents, qui sont environ 4 000 dans le département, répartis dans 86 établissements : 73 structures médicalisées (69 Ehpad, 4 Usld) ; 13 non médicalisées (deux résidences services, sept résidences autonomie – foyers logements, quatre Ehpa).

Les repas sont peu à peu intégralement servis dans les chambres, de manière à éviter au maximum les "séquences de croisement". Quant aux visites, elles sont bien sûr rigoureusement interdites. Ce qui ne va pas sans provoquer un malaise supplémentaire.

Des soignants "héroïques"

" La majorité des familles et des résidents se sont montrés compréhensifs, révèle Pierre Roux. Pour certains, une minorité, il a fallu être plus explicatif, faire comprendre les enjeux d’une telle décision qui, on le réalise, entraîne l’appauvrissement de la vie sociale au sein des établissements. Mais comment faire ? En définitive, les familles nous font surtout part de leur soutien. Et n’oublions pas non plus que parmi les résidents les plus âgés, bon nombre ont traversé des périodes tout aussi difficiles, ce qui favorise l’acceptation. "

Sachant que dans plusieurs structures, des dispositifs de mises en relation vidéo entre familles et résidents sont proposés, via des ordinateurs ou des téléphones portables.

Les personnels, de leur côté, font face tant bien que mal et s’adaptent au mieux à la situation. Pierre Roux parle de " soignants héroïques ", d’autant que certains matériels de base manquent cruellement. " Il nous faut des masques, c’est essentiel, martèle-t-il. Une importante quantité doit nous être livrée en début de semaine, à raison de 500 unités pour 100 résidents. C’est vital. " Et pour revenir aux personnels, Pierre Roux dit " envisager la suite avec appréhension, voire avec anxiété. Nous étions déjà en situation de sous-effectifs et le contexte n’arrange rien. Cela sera compliqué et de plus en plus compliqué, nous le savons."

"Ça fait un peu drôle…"

Michel a tout juste 60 ans et il a rejoint un Ehpad de l’Ouest-Aveyron voilà à peine trois mois. Pour lui, l’isolement est effectif depuis la fin de semaine dernière : plus de repas collectifs ; plus de promenades dans les couloirs ou vers les espaces communs…

"On m’a demandé de rester en chambre, ce que je fais, glisse-t-il d’un ton que l’on devine désabusé. Ça fait un peu drôle tout ce qui se passe. Je reste informé avec la télé et les journaux. Ça paraît inconcevable tout ça. Il y a quelques jours, le plus perturbant a été de voir tout le personnel équipé de masque et de gants. On comprend, mais ça aussi ça fait bizarre. Après, ce que je me dis, c’est que suis quand même mieux ici dans un milieu sécurisé que tout seul chez moi. Enfin, je crois…"

Quant à ses journées, outre un coup de fil par jour avec sa famille proche, Michel les occupe à lire, à regarder la télé, à écrire, à surfer sur son téléphone portable… Le quotidien d’un résident relativement jeune et bien portant…

 

"Ce n’est pas évident, pour nous comme pour les résidents"

Robert (prénom modifié) travaille dans un Ehpad aveyronnais. Depuis une semaine, voire un peu avant, son quotidien d’aide-soignant a été bouleversé par l’arrivée du Covid-19 :

"Pour l’instant, ça se maintient, raconte-t-il aujourd’hui avec une certaine assurance dans la voix. C’est difficile, mais ça se maintient. On est avant tout sur le bien-être des résidents. On fait tout ce que l’on peut pour leur rendre le quotidien le plus agréable possible, malgré tout. Ce n’est pas évident, pour eux comme pour nous. Certains commencent à s’impatienter. On leur explique. On les soutient. Après, on fait ce métier pour des valeurs, par conviction. Donc on se donne à fond. Au niveau des équipes, on vit quelque chose de fort, parce qu’on se sent un et un seul. Il y a un formidable élan de solidarité et de cohésion entre nous.

"On n’est pas fatigué physiquement. Ce n’est pas plus dur que d’habitude. Mais la fatigue on la sent arriver sur le terrain psychologique. Déjà, à la prise de fonction, le protocole est lourd : on doit se laver les mains à l’extérieur du service et on doit tous se soumettre à une prise de température, avant de s’équiper complètement. C’est tout à fait normal, mais c’est lourd.

"Et puis, parfois, on imagine le moment du décès d’un résident, ce qui malheureusement arrive assez fréquemment dans un Ehpad. Il va falloir prévenir la famille, mais préciser qu’un seul membre sera autorisé à venir, un petit quart d’heure, et sans le moindre contact avec le défunt. C’est dur, très dur.

"Enfin, pour l’instant, nous n’avons aucun cas de personne contaminée par le virus. En espérant qu’on tiendra comme ça le plus le longtemps possible et qu’on puisse très rapidement bénéficier de tous les équipements nécessaires, les masque notamment."

"J’espère revoir ma mère vivante"

Avec son garçon de 7 ans et son mari, Stéphanie, qui habite près de Réquista, vit difficilement son confinement. Pas pour elle. Pas pour son mari ou son fils. Mais pour sa mère. Sa mère, 87 ans, est en USLD (Unité de soins de longue durée), atteinte d’un Alzheimer sévère. Pour Stéphanie, il est une perspective qui l’effraie plus particulièrement.

"En temps normal, je n’allais pas voir ma mère tous les jours, loin de là. Elle ne me reconnaissait plus de toute façon. Mais j’y allais assez régulièrement. Maintenant je ne peux plus. Et je n’arrête pas de me dire que, peut-être, je ne la reverrai pas vivante. C’est ça qui me fout en l’air. Elle peut partir à cause du virus, à cause d’autre chose peu importe. Dans le service où elle est, on me dit qu’elle va bien. J’appelle tous les jours pour le coup. Mais bon, c’est dur, d’autant que faire un appel vidéo avec le personnel, franchement, ça ne m’intéresse pas vu son état..."

François Cayla
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