Aveyron : le monde du cheval en confinement

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  • Charlène et son hongre Clapton.
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  • Jean-Baptiste Boissonnade compte beaucoup sur l’entraide.
    Jean-Baptiste Boissonnade compte beaucoup sur l’entraide.
  • Marina et sa pouliche Bazz.
    Marina et sa pouliche Bazz.
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En cette crise sanitaire, le milieu du cheval est touché par le confinement et ses règles strictes. Dirigeants de centres équestres, cavaliers amateurs ou propriétaires doivent respecter la législation et faire avec ! Ce qui n’est pas toujours simple à appliquer lorsque le bien-être animal dépend de cela.

Charlène Presne, propriétaire du centre équestre du Haut Ségala

"Le bien-être et l’entretien des chevaux restent un travail à temps plein même en cette période. L’annonce du confinement a été comprise et bien accepté par la clientèle. Les cavaliers patientent jusqu’à la reprise des cours. Les propriétaires ayant leur cheval en pension me font confiance : je leur envoie des photos et des vidéos. Ils savent que les bêtes ne sont pas malheureuses !" Pour garder le lien avec ses licenciés, Charlène donne donc des nouvelles sur les réseaux sociaux et organise des petits jeux virtuels.

"Concernant les chevaux en pension-travail, je continue à les monter pour les maintenir en forme. Je ne prends aucun risque, nous faisons de petites séances de gym. Quant à mes chevaux de club, eh bien ce sont de véritables vacances pour eux ! Il faut dire que depuis que le club a ouvert, ils n’en avaient pas eu beaucoup." Vacances pour les équidés mais pas pour Charlène, car contrairement à ce que l’on pourrait croire, même si la cavalerie est au pré la journée, le travail et le coût d’entretien restent le même : "Les nuits sont encore fraîches donc je dois les rentrer pour dormir, leur mettre les couvertures et ils continuent à manger les rations de granulés. De plus, il faut continuer à curer les boxes. Sachant que ma stagiaire n’est pas là."

Si elle devait voir un côté positif à la situation, Charlène dirait qu’aujourd’hui son centre équestre est briqué de fond en comble ! "On refait les clôtures, on récure le club house et la sellerie, on nettoie et désinfecte le matériel et les tapis, Aujourd’hui nous avons passé 5 heures à remettre à plat le sol du manège."

Et l’avenir ? "Pour l’instant, la banque fait un report de six mois pour les remboursements d’emprunt. J’ai bon espoir de rouvrir avant septembre ; si nous avons le droit avant fin juin, on pourra limiter la casse. Je prépare la saison estivale en organisant des randonnées, comme j’ai l’habitude de faire. On n’a pas le choix !"

Marina, propriétaire de trois chevaux

"C’est l’occasion de passer du temps avec eux dans leur environnement naturel. Avant le confinement, j’ai rapatrié mes chevaux qui étaient en pension dans un club. Je les ai désormais chez moi car j’ai la chance d’avoir de la pâture. Pour l’entretien, je fais du travail à pied et je les panse car le poil d’hiver commence à tomber. Les avoir à la maison, c’est l’occasion pour moi de passer du temps avec ma pouliche de 2 ans, pour faire connaissance et la désensibiliser. Bien évidemment je ne monte pas pour ne pas me blesser. Je dois passer six heures par jour avec mes juments, je prends le temps de les observer, de les regarder vivre en extérieur et en troupeau. Et puis elles sont plus utiles et écolos que ma tondeuse !"

Jean-Baptiste Boissonnade, maréchal-ferrant

"Perdre 2 mois de salaire pour avoir la santé, il y a des choses qui n’ont pas de prix." Jean-Baptiste Boissonnade est maréchal-ferrant depuis 2004 ; il est installé depuis 7 ans à Sauveterre-de-Rouergue. Depuis le début du confinement, il a passé 15 jours sans travailler. Un gros manque à gagner pour un artisan.

"La Chambre de métiers nous a informés que les maréchaux-ferrants étaient autorisés à reprendre le travail "dans les limites du raisonnable". Nous avons besoin d’une attestation permanente et ne pouvons nous déplacer dans le département uniquement, sauf urgence vitale. Nous allons chez les particuliers et dans les centres équestres s’il n’y a pas d’autre personne dans les écuries."

Comme les cavaliers ne sont pas autorisés à monter en période de confinement (le risque d’accident pouvant amener à encombrer les urgences des hôpitaux), le travail de Jean-Baptiste consiste pour l’essentiel à de l’entretien des pieds par du parage et non plus de ferrage. "Bien évidemment, cela fait un trou dans la trésorerie que l’on ne pourra pas rattraper. Perdre deux mois de salaire pour avoir la santé, il y a des choses qui n’ont pas de prix", relativise ce jeune papa.

Et l’avenir ? "La reprise va poser des problèmes d’organisation : tout le monde voudra ferrer son cheval en même temps, et surtout les centres équestres qui doivent reprendre les cours. Il va falloir jouer le jeu entre maréchaux, s’entraider et respecter la clientèle établie. Trop de pieds à ferrer pour peu de maréchaux : si les écoles de maréchalerie ne rouvrent pas cette année, une solution serait peut-être de nous confier des stagiaires. La seconde problématique : après la crise, les propriétaires auront-ils encore les moyens de payer un ferrage, entre 80 et 100 € toutes les 6-8 semaines ?"

Centre Presse
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