Nicolas Perrier, un Ruthénois en Chine : "Je me sens bien plus en sécurité ici aujourd'hui"

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  • Avec femme et enfant, Nicolas a passé plus d’un mois en confinement strict. Le retour à la normale a été progrssif,. Les masques restent obligatoires.	Repro
    Avec femme et enfant, Nicolas a passé plus d’un mois en confinement strict. Le retour à la normale a été progrssif,. Les masques restent obligatoires. Repro Repro CP / / Repro CP
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Installé en Chine depuis bientôt 10 ans, le Ruthénois nous raconte son quotidien dans un pays qui hésite entre retourà la normale et crainte d’une seconde vaguede contaminations.

Tandis que les Européens respectent, dans l’ensemble, les mesures de confinement, lui a repris sa vie comme avant. Presque comme avant. Installé à Xiamen depuis plusieurs années, Nicolas Perrier a retrouvé son bureau depuis maintenant trois semaines.

Responsable commercial chez Flightsparts, société spécialisée dans la maintenance aéronautique, le trentenaire – il soufflera ses 30 bougies en juin – retrouve ses petites habitudes. "Les choses sont presque revenues à la normale. Hier encore, nous étions au restaurant avec ma femme. Comme avant." À une petite différence près. "On circule quotidiennement avec des masques. On se change une fois à la maison. Et pour accéder au restaurant, on vous prend la température. Rien de plus." Le "plus", il l’a connu voilà plusieurs semaines, quelques jours avant le Nouvel An chinois, quand ce qui n’était encore que des bruits de couloirs faisant état de la prolifération d’un virus à la létalité inquiétante se confirme finalement. "Nous étions à quelques heures de la plus grosse migration mondiale dans un pays de 1,4 milliard d’habitants. Tous les Chinois rentrent alors passer les fêtes en famille. L’équivalent de Noël en France."

"Entre parenthèses"

Plus rapide que le Sras, plus contagieux, plus mortel, le coronavirus contraint finalement le gouvernement chinois à prolonger le congé du Nouvel An de 10 jours avant d’imposer des mesures de quarantaine à des villes comme Wuhan, des provinces comme celles d’Hubei et bientôt d’une partie du pays. Un black-out total dont se souvient évidemment le Ruthénois, confiné chez lui avec femme et enfant. "Nous étions simplement autorisés à descendre au pied de l’immeuble pour réceptionner la nourriture ou prendre l’air. Toujours avec un masque sur le visage", développe Nicolas. Dès le début de la crise, des barrages routiers sont mis en place pour limiter les entrées et les sorties. "En arrivant dans notre résidence, nous avons dû signer une attestation nous obligeant à ne pas sortir de chez nous pendant 15 jours." Le début de la quinzaine. "Tout s’est arrêté du jour au lendemain. Plus de business, de transports en commun, Plus un seul commerce ouvert, plus personne dans les rues. C’était assez surréaliste. Une ville morte", explique celui qui, comme des dizaines de millions de Chinois, use et abuse du télétravail. Mise "entre parenthèses" pendant 15 jours, sa liberté se résume finalement à peu de choses. Mais c’est aussi, selon lui, la clé de la très relative "réussite" chinoise dans la gestion de la propagation du Covid-19. "Les consignes ont été véritablement respectées. Avec port du masque obligatoire à chacune des sorties, interdiction de faire ses courses, de sortir sans autre motif, la fermeture des frontières. Le confinement est total. "En ce sens, il est très différent de celui instauré en France", plaide Nicolas. "Moins perméable et de ce fait beaucoup plus rassurant. J’ai hésité à rentrer en France : les choses ont fait que ce n’était pas possible pour ma femme et mon fils. Mais avec du recul, quand je compare la gestion française et chinoise, je me dis que j’ai bien fait de rester là-bas. Je suis clairement plus rassuré ici."

Critique, on l’aura compris, face aux "demi-mesures prises tardivement" par la France, qui selon lui "aurait largement pu anticiper en voyant ce qui se passait en Chine ou en Italie mais qui n’a finalement rien fait pendant deux mois", le trentenaire n’en exonère pas pour autant le gouvernement chinois dans sa gestion des chiffres ou sa timidité excessive quand il a été question de "présenter" le Covid-19 au reste du monde.

Diplomatie du masque

"Une part de responsabilité" qui n’empêche pas, aujourd’hui, l’Empire du milieu de réaffirmer son leadership mondial. À l’arrêt total durant plus de quatre semaines, l’usine-monde tourne à nouveau à plein régime. "Seule la Chine, avec la puissance de son économie était capable d’une telle prouesse" assure Nicolas. Reprendre ainsi sans voir plonger durablement son PIB a de quoi rendre jaloux, en effet. Et les prochains mois seront, malheureusement, très instructifs sur le sujet. D’autant que la Chine qui concentrait déjà avant la pandémie près de 80 % de la production mondiale des équipements de protection individuelle (EPI) continue à grappiller des parts de marché dans une économie mondiale quasiment à l’arrêt. Elle qui annonce avoir surmonté le Covid-19, produirait 120 millions de masques par jour, soit 5 fois plus qu’avant l’épidémie… "Beaucoup de sociétés se reconvertissent aussi dans la vente de masques. C’est d’ailleurs notre cas." Selon le site d’information sur les entreprises Tianyancha, la Chine a enregistré 8950 nouveaux producteurs de masques sur son territoire durant les deux premiers mois de 2020 ! Une superbe occasion pour Pékin, de relancer la machine en tentant de gommer sa lourde responsabilité dans ce cataclysme planétaire.

L’ombre de la deuxième vague

Des foules de gens dans les restaurants. Un trafic étouffant a repris sur les routes. Des métros de plus en plus remplis… Alors que le pays vient tout juste de lever le bouclage de Wuhan, ville épicentre de la pandémie, une course effrénée vers le retour à la normale semble balayer la Chine. Et si la presse progouvernementale vante déjà "la victoire de la Chine sur le Covid-19" beaucoup de spécialistes jugent cet enthousiasme pour le moins prématuré. Le plus critique est sans doute le très médiatique Benjamin Cowling. Pour l’épidémiologiste de l’université de Hong Kong, la probabilité d’une nouvelle vague est inéluctable. "Du fait que la majeure partie de la Chine n’a pas vraiment eu un nombre important d’infections au cours de la première vague, la population demeure très vulnérable et peut être touchée par une épidémie importante. Tôt ou tard, une seconde vague est inévitable. Totalement inévitable." Fataliste ? Probablement pas. Le 1er avril, quelque 600 000 habitants d’un district de Jia au centre de la Chine ont été placés en confinement après la découverte de plusieurs nouveaux cas de coronavirus…

 

Aurélien Delbouis
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