Le Rouergue, une maison d’édition qui a voix au chapitre dans tous les rayons

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  • Figure emblématique du Rouergue, où il a créé la collection jeunesse en 1994, le Ruthénois Olivier Douzou en est aujourd’hui le directeur artistique, mais également le responsable des albums jeunesse.
    Figure emblématique du Rouergue, où il a créé la collection jeunesse en 1994, le Ruthénois Olivier Douzou en est aujourd’hui le directeur artistique, mais également le responsable des albums jeunesse. RDS et DR / RDS et DR
  • L’édition des romans  jeunesse (les 7 ans et plus) est assurée par Olivier Pillé.
    L’édition des romans jeunesse (les 7 ans et plus) est assurée par Olivier Pillé. rds et dr / rds et dr
  • Installée en Aveyron de 1991 à 2000, aux côtés de Danielle Dastugue, travaillant, notamment, sur le premier livre de Michel Bras, Nathalie Démoulin est aujourd’hui basée en Arles en tant qu’éditrice de la collection La Brune et des polars.
    Installée en Aveyron de 1991 à 2000, aux côtés de Danielle Dastugue, travaillant, notamment, sur le premier livre de Michel Bras, Nathalie Démoulin est aujourd’hui basée en Arles en tant qu’éditrice de la collection La Brune et des polars. dr / dr
  • Julie Giroud, responsable des livres illustrés adultes.  
    Julie Giroud, responsable des livres illustrés adultes.   dr / dr
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Albums et romans jeunesse, polars, régions, littérature générale, art et histoire, nature et jardins, loisirs créatifs, gastronomie ou encore fantastique, cette maison d’édition, fondée, en 1986, à Rodez, par Danielle Dastugue conjugue tous les genres. Si le capital est entre les mains d’Actes Sud depuis 2005, elle a conservé son identité et son âme, souvent prises en exemple à travers tout l’hexagone. Dirigé par Alzira Martins, Le Rouergue compte quatre éditeurs, dont Olivier Douzou. Le Ruthénois en est aussi le directeur artistique.

Personne n’a oublié. Avec 300 000 exemplaires vendus, signant ainsi un des plus gros succès de librairie français, le livre "Les déferlantes" de Claudie Gallay est resté présent dans la liste des meilleures ventes pendant plus d’un an. Il a été publié en mars 2008 aux éditions du Rouergue. S’il a occupé le haut de l’affiche durant donc de longs mois, il n’était toutefois pas le premier (ni le dernier d’ailleurs) succès littéraire et populaire de cette maison fondée, en 1986, à Rodez, par Danielle Dastugue.

Rebaptisée Le Rouergue, elle navigue sous pavillon Actes Sud depuis 2005 (qui en détient tout le capital) mais quelques pionniers sont restés fidèles et continuent à être des figures de proue. C’est ainsi le cas d’Olivier Douzou, qui a sorti son premier album, intitulé "Jojo la mâche" en 1993 et créé la collection jeunesse un an plus tard. Après une parenthèse de 2001 à 2009, le Ruthénois, architecte de formation, est revenu à la maison, exprimant toutes les cordes qu’il a à son art : illustrateur, graphiste, écrivain... Il est toujours fidèle au poste en tant que directeur artistique et responsable des albums jeunesse. Une "famille" où il est comme un poisson dans l’eau, pouvant associer ses deux passions : le texte et l’image. "J’ai toujours la flamme et elle est alimentée par le fait de valoriser les travaux des autres, se réjouit-il. Mon rôle est de choisir des projets, une quinzaine par an et j’en reçois une vingtaine par jour !". En matière d’albums jeunesse, la notoriété du Rouergue n’est plus à faire. "C’est une vraie marque, confirme Olivier Douzou. En terme d’image, nous sommes identifiés et souvent primés. Cette reconnaissance est d’ailleurs un moteur pour moi".

