Les comptables de l'Aveyron face au parcours du combattant

  • Le casse-tête pourles comptables a démarrédès le confinement.
    Le casse-tête pourles comptables a démarrédès le confinement. José A. Torres / / José A. Torres
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Perdus dans les méandres de mesures évolutives au jour le jour, les professionnels de la gestion ont dû se battre pour aider leurs clients à y voir clair.

Un confinement brutal imposé le 14 mars pour nombre d’entreprises, des salariés dont on ne sait plus que faire, la solution du chômage partiel, des charges qui continuent à courir… Les premières semaines de cette diète sanitaire ont été sportives pour beaucoup d’employeurs qui se sont tout naturellement tournés vers leur comptable pour y voir clair. Mais tel un navire dans la brume des règles changeantes à tout moment, ces professionnels de la finance et de la gestion ont navigué à vue.

La situation semble s’être un peu arrangée aujourd’hui, après une charge de travail "auxquelles nos équipes font face grâce au télétravail et à des logiciels adaptés", assure Hervé Pichery, directeur associé du site KPMG de Rodez. " Quant aux conseils aux entreprises, on continue à faire du cas par cas, avec difficultés car les mesures du gouvernement sont prises au fil de l’eau et les précisions tardent à venir."

Ratés informatiques

En filigrane, les problèmes de trésorerie des entreprises, amplifiés les premiers temps par des demandes d’autorisations de chômage partiel enregistrés sur le site de la Direccte qui, face aux volumes sollicités, s’est mis à buguer. "On fait et on défait ce que l’on fait, quand on arrive à le faire", reprend Hervé Pichery en assurant que tout se stabilise progressivement.

Mais demeurent au-delà des pertes de salaires induites pour les employés, la difficulté d’obtenir des prêts garantis par l’État (PGE) pour des entreprises qui accusaient des difficultés dès avant la crise. Le remboursement étant aléatoire, ces PME vulnérables n’obtiennent pas les aides voulues.

"Il ne faut pas désespérer même si les consignes changent tous les jours, confirme Sébastien Saint-Martin, expert-comptable à Rodez. Il y a tellement de conditions à remplir que cela ne va pas aussi vite que ce que l’on entend à la télé. C’est un vrai parcours du combattant. Et les entreprises ne font que commencer à percevoir le chômage partiel pour les quinze derniers jours de mars… Désormais, on espère que tout doit pouvoir aller mieux."

Inquiétudes à long terme

Pessimistes les comptables ? "Inquiet pour les années à venir à cause d’une perte de production importante. L’idée de soutenir les entreprises est bonne, pour autant, on ne rattrapera pas le retard. Et les Français vont sûrement consommer différemment demain", professe Hervé Pichery.

" Les petites structures souffriront le plus. Hormis dans les galeries marchandes, les loyers ne sont pas trop élevés ici, alors on peut rester un minimum optimiste… ", renchérit Sébastien Saint-Martin.

Quoi qu’il en soit, la crise fera la part du feu en contraignant nombre d’entreprises à se poser la question : puis-je continuer de manière pérenne ? David Garlenc reste confiant. Expert-comptable associé au cabinet Horizons BMG qui gère nombre de comptes de cafés, hôtels, restaurants (CHR) en Aveyron et à Paris, il rappelle à l’envi que "l’on vit une situation que l’on n’a jamais vécue. Il faut faire avec, même si on a le sentiment d’habiter en ex-RDA, avec une économie collectiviste où l’État décide de tout. Et l’État fait plutôt bien les choses dans un tel contexte inédit, les banques dans leur majorité jouent bien le jeu, dans tous les dossiers, il faut demander le PGE, ne pas passer à côté".

Une crise sanitaire qui arrive après les Gilets jaunes et les grèves pour les retraites qui ont particulièrement impacté les CHR. "Mais on n’a pas le droit ne pas essayer de s’en sortir, pas le droit de baisser les bras, exhorte David Garlenc. Nos soignants sont allés au front sans aucun moyen. Nous, on soigne les chiffres et l’État nous en donne les moyens…"

Alors doit-on garder confiance pour la reprise ? "Il est trop tôt pour le dire, le déconfinement et les jours d’après seront difficiles pour de nombreux secteurs, tempère David Garlenc. Mais notre principe est que tous nos clients seront là, à la réouverture." Un message d’espérance en somme.

Christophe Cathala
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