Justine Soulier et Tom Mouls : "Mayotte n’est pas encore au bout de ses peines !"

Abonnés
  • Voilà bientôt deux ans que le couple de Saint-Affricains est installé à Mayotte : Justine Soulier est infirmière au service des urgences de l’hôpital de Mamoudzou, la préfecture de l’île, tandis que son compagnon Tom Mouls est professeur d’histoire-géographie (actuellement, bien sûr, en télétravail) au collège de Kaweni 2, qui accueille 1 600 élèves.
    Voilà bientôt deux ans que le couple de Saint-Affricains est installé à Mayotte : Justine Soulier est infirmière au service des urgences de l’hôpital de Mamoudzou, la préfecture de l’île, tandis que son compagnon Tom Mouls est professeur d’histoire-géographie (actuellement, bien sûr, en télétravail) au collège de Kaweni 2, qui accueille 1 600 élèves. REPRO CPA / REPRO CPA
Publié le / Mis à jour le S'abonner

Les deux Saint-Affricains habitent et travaillent dans ce département français (976), archipel de l’océan Pacifique, qui a été le seul à voir son déconfinement reporté car "le virus y circule trop activement". Leur témoignage confirme que "la situation sur l’île est vraiment inquiétante".

Pour la France (métropole, mais aussi départements et territoires d’outre-mer), le déconfinement avait une date : 11 mai 2020. Cochée en rouge, pardon gravée en vert, sur tous les calendriers ! Depuis lundi dernier, une nouvelle phase a donc été lancée. Partout ? Pas tout à fait puisque, en effet, seul Mayotte n’a pas été autorisé à être déconfiné. En cause : l’augmentation constante du nombre de cas (qui double tous les deux ou trois jours !) et le respect seulement partiel des règles de confinement. Voilà moins d’une semaine, Mayotte comptait 890 cas déclarés, 11 décès et 35 personnes hospitalisées (9 en réanimation). Le taux de reproduction du virus (le fameux R0), qui mesure le nombre de nouvelles personnes contaminées par chaque individu infecté, est autour de 1,6 sur l’île contre 0,6 en métropole. Tout en sachant que les tests sont limités par la disponibilité en termes de réactifs, de tubes et d’écouvillons. Cette difficulté d’approvisionnement en matériel est liée à la limitation des vols de frêt (trois par semaines), à partager avec La Réunion.

"Pas le temps de s’ennuyer !"

On est donc bien loin de la carte postale de cet archipel (376 km2), situé entre le continent africain et Madagascar, à l’entrée nord du Canal du Mozambique, entouré d’une barrière de corail qui abrite un lagon et une réserve marine, destinations très prisées pour la plongée. C’est pourtant "l’appel du large, un goût certain pour les voyages et également une opportunité professionnelle intéressante" qui ont conduit Justine Soulier et Tom Mouls à poser leurs valises à Mayotte voilà bientôt deux ans. Un grand saut, à plus de 8 000 kilomètres du Sud-Aveyron, à plusieurs points de vue car, si le français est la langue officielle, la majorité des Mahorais parlent surtout une langue africaine bantoue (apparentée au swahili), le shimaoré, et sont de confession musulmane. Alors qu’il est professeur d’histoire-géographie au collège de Kaweni 2 (capacité de 1 600 élèves), sa compagne est infirmière au service des urgences de l’hôpital de Mamoudzou, la préfecture. Aux premières loges de cette pandémie puisqu’elle est en charge de l’accueil des patients atteints du Covid-19. S’ils ne regrettent pas leur choix, force est de reconnaître qu’ils n’ont pas été épargnés depuis leur arrivée. "Ici, il se passe toujours quelque chose. C’est à la fois excitant, car on n’a pas le temps de s’ennuyer, mais c’est aussi parfois stressant, confirme Tom Mouls. En l’espace de quelques mois, on a eu : les séismes à répétition, l’alerte rouge cyclonique, la fameuse météorite, l’épidémie de dengue, des agitations sociales diverses et, maintenant, le Covid-19".

"Confinement difficile à appliquer"

Et ils ne sont visiblement "pas surpris" par la décision prise par le gouvernement. "Même s’il s’agit bel et bien de la France, les différences entre l’hexagone et le 976 sont énormes, lâchent-ils en chœur. Les mesures appliquées ici sont souvent calquées sur la métropole alors que l’environnement n’est pas du tout le même". Ils détaillent : "Pour parler clairement, le confinement est difficilement applicable ici. En effet, 84 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté et s’abrite dans des habitats de tôle, appelés communément "les bangas". Ce sont souvent des familles nombreuses avec 4,5 ou 6 enfants, voire plus". Pour les deux Saint-Affricains, "il faut se rendre à la triste évidence" : "Comment voulez-vous que ces familles restent enfermées des semaines, des mois même, dans ces habitats sommaires surchauffés et, souvent, sans eau courante". Justine Soulier et Tom Mouls ne cachent pas qu’ils sont "des témoins impuissants". L’infirmière aveyronnaise donne pourtant de sa personne : "Le problème est que cette île est sous-dotée au niveau médical, surtout en médecine libérale et l’hôpital ne peut pas assurer tous les rôles. Ce n’est pas le cas pour le moment mais le centre hospitalier de Mamoudzou pourrait être facilement submergé. On libère de la place, en particulier en réanimation". Elle conclut : "Le pic épidémique est attendu pour fin mai. Mayotte n’est pas encore au bout de ses peines".

 

Rui Dos Santos
Voir les commentaires
L'immobilier à Saint-Affrique

150800 €

Saint Affrique, à vendre, lot de trois appartements de type 2. Un apparteme[...]

37000 €

A SAINT AFFRIQUE, dans un petit lotissement composé de 6 lots, terrain cons[...]

339480 €

Saint Affrique, secteur, à vendre ancien corps de ferme sur 4589 m² de terr[...]

Toutes les annonces immobilières de Saint-Affrique
Réagir