Condom-d'Aubrac : Serco Aghian, conteur du Beau

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  • Serco Aghian, devant une partiede sa bibliothèque à Condom-d’Aubrac, propose des ateliers d’écriture dans son village d’adoption pour partager sa passion.
    Serco Aghian, devant une partiede sa bibliothèque à Condom-d’Aubrac, propose des ateliers d’écriture dans son village d’adoption pour partager sa passion. O.C. / O.C.
  • Serco Aghian : "L’écriture, c’est la recherche d’une beauté et d’une étrangeté. J’aime écrire une fin inattendue.
    Serco Aghian : "L’écriture, c’est la recherche d’une beauté et d’une étrangeté. J’aime écrire une fin inattendue. O.C. / O.C.
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Cet ancien architecte vient de s’installer sur l’Aubrac où il propose des ateliers d’écriture et prépare un spectacle… d’appartement !

C’est en voyant adolescent "L’aiglon", la pièce d’Edmond Rostand au Châtelet que Serco Aghian s’est épris des mots, du beau, du théâtre, de l’importance vitale et essentielle de la culture pour relater le monde. Sous le poids sans doute aussi de la vie, ce Parisien aux racines Arméniennes, n’a pas osé mener de front une carrière artistique mais fut un créateur en qualité d’architecte concepteur automobile. Une vie sans regret pourtant, tant son métier fut intéressant, s’exerçant aussi par le prisme de l’imagination qui l’a conduit à l’automne dernier comme à l’automne de sa vie, à s’installer à Condom-d’Aubrac. Serco Aghian y venait en vacances, il y réside désormais, heureux d’écouter le chant des oiseaux sur son balcon et de voir un horizon vierge de toute pollution.

La musique pour premier amour

En parallèle de sa profession, il s’est initié à la musique, violon et saxo alto, au point que cet art représente bien plus qu’un violon d’Ingres. " Je suis très mélomane, en particulier de musique contemporaine", dit Serco Aghian. La musicalité des mots allant de pair, en particulier avec le rythme et l’éloquence du théâtre dont il a suivi une formation à Paris 8. "J’ai participé à différents spectacles, régisseur, comédien…" énumère-t-il, l’amenant à fonder en 2002 son association "La chaise et le grain de sable "devenue compagnie de théâtre professionnelle en 2014. La chaise comme instrument pour écrire, le grain de sable pour la symbolique du voyage et le mécanisme pour enrayer. User du Beau pour parler des fêlures. De l’intérieur donc. Être aussi un caillou dans la chaussure. Parler du dehors. Il en fait un tout par ses créations. À l’image de sa pièce "Madame K et la révolution de velours", retraçant l’arrivée de quatre Arméniennes francophones en France. L’histoire de l’Arménie indépendante est un peu la sienne, comme Albert Camus dont il se sent proche avec l’indépendance d’Algérie. L’absurdité du monde l’habite. Et les douleurs qui accompagnent. Son père né à Beyrouth est mort alors qu’il avait 19 ans et il a retrouvé sa demi-sœur… seulement l’an dernier vivant à Buenos Aires en Argentine. "L’écriture c’est la recherche d’une beauté et d’une étrangeté. J’aime écrire une fin inattendue". Comme un parallèle à son existence. À l’instar de sa dernière nouvelle au titre évocateur : "Un vide qui semble si absolu qu’un soleil n’arrivera jamais à en éclairer une parcelle."

En choisissant la vie à défaut de la comprendre, les mots pour parler des maux, et de s’enthousiasmer par la contemplation, il suit l’air du temps. De l’actualité brûlante comme celle de son pays d’Arménie aux barbaries qui abondent aujourd’hui. Comme un artiste finalement, il est dans son temps, conteur contemporain au plus près des éléments et des événements. Puisant l’inspiration partout. De la poésie Iranienne aux légendes Islandaises en passant par les romans de Saramago.

À peine ses bagages posés, il propose des ateliers d’écriture dans son village d’adoption. "Les paysages rappellent l’Arménie". Il n’y a définitivement pas de hasard. Et les gens répondent présents à son atelier. Des femmes mais des hommes aussi, amenant carnets et stylos. Comme une récréation. Il envisage aussi de monter la pièce "Iphigénie" créée en 2012 par Jean-René Lemoine pour la jouer en appartement. Dans le cadre du déconfinement. Pour toujours être au plus près du vivant. Être acteur du quotidien. Comme tout contemporain. "C’est une pièce complexe qui n’a jamais été jouée en entier et aborde plusieurs thèmes. C’est superbe. Le sujet parle du sacrifice de la jeunesse", confie-t-il. Un peu la sienne encore. Le théâtre en miroir de sa vie. Et de glisser : "Il faut quand même un grand lit pour la jouer ! " Sans oublier la chaise et le grain de sable pour (en) rayer les maux et offrir une fin inattendue. 

Un extrait avec "Une colline de fleurs"

 

Comme une mise en bouche, voici un extrait d’une courte nouvelle intitulée "Une colline de fleurs". Elle était assoupie, allongée à même le sol. Sa chevelure rousse défaite enflammait l’herbe verte du printemps. Le soleil qui frappait son visage laissait clos ses yeux. Un grand silence envahissait sa présence. Même les oiseaux, si bavards en cette période, se taisaient. Sa position de repos était très inconfortable, mais elle n’en semblait pas gênée, étendue paisiblement dans cette nature renaissante, aux souffles bienveillants. Rien autour d’elle ne pouvait l’inquiéter, l’environnement immédiat était vide, seule l’herbe était froissée çà et là. Plus loin, près du chemin gravillonné, la porte d’entrée de sa maison était ouverte. Un volet détaché couinait au gré du vent léger sans perturber le sommeil de la femme. Je n’entrai pas mais suivis les empreintes grossières, comme tourmentées, dans les gravillons. C’est ainsi que je contournai la maison dont les volets, à cet endroit, étaient clos à l’espagnolette. Levant les yeux, je vis qu’une partie de la toiture s’était effondrée vers l’intérieur. Un trou béant laissait apparaître un fragment de mur aux papiers peints vieillis et une voilure qui battait selon les impétuosités de l’air s’engouffrant par la porte d’entrée ouverte. En abaissant le regard, je distinguai nettement des impacts de projectiles sur la partie gauche de la façade. Les volets à cet endroit n’avaient pas été épargnés. Les armes automatiques qui avaient dessiné cette dentelle avaient également fauché un homme qui gisait au sol dans une flaque d’un rouge-brun. Des mouches se disputaient un festin qui n’était pourtant pas si rare depuis que la guerre avait été déclarée. Les poches des vêtements de l’homme avaient été fouillées. Pour quelles raisons ? Un résistant ? Un collabo ? Un chef de l’opposition ? Un truand local ? (A suivre…)

Olivier Courtil
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