Coronavirus

Aveyron : les entreprises du bâtiment au pied du mur

Abonnés
  • Des chantiers appelés à reprendre si les conditions de sécurité sont réunies. Mais quand ?
    Des chantiers appelés à reprendre si les conditions de sécurité sont réunies. Mais quand ? Archives J.A.T. / José A. Torres / Archives J.A.T.
Publié le / Modifié le S'abonner
-- partages

Tous les chantiers ou presque sont à l’arrêt. En cause : la sécurité, maître mot des organisations professionnelles.

Au plus haut niveau, les organisations professionnelles du bâtiment et des travaux publics avaient demandé à l’État, dès le 18 mars, un arrêt des chantiers. En réponse, ils s’estiment avoir été douchés par les propos de Muriel Pénicaud ministre du Travail, les accusant de "défaitisme" et de "manque de civisme". Toujours est-il, en Aveyron comme ailleurs, que les professionnels du secteur, qui multiplient les courriers aux pouvoirs publics depuis lors, sont confrontés à des réalités de terrain que, selon eux, "Paris n’imagine pas".

"Restons chez nous"

Difficultés à s’approvisionner auprès des négociants en matériaux (ils sont quasiment tous fermés en Aveyron), arrêt des carrières de sables et granulats, risques accrus de contamination sur des chantiers où il est difficile de travailler à plus d’un mètre loin de l’autre… Il faut composer avec trois fois rien et Patrick Bounhol, président de la Capeb 12 (Confédération artisanale des petites entreprises du bâtiment) ne décolère pas : "On est unis sur l’attitude à adopter, surtout depuis les propos de la ministre qui nous reproche de vouloir prendre des vacances aux frais de l’État ! Nous n’avons qu’un seul mot d’ordre à donner à nos adhérents : restez chez vous, tant qu’on ne peut pas garantir la sécurité sanitaire de nos salariés. Que je n’apprenne pas qu’un artisan a mis un apprenti en danger ! Nous n’avons pas de masques et nous n’avons pas envie d’encombrer les hôpitaux. En conclusion : pas de reprise des chantiers tant que la santé, la sécurité des salariés, chefs d’entreprise et des clients ne sont pas assurées".

Ne pas travailler, certes, mais à quel prix ? "Les entreprises payeront leurs salariés en mars, assure Patrick Bounhol. La Direccte reste très attentive à nos situations, on fera ce qu’il y aura à faire. L’accès au chômage partiel et le fonds de solidarité pour les indépendants sont en cours de mise en place. Après, on verra…"

Des masques comme condition de travail

La FBTP 12 est à l’unisson : "Les maîtres d’ouvrage qui ont décidé d’arrêter les chantiers ont été très compréhensifs, ils l’ont fait par mesure de sauvegarde, se réjouit Robert Hyronde, secrétaire général de la Fédération en Aveyron. On trouvera des compromis quand on reprendra. Ce qui est sûr, c’est que les problèmes de trésorerie demeurent même si l’an passé on avait un niveau d’activité soutenu. Même si ça dure longtemps, on peut craindre que de nombreuses entreprises ne redémarrent pas. Et les autres ne reprendront pas à pleine charge".

Reprendre après le confinement ou dès à présent et sous condition ?

"La première des conditions est que nous puissions avoir accès aux masques, dès que les services de santé, prioritaires, en auront en nombre suffisant, poursuit Robert Hyronde. Avec la meilleure volonté du monde, on ne peut pas reprendre les chantiers sans masques. Ceux dont on peut disposer dans le bâtiment, spécifiques à certains travaux, ne nous permettent pas de travailler à longueur de journée".

La sécurité avant tout. Et dans ce domaine, les organisations professionnelles n’ont aucune vue claire d’une période de reprise à court ou moyen terme. "On reprendra doucement en fonction des phasages de chantier, sinon, ce sera impossible de tout relancer d’un coup, ajoute Robert Hyronde. Après, on n’est pas là pour imposer aux entreprises ce qu’il faut faire…"

Et en effet, dans certaines entreprises, les petits patrons et les indépendants pour l’essentiel restent à pied d’œuvre, en travaillant seuls, loin des clients. Pour terminer ce qu’ils ont commencé, sans pour autant honorer de nouvelles commandes…

"Je n’ai pas envie de mettre la clé sous la porte"

Jean-Pierre Vidal est chef d’entreprise en maçonnerie. Avec son frère Antoine, ils sont neuf au total à enchaîner les chantiers dans le Laissagais et bien au-delà. "Pour des questions de trésorerie, je ne peux pas me permettre de rester à la maison. Et je n’ai pas envie de mettre la clé sous la porte : il faut que l’on avance les salaires, mais les charges seront-elles repoussées ? On ne sait toujours pas précisément".

Jean-Pierre Vidal a arrêté ses quatre chantiers. Et ne dispose plus que de neuf masques. "De toute façon, tu ne peux pas être en sécurité à 100 % : on est trop proches les uns des autres, même avec un masque et des gants".

Que va-t-il se passer à compter d’aujourd’hui ? "Mes ouvriers veulent bosser. Mais je vais devoir les mettre en congés payés car, dans nos métiers, si on ne les a pas pris avant fin mars, ils sont perdus. De notre côté, avec mon frère, on fera ce que l’on pourra : du petit boulot sans avoir besoin de béton, car il n’y en a plus. Nos fournisseurs ne fonctionnent plus…

Christophe Cathala
Voir les commentaires
L'immobilier à Aveyron

574 €

Broquiès, 30' de St Affrique, à louer, appartement de T4 en 1er étage avec [...]

320 €

Situé en plein centre de Cornus, appartement T2 d'environ 46 m2 comprenant [...]

41800 €

30 min de Millau, 10 min de La Cavalerie, beau terrain plat constructible s[...]

Toutes les annonces immobilières de Aveyron
Réagir