"La qualité en première ligne" 

Editeur des romans jeunesse (pour les 7 ans et plus), basé en Arles et dont la compagne est ruthénoise, Olivier Pillé est sur la même longueur d’onde que son collègue : "Le Rouergue jouit d’une très bonne image qualitative et il est soutenu aussi bien par les bibliothécaires que par les libraires. C’est un signe fort". Recruté voilà six ans, de nature "optimiste", il reçoit environ 1 000 manuscrits par an. "Je publie habituellement deux premiers romans, trois les années fastes", reconnaît l’intéressé. 
Ses exigences ? Olivier Pillé est on ne peut plus clair : « La fluidité de l’écriture, avec la maîtrise de la langue et de la narration, l’originalité de l’histoire bien sûr et, élément plus subjectif, l’émotion suscitée. Il faut pouvoir se démarquer des autres ».
Il saute sur l’occasion pour « saluer le travail de la Maison du Livre à Rodez » : « L’équipe fait un boulot qualitatif. C’est hyper enrichissant de partager avec elle, un immense plaisir ».
Si Olivier Pillé peut être considéré comme un p’tit nouveau, celle qui occupe le bureau voisin a une toute autre expérience et une grande connaissance de la maison. Née, en 1968, à Besançon, Nathalie Démoulin
a rejoint les éditions du Rouergue en 1991, œuvrant neuf ans près de Danielle Dastugue à Rodez. « J’ai eu la chance de vivre la première étape importante avec le passage de publications régionales à une dimension nationale, se souvient-elle. Le bébé n’a jamais cessé de grandir depuis ». Elle ne tarit pas d’éloges sur cette institution qu’elle n’a jamais vraiment quittée puisque, quand elle n’y a pas travaillé, de 2000 à 2008 (elle a rejoint Flammarion puis La Martinière), ses trois premiers romans ont été publiés par la maison d’édition aveyronnaise. « Elle est reconnue pour la qualité du travail effectué, appréciée, audacieuse aussi, riche et forte du temps passé, lâche-t-elle, dithyrambique. Dans l’univers de l’édition, sa place n’est pas confidentielle. Elle a une histoire, un catalogue,  plus de 600 auteurs, une richesse de textes, des liens étroits avec les libraires, avec les lecteurs ». éditrice des polars (elle a lancé le Rouergue Noir en 2010), de la collection La Brune et de la littérature générale, la Bisontine se réjouit que  « Le Rouergue soit une maison indépendante avec une autonomie éditoriale » : « Elle a su garder une identité. Il ne fallait pas en faire un satellite d’Actes Sud ». Si elle prend « parfois des risques en faisant découvrir de nouveaux auteurs », Nathalie Démoulin peut compter sur des valeurs sûres, dont les deux Aveyronnais Roger Béteille et Daniel Crozes. Celui-ci a sorti son dernier roman, intitulé  « Le rebouteux des montagnes », ce mercredi. Enfin, les livres illustrés adultes sont entre les mains de Julie Giroud depuis septembre 2019. Après neuf ans en tant qu’assistante éditoriale. Sensible à « l’esprit pionnier »  du Rouergue, qui va « au devant de la recherche pour être toujours à la pointe », et « au lien entre l’environnement et l’être humain, avec un catalogue qui est dans l’ADN de cette maison d’édition »,   elle est convaincue que « la veine à creuser est la nature et le jardin au sens large ». Elle détaille : « Le côté pratique, accessible  au grand public, et plus technique, plutôt pour les professionnels ». 

L'Aveyron en vingt-deux romans

L’opération a été baptisée « L’Aveyron en 22 romans ». Elle se décline sous la forme  d’une carte interactive du département d’où jaillissent vingt-deux couvertures d’ouvrages écrits par des auteurs aveyronnais et publiés, bien sûr, au Rouergue : 13 sont l’œuvre de Daniel Crozes, 8 à mettre au crédit de Roger Béteille et cette collection est complétée par « Les enfantés », signé Jean-Paul Desprat. « On s’est rendu compte que nous avions un fond romanesque très important sur l’Aveyron, explique Nathalie Démoulin. Du coup, sur le principe de “C’est arrivé près de chez vous”, les autochtones et les touristes peuvent se plonger dans un livre dont l’histoire s’est déroulée devant leur porte ou à deux pas de chez eux ». Et d’ajouter : « C’est aussi une manière originale de découvrir un lieu. Souvent avec une approche historique mais pas seulement ». Si, par exemple, Villefranche-de-Rouergue est associée à « Messagère de l’ombre », « Le bal des gueules noires » renvoie sur Decazeville. Pour ceux qui sont à Aubrac, ils peuvent choisir « Retour à Malpeyre » ou « Les pouvoirs de Jean » à Naucelle. Cette carte est à découvrir sur le site www.lerouergue.com.

Rui Dos Santos
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