Suspendre tous les loyers face au coronavirus? Pas au programme

  • Des appels se multiplient pour dispenser les Français de payer leur loyer tant que durera la crise
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(AFP) - Alors que le coronavirus met largement l'économie à l'arrêt, des appels se multiplient pour dispenser les Français de payer leur loyer tant que durera la crise, mais la piste n'est pour l'heure pas retenue par le gouvernement.

"Nous demandons au gouvernement (...) le report et l'échelonnement des loyers pour les locataires", annonçait en début de semaine dans un communiqué l'association de consommateurs CLCV.

Très active dans la défense des locataires, l'association exprime ses craintes quant aux conséquences économiques de la pandémie de Covid 19, face à laquelle le gouvernement impose la fermeture de la plupart des commerces ainsi qu'un strict confinement des Français à leur domicile.

Même si les gens peuvent télétravailler et gardent le droit de se déplacer quand leur présence est essentielle, ces mesures provoquent l'arrêt de nombreuses activités et le coût pour l'économie s'annonce gigantesque.

"De nombreux citoyens sont confrontés au chômage partiel, au licenciement et aux risques de faillites d'entreprises", insiste CLCV.

"Face à la perte de leurs revenus, de nombreux locataires vont se retrouver sans toit, se mettant en danger ainsi que le reste de la population", poursuit l'association. "D'autres devront s'endetter, les fragilisant davantage une fois la crise passée."

Une autre association, la Confédération nationale du logement (CNL), demande aussi de suspendre les loyers, puis d'échelonner leur remboursement.

"L'inquiétude de ne pouvoir payer son loyer" ne doit pas s'ajouter "à celle concernant notre santé et celle de notre entourage", jugeait-elle dans un récent communiqué.

- "Pas de moratoire" -
Pour les associations, la mesure serait d'autant plus naturelle que le président Emmanuel Macron a promis de suspendre les loyers des petites entreprises en difficulté, même si le gouvernement reste flou sur le degré de contrainte auprès des bailleurs.

Les professionnels de l'immobilier sont plus sceptiques concernant l'idée d'étendre le dispositif au logement et de le généraliser à tout le monde.

"C'est une erreur", tranche auprès de l'AFP Jean-Marc Torrollion, à la tête de la Fnaim, principale organisation d'agents immobiliers, craignant de donner "un signal de rupture générale des engagements".

Appelant à ne pas prendre des mesures excessives face à un phénomène "pour l'heure très provisoire", il note que la mesure reviendrait à faire porter le poids de la crise sur des propriétaires loin d'être tous fortunés.

Il n'y a, de toute façon, guère de signes laissant penser que cette mesure puisse devenir réalité. Dans le monde HLM, l'Union sociale pour l'habitat (USH), qui rassemble tous les bailleurs sociaux, a certes promis d'examiner la situation des locataires en difficulté, mais n'a pris aucun engagement d'ordre plus général.

Surtout, le gouvernement se montre très clair. Il n'est absolument pas à l'ordre du jour de suspendre les loyers des particuliers.

"Il n'y aura pas de moratoire envisagé", a prévenu le cabinet de Julien Denormandie, ministre du Logement, auprès de l'AFP.

D'un côté, le gouvernement a déjà prolongé jusqu'à fin mai la trêve hivernale, qui exclut toute expulsion, même si les associations voudraient aller plus loin en l'étendant à toute l'année.

De l'autre, les finances des particuliers vont déjà être soutenues à d'autres titres par les mesures massives d'aide, en premier lieu la prise en charge par l'État du chômage partiel des salariés contraints à l'inactivité.

Le ministère évoque aussi le futur fonds de solidarité pour les indépendants et distingue la situation des particuliers de celles des entreprises qui sont censées bénéficier d'un report des loyers.

"Les petites entreprises n'ont aucune rentrée d'argent du fait de l'arrêt de l'activité; pour les particuliers, l'idée, c'est qu'ils continuent à recevoir un revenu", détaille-t-il.

Le ministère, qui a mis en place sur son site une page destinée à répondre aux questions les plus pressantes, incite néanmoins les locataires en difficulté à se tourner vers l'agence publique d'information sur le logement, l'Anil, pour examiner comment négocier leur situation avec leur propriétaire.

Relaxnews
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