Rodez : Suzanne Végas, cent bougies pleines d’espoir

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  • Suzanne Végas, confinée dans son salon à Rodez, fête ses 100 ans aujourd’hui.
    Suzanne Végas, confinée dans son salon à Rodez, fête ses 100 ans aujourd’hui. José A. Torres / José A. Torres
  • Suzanne Végas, confinée dans son salon à Rodez, fête ses 100 ans aujourd’hui.
    Suzanne Végas, confinée dans son salon à Rodez, fête ses 100 ans aujourd’hui. José A. Torres / José A. Torres
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Ce dimanche, Suzanne Végas fête ses 100 ans loin de ses proches, forcément, mais aux côtés de son aide à domicile. Une vie faite d’épreuves bien sûr mais également de joies et de rencontres. Alors comment vit-elle le confinement ? Comme « une étape indispensable, on va gagner et s’en sortir. »
 

Durant sa riche vie, Suzanne Végas a traversé de nombreuses épreuves. Aujourd’hui, elle fêtera ses 100 ans, avec son aide à domicile qui lui rend visite quotidiennement. « Je suis un peu triste que ma famille ne puisse pas être là. Mais je l’accepte, la période l’impose. Le confinement est indispensable, on va gagner et s’en sortir », sourit celle qui aura traversé les grands événements du siècle passé et affronté ceux du siècle présent.
Né en 1920, dans le Sud Aveyron à Cornus, Suzanne Végas garde en mémoire certains épisodes marquants de cette enfance passée au sein d’un foyer modeste mais aimant.
« Je me souviens de 1929 et de la terrible crise financière qui a suivi, raconte-t-elle. L’angoisse des gens qui avait perdu leur travail, l’incertitude des lendemains. Mais mes parents ont toujours gardé l’espoir de temps meilleurs. Cette idée d’espoir, je l’ai toujours en moi. Même après toutes ces épreuves, je pense qu’il faut continuer à espérer. » Quelques années plus tard, de l’autre côté des Pyrénées, en Espagne, le fascisme prenait ses racines, entraînant tout un pays dans une guerre fratricide. Ambrosio, le futur époux de Suzanne, se battait aux côtés des Républicains.
En France, le Front populaire était au pouvoir : « Je me souviens très bien de ce que mes parents et leurs proches ont pu vivre à cette époque. Il y a eu de nombreuses avancées pour les travailleurs. Et cela a bénéficié à tout le monde. Notamment les congés payés dont chacun, et nous aussi, a pu profiter. » Les hasards de la vie vont amener Ambrosio à rencontrer Suzanne. Alors que les franquistes s’emparent du pouvoir en Espagne, celui-ci traverse les Pyrénées aux côtés d’autres camarades pour trouver refuge en France. « Comme beaucoup d’autres, il a d’abord été interné dans un camp, se remémore la centenaire. Mais il a été libéré puis il est venu travailler dans une ferme où on avait besoin de main-d’œuvre. C’est ainsi que l’on s’est connu ».
Ensemble, ils ont eu sept enfants et « presque tous sont à la retraite aujourd’hui », s’amuse-t-elle. Son époux a ensuite exercé le métier d’enseignant, subvenant aux besoins de sa famille.

« La vie est quand même belle »

Puis, la Seconde guerre mondiale a jeté une nouvelle fois, moins d’un quart de siècle après 14-18, les Hommes dans les horreurs de la guerre, embrasé à nouveau l’Europe : « Nous vivions à nouveau une période difficile, incertaine. Après guerre, tout le monde avait des difficultés. Mais nous avons travaillé, assumé l’éducation de nos enfants. » Son époux Ambrosio est décédé à l’âge de 75 ans.
« La vie est quand même belle, finit-elle par concéder. Même si on a l’impression que le cycle de la guerre et de la paix existe toujours et qu’on en finira jamais. Je n’ai pas l’impression d’avoir vécu beaucoup en paix durant ma vie. »
À 100 ans, désormais, elle confie ne s’être jamais départie de son sourire. « Malgré les difficultés, il faut trouver la force de rire et de sourire. D’ailleurs, mon médecin me recommande toujours de continuer à rire comme je le fais. C’est le meilleur médicament que l’on peut conseiller ! », jure-t-elle. Mais « faut-il encore pouvoir le faire et être en capacité de garder le sourire », glisse-t-elle.
Alors, lorsque la crise sanitaire est survenue il y a près de deux mois, Suzanne Végas s’est pliée aux injonctions de manière responsable.

« J’ai fait beaucoup de choses dans ma vie »

« Ce n’est pas très drôle, mais absolument nécessaire. Je n’ai jamais eu la grippe ! », plaisante-t-elle. Et elle se tient également informée de l’actualité au travers de la télévision, de la radio « avec France Inter, notamment ». « Je ne peux plus lire les journaux, ni de livres. Mais j’aimais beaucoup cela », explique-t-elle.
Aujourd’hui, son quotidien est rythmé par les coups de fil de ses proches, de ses enfants et par les visites de son aide à domicile.
« J’ai fait beaucoup de choses dans la vie, j’ai pu voyager. J’ai par exemple un fils qui a été enseignant en Afrique. J’ai pu lui rendre visite, découvrir d’autres pays et des cultures qui j’ignorais », évoque-t-elle non sans un certain plaisir.
La curiosité est un trait de personnalité qui la caractérise encore.

Mémoire

L’un de ses fils, Daniel, fait d’ailleurs volontiers remarquer que lors de ses conversations avec sa mère, « elle est très bien capable de me chanter une chanson ou alors de me réciter un poème. On peut parler de beaucoup de choses avec elle. Elle est au courant de tout et puis, par exemple, elle continue, à vouloir voter. Alors on s’occupe de lui faire une procuration. Mais c’est un devoir qu’elle s’acquitte avec plaisir ».
« Étonnamment, j’ai toujours eu une bonne mémoire. Des poésies que j’ai apprises par cœur à l’école sont justes du début à la fin », s’amuse la centenaire.
Alors qu’elle s’apprête à souffler ses bougies, et lorsque Suzanne Végas se retourne sur ce qu’a été sa vie, aucune trace de nostalgie n’apparaît. « Je pense avoir vécu de bons moments, j’ai beaucoup travaillé. Finalement, je peux dire qu’aujourd’hui, je suis en paix avec moi-même. »
« Je garde toujours espoir, même si je n’ai jamais vécu une situation pareille, admet-elle. Je pense que nous pourrons surmonter ce que nous sommes en train de vivre, même si cela ne sera pas facile. »

Philippe Henry
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