Résistance à l’impôt et attachement à l’État

  • Alexis Spire.
    Alexis Spire.
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Docteur en sociologie, directeur de recherches au CNRS, membre permanent de l’IRIS, Alexis Spire est l’auteur du livre Résistance à l’impôt, attachement à l’État. Dans la conférence qu’il a donnée en janvier dernier à l’Université des savoirs partagés (USP), il a dévoilé le cheminement de ses recherches afin de comprendre le sentiment d’injustice fiscale qui règne en France.

Il a mené son enquête durant presque une décennie après avoir constaté que, malgré l’augmentation des inégalités dans de nombreux pays (France, Grèce, Portugal, Etats-Unis par exemple), on observe une recrudescence des protestations contre l’injustice fiscale et les impôts, censés prévenir justement ces inégalités.

Ressentis d’injustice

Les mouvements des Bonnets Rouges et des Gilets Jaunes sont nés de ce ressenti d’injustice, donnant parfois lieu à des alliances inattendues, entre des salariés et des entrepreneurs, des indépendants et des ouvriers. L’enquête a commencé en 2012-2013 en opérant de deux manières : d’une part, un échantillon de 3 000 personnes devait répondre à un questionnaire de 20 minutes une fois par mois, en échange d’une tablette et d’une connexion Internet ; d’autre part, on a interrogé des contribuables directement aux guichets des Finances Publiques.

La combinaison de ces deux méthodes a permis de préciser la notion de "ras-le-bol fiscal", de savoir à qui elle s’appliquait particulièrement et quel était son contexte.

Ainsi, les chercheurs du CNRS ont constaté de nombreux paradoxes : par exemple, la Bretagne fait partie des régions où le civisme fiscal est le plus élevé mais on y proteste plus ; en revanche la Corse conteste peu pourtant le taux de civisme fiscal y est très bas. Par ailleurs les classes populaires sont les plus enclines à râler face aux impôts alors qu’elles en paient peu.

D’après cette enquête, plusieurs raisons sont à l’origine de ce sentiment d’injustice.

La réticence des classes populaires face à l’impôt est à mettre en corrélation avec le pouvoir d’achat de chacun.

Les impôts indirects, comme la TVA, impactent directement le pouvoir d’achat des classes moyennes.

À cela s’ajoute l’idée, à la suite de plusieurs scandales éclaboussant les classes supérieures, que "les plus riches s’arrangent pour ne pas payer d’impôts".

C’est pourquoi beaucoup de personnes considèrent que ces classes-là ne payent pas leurs impôts, que les plus pauvres bénéficient de la redistribution sans contribuer et que les classes moyennes doivent compenser pour le reste du pays.

Valeur du travail

On note aussi un très fort attachement à la valeur du travail et les protestations viennent alors de la crainte que la redistribution des richesses favorise l’assistanat, et les profiteurs.

Actuellement la question fiscale est au centre du débat public, ce qui est assez inédit et inhérent à notre époque.

Alexis Spire a insisté en conclusion sur la nécessité d’un vrai travail de pédagogie afin de rendre visible tout ce que notre régime fiscal permet de financer : c’est à lui que nous devons notre système de protection et de mutualisation sociale.

GDM
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