Pierre-Olivier Murat (Rodez) : "Pouvoir me regarder dans une glace"

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  • Pierre-Olivier Murat, président du Rodez Aveyron football.
    Pierre-Olivier Murat, président du Rodez Aveyron football. JLB / JLB
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Le président du club de Ligue 2 n’avait pas voulu prendre la parole avant cet entretien réalisé hier par téléphone. Par respect pour les malades du Covid-19 et les soignants notamment. Avec de la retenue mais toujours son franc-parler, il a malgré tout évoqué certains sujets, alors que les dernières annonces de l’État doivent laisser son Raf en L2 la saison prochaine.

Comment le Rodez Aveyron football traverse cette crise du coronavirus ?

J’ai toujours placé le football au même niveau que la population. Donc, on a respecté les consignes de confinement et toutes les directives de l’état, tout simplement.

Depuis mardi après-midi et les annonces gouvernementales concernant l’avenir proche, la saison en cours semble terminée. Mais certains acteurs du football français évoquent une possibilité de jouer des matches à huis clos en août. Comment vous positionnez-vous en tant que président de club pro (il assiste d’ailleurs aux différentes réunions de la Ligue de football professionnel) ?

Vous savez, j’ai refusé toutes les demandes interviews jusqu’à présent. Car pour moi, et je l’avais d’ailleurs déjà dit deux jours avant l’annonce du confinement, je pense qu’il faut que le foot reste au même niveau que tout le monde. Aujourd’hui, le gouvernement dit : "c’est dangereux pour la santé" ; donc il faut s’y plier, un point c’est tout. Et je pense que la décision du président Macron est très sage. En tant que président de Rodez, j’ai envie de pouvoir me regarder dans une glace. Et pas que mes joueurs, un supporter ou encore un bénévole qui va venir donner un coup de main attrapent cette merde. Donc, je me positionne en citoyen lambda. Les positions (des dirigeants des clubs de football, NDLR), c’est un peu le cirque depuis quelques semaines. Chacun dit la sienne et l’inverse le lendemain. Moi, je n’ai jamais rien dit. Je suis dans un sport dirigé par la et la FFF, je respecte donc ce qu’elles décident. Voilà, point. À un moment donné, il ne faut pas faire de l’acharnement thérapeutique, mais que les intérêts collectifs priment sur les individuels. Car certains réfléchissent seulement par rapport à cet intérêt individuel.

C’est d’ailleurs pour cela que j’avais décidé de fermer ma gueule depuis le début. Si je ne me suis pas exprimé, c’est que je ne comprenais pas… (il coupe) Mais comment on va dire à des aides-soignants, des infirmières à l’hôpital, qui étaient suspectés d’avoir le Covid, qu’on n’a pas assez de tests pour qu’ils puissent continuer à bosser, et dans le même temps qu’on teste des footballeurs professionnels ! Non, mais on passe pour des charlots !

Le club a-t-il été touché de très près par le virus, des salariés l’ont-ils attrapé ?

Non, non. On a pris la décision d’appliquer à la lettre ce qu’a dit l’état. Et on continuera… D’ailleurs je vois arriver votre prochaine question sur l’arrêt de la saison et les différents scénarios pour les classements. Cela fera certainement l’objet d’un vote, même si je n’en suis pas sûr. Mais on respectera les règles de la fédé et de la LFP.

Sur le volet économique de cette crise. Certains clubs professionnels semblent plus en danger que d’autres. Qu’en est-il du Raf, qui, rappelons-le, a accédé au monde professionnel seulement l’été dernier ?

Franchement, ça me dérange de parler d’économie dans la situation actuelle où l’on a entre 300 et 500 morts tous les jours en France. C’est tellement secondaire. La santé avant tout ! C’est débectant, indécent de parler d’argent dans cette période-là, moi je n’en parlerai pas.

On l’entend bien. Néanmoins, pour les salariés, comment la période actuelle est-elle traversée ?

C’est très simple : l’ensemble des salariés est en chômage partiel puisque personne ne peut faire son métier. L’avantage, c’est qu’on est un club sain dans lequel les joueurs n’ont pas besoin de passer par un agent, un avocat ou autres. Ils m’appellent, ils savent que je suis proche d’eux et voilà. Ça se passe normalement. On est un club familial.

Dans certains clubs français, les dirigeants ont demandé aux joueurs de faire des gestes supplémentaires en termes de prétentions salariales. Ce n’est donc pas le cas à Rodez ?

À partir du moment où l’on est dans des prix justes… C’est dans ces situations que l’on voit si tu n’as pas de souci socialement. Nous, on est ni très haut, ni très bas, dans les prix du marché, c’est tout (pour rappel et selon nos informations, le salaire brut mensuel moyen d’un joueur au Raf s’élèverait à environ 5 500 euros, NDLR). Mais je le répète : ça me gêne vraiment de parler d’argent dans la situation sanitaire actuelle. C’est hors de propos selon moi.

Évoquons alors le mercato. Le défenseur Bart Straalman et gardien Arthur Desmas, tous les deux libres à la fin de saison actuelle, sont annoncés par certains médias partants dès cet été respectivement à Grenoble (cela semblait d’ailleurs déjà ficelé à Noël lors de son arrivée) et à Clermont. Vous confirmez ?

Déjà, le championnat n’est pas encore entériné, même si nous, on peut faire tous les calculs possibles, a priori, on restera en Ligue 2 (16e au soir de la 28e journée, NDLR). Ensuite, un peu à l’image du volet économique : respectons les instances ! Aujourd’hui, si le championnat se jouait, tout le monde se tairait, car le mercato n’est pas ouvert ! Donc je respecte les instances. En temps normal, je n’aurais pas le droit de communiquer. Néanmoins, ce que je peux vous dire, c’est qu’avant que le championnat ne s’arrête, plein de joueurs étaient effectivement courtisés, et ils le sont toujours.

Propos recueillis par Aurélien Parayre
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