Aveyron : pour les couturières, tout travail mérite salaire

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  • La fabrication d’un masque a un coût, entre tissu et élastiques.
    La fabrication d’un masque a un coût, entre tissu et élastiques. Centre Presse / FC / Centre Presse
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Pour les professionnelles, le bénévolat des premiers temps de la pandémie doit laisser sa place à un "fonctionnement normal"

Un collectif regroupant des professionnels de la couture de tout le pays vient de lancer une pétition pour que la confection de masques soit rémunérée. Réunis au sein du collectif baptisé "Bas les masques", plusieurs centaines de professionnels de la couture entendent de la sorte pointer ce qu’ils considèrent comme une "injustice", alors même que leur action a été louée dans la crise sanitaire du Covid-19.

En résumé, alors que de nombreux couturiers et couturières ont répondu présents et le plus souvent de manière bénévole pour faire face aux besoins en masques et blouses de protection, la " généralisation abusive du recours au bénévolat " est devenu pour le secteur " inacceptable. La situation met en péril une industrie entière et nous demandons simplement la reconnaissance de notre travail et sa juste rémunération ", soulignent les créateurs du collectif.

"Les masques, ils me sortent par les yeux"

Dans le département, les couturières professionnelles sont un certain nombre à être entrées d’emblée dans la ronde de la confection bénévole de masques. " C’était une évidence, raconte une couturière de la région de Laissac. Il manquait de masques. On avait le matériel, le savoir-faire. On ne pouvait donc pas rester là à regarder et ne pas s’engager. "

Elles ont donc fait des masques en tissu, par centaines, qu’elles ont donnés gratuitement à des établissements de santé, à des soignants, à des amis, à des voisins, à des municipalités… Quand on leur demandait. Ou sans qu’on leur demande. Mais aujourd’hui, elles sont nombreuses à saturer. " J’en peux plus des masques, avoue une couturière du Bassin decazevillois. J’en vois partout. Le jour, la nuit, partout, tout le temps. Tout le monde en parle, tout le monde en veut, ça devient obsessionnel. "

Même tonalité chez l’une de ses consœurs de la région ruthénoise, qui dit avoir " envie de passer à autre chose. Les masques ça me sort littéralement par les yeux. D’autant que les gens, pas tous heureusement, mais certains, sont agressifs quand ils abordent la chose. Ça devient usant. "

"Normal qu’on soit payé"

Au-delà de ce ressenti et pour revenir au sujet de la rémunération, les couturières aveyronnaises à qui nous avons soumis la question ont toutes trouvé justifiée l’idée d’être payées pour leur travail. "Au début de la crise et vu la situation, je ne me suis même pas demandé si je devais être rémunérée ou pas, confie la couturière de la région de Laissac. Ce qui a été fait bénévolement, on n’a pas revenir dessus. Mais désormais, il est normal qu’on soit payé pour notre travail. On ne va pas demander à des restaurateurs de livrer éternellement des repas gratuits aux gens qui sont sur le terrain ? Ils l’ont fait au début, comme nous, mais maintenant, on doit passer à un fonctionnement normal. Mais bon, personnellement, je vais plus ou moins abandonner la partie. Les démarches pour produire des masques aux normes Afnor sont très lourdes, administrativement et financièrement parlant. Trop lourdes…"

Un discours repris dans les grandes lignes par sa collègue de la région ruthénoise. " Depuis quelque temps, les masques que je fais, je les vends. Je n’abuse pas au niveau des prix. Mais il y a quand même le temps passé pour les faire et l’achat de la matière première, entre le tissu et les élastiques. J’en fais à peu près 150 par semaine et je les vends à mes clients ou via la CCI. "

Si la plupart des couturières aveyronnaises ne s’inscrivent pas forcément dans la forme du collectif "Bas les masques", elles n’adhèrent donc pas moins au fond de la démarche. En clair, tout cela pourrait tenir en quatre mots : tout travail mérite salaire.

François Cayla
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