Hervé Ladsous : "L’Europe n’a pas donné l’exemple d’une bonne coopération"

  • Hervé Ladsous a été secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix de l’ONU de 2011 à 2016. Repro
    Hervé Ladsous a été secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix de l’ONU de 2011 à 2016. Repro
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Ambassadeur de France en Chine entre 2006 et 2010, Hervé Ladsous a été nommé secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix de l’ONU en 2011. À la retraite depuis 2018, le natif de Saint-Geniez-d’Olt – qui fête aujourd’hui ses 70 ans – garde un œil attentif sur les problèmes du monde, exacerbés par la crise du coronavirus. Entretien.

De par votre expérience aux plus hautes fonctions de la diplomatie mondiale, vous avez été amené à partager vos compétences en matière de gestion de crise. Or, dans la crise actuelle liée au coronavirus, c’est précisément cette idée de gestion qui fait aujourd’hui débat avec, en creux, la défaillance de l’organisation mondiale de la santé (OMS) à qui l’on reproche d’avoir tardé à décréter l’état d’urgence de santé publique internationale (le 31 janvier), ou de n’avoir annoncé la pandémie mondiale que le 11 mars… Retard coupable ou prudence excessive ?

L’OMS est une organisation tout à fait estimable mais qui, effectivement, n’a pas montré toute la réactivité dont elle aurait dû faire preuve dans cette affaire. Ce n’est pas entièrement de son fait, elle n’a pas eu, je pense, toutes les informations. Les Chinois ont été tardifs et pas toujours très transparents dans leur message d’alerte, c’est clair. Il n’empêche que l’OMS reste la détentrice d’une légitimité internationale sans conteste qui remonte d’ailleurs très loin : au lendemain de la grippe espagnole, en 1920… Avec déjà peu de moyens, y compris financiers. C’est toujours le cas. Alors quand le président Trump menace de couper les vivres alors que les États-Unis paient quand même entre 20 et 25 % du budget… Tout ça pèse lourd dans l’équation.

Le confinement vient d’être levé à Wuhan, l’épicentre de la pandémie. Jugées très strictes, autoritaires, ces mesures de confinement semblent avoir porté leurs fruits. Comment la Chine a réussi là où d’autres peinent à faire respecter ces mesures, souvent moins strictes par ailleurs ?

Ce n’est pas une surprise. Nous avons en Chine un régime qui tient un véritable maillage de la société. Qui surveille beaucoup de choses. Vous connaissez l’ampleur du phénomène de surveillance des caméras urbaines, il y a aussi une police de l’internet. Bref, en temps normal tout est déjà très contrôlé via des moyens dont les démocraties libérales ne disposent pas au même degré. Cette stratégie ultra-rigoureuse visait sans doute en partie à faire oublier le retard avec lequel a été admis et pris en compte le coronavirus, apparu en décembre – et peut-être même dès novembre – à Wuhan.

Malgré ça, la Chine tient sa part de responsabilité. Je ne parle pas de celle liée à l’origine du virus… Le vrai problème est que le gouvernement n’a pas fait preuve d’une transparence à la fois pour prendre la mesure du phénomène et pour informer la communauté internationale, ni pour rendre compte statistiquement de ce qui s’est réellement passé. Un jour, les historiens établiront clairement les responsabilités. Mais pour l’heure, ce n’est pas le sujet. Le sujet aujourd’hui est de sortir de cette crise qui est, à tous points de vue, catastrophique.

Dans une économie mondiale exsangue, il semble que la Chine affirme un peu plus aujourd’hui son leadership international. Certains parlent du coronavirus comme de "la première crise d’un monde post-américain".

Assiste-t-on ici à une "reconfiguration" du monde ?

Déjà, je ne parlerais pas de gagnants ou de perdants alors que potentiellement, tout le monde sortira perdant de cette crise. Personne ne peut dire ce que sera l’avenir dans les 3 ou 6 prochains mois, alors qu’il semblerait qu’à Singapour, Taïwan ou au Japon, on se prépare à faire face à un deuxième pic épidémique. Ce qui est très dommage cependant – je le regrette beaucoup – c’est de constater que l’Union européenne n’a aucune visibilité. Ce n’est pas la faute de l’Europe en tant que telle, dont les instances bruxelloises ont décidé que les politiques de santé restaient de la compétence nationale. Mais même s’il n’y a pas de politique communautaire appliquée au domaine sanitaire, on peut regretter qu’il n’y ait pas eu davantage d’efforts pour mieux concerter les politiques nationales. On a aujourd’hui à peu près tout le catalogue : entre ceux qui ont pris le problème très tardivement, ceux qui, je pense à la Suède, n’ont pris aucune mesure… Le fait est qu’on n’a pas donné un très bon exemple de coopération intra-européenne. Au fil des années, et sur beaucoup de sujets, on s’était habitué en effet, même si tout ça était parfois un peu cahin-caha, à des attitudes communes, des politiques communes, un rôle tout à fait central de Bruxelles. Cela n’a pas été le cas cette fois. L’Union pourrait sérieusement en pâtir à l’avenir.

Aurélien Delbouis
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