Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l’Aveyron…

  • Aubrac, prêt à voyager.
    Aubrac, prêt à voyager.
Publié le / Mis à jour le S'abonner

En attendant nos pages "été" qui démarrent ce lundi 13 juillet, chaque jour dans votre journal, voici pour patienter un petit cahier estival pour les vacanciers mais également pour les Aveyronnais souhaitant (re)découvrir le département.
 

On ne le répétera jamais assez, amis vacanciers, la France est un beau pays fait de paysages aux multiples identités. Et, pourquoi le nier, l’Aveyron est en France. C’est même au sud, en bas, en partant du haut. Ce département fait aussi partie de l’Europe, c’est dire son sens de l’à-propos.

Ce territoire long et grand de 8 735 km² est composé de 277 900 âmes, pour la plupart des Aveyronnais ou peu s’en faut. Ils y ressemblent comme deux gouttes d’eau. Il fallait donc bien qu’à un moment ou à un autre, puisque vous êtes venus couler quelques jours heureux ici, que vous croisiez ces gens au caractère trempé, fidèles aux rues et aux murs où ils sont nés. Ils se confondent à longueur d’éternité aux monts, aux arbres, aux torrents et leurs seaux d’eau… Et leurs chemins et sentiers aux odeurs charnelles serpentent sans que cela ne les dévie. Ils vont. Ils sont. Ils seront. Ils négocient sereinement la sinuosité des jours en jouant tout sur la durée. Ils ont le temps.

Là-bas, à la croisée des destins, le futur attend, simple ou composé. Ou antérieur ! Car ces témoins déplorent encore à longueur de mots que les hivers aveyronnais ne sont plus ce qu’ils ont été. La nostalgie non plus ! Le passé a encore un bel avenir quand ils l’évoquent. Et l’on ne sait jamais de quoi il sera fait. Les plus anciens vous diront leur retour de l’école quand la couche de neige faisait deux mètres d’épaisseur, comme les tartines de pain d’alors. Et le bon beurre s’étalait jadis à la pelle. Les montagnes étaient flanquées d’inaccessibles sommets. Elles sont retombées comme un soufflé, les montagnes. Il n’y a plus d’hiver. Rien à cette époque n’était anecdotique. Tout avait la profondeur de l’histoire et les pas s’enfonçaient dans la terre d’un pays complètement assumé.

Depuis deux ans, je les côtoie, ces gens. S’ils mettent parfois des années pour vous adopter, ils vous reconnaissent en deux minutes et vous saluent interminablement dès que vous les quittez. Émigré breton, je vis là. Je poursuis mes jours ici, loin de la mer. Quand elle me manque, je la rejoins dans ces vertes vallées qui ont plus d’un tour dans leur sac et leur ressac et leur marée. Les arbres vont et viennent, montent et descendent, en vagues ébouriffées. Les oiseaux se font mouettes, comme les grandes douleurs… Je vous livre ici mes impressions, mes coins, mon Aveyron. Tour d’horizons.

 

Le lac des moines

Les grands lacs ont leur charme. Leurs eaux inspirent des mélos. Il faut aimer ces longs sentiments dont on ne vient jamais à bout. C’est prenant mais chacun ses goûts. Mais les petits lacs, fragiles comme l’oubli, semblent plus à ma portée. Ils me collent à la peau, aux yeux… Je m’y sens rassuré, protégé, consolé. J’en connais un de cent mille carats. J’y dors en fourgon. Le soleil et le silence me bordent. Les ombres et les odeurs de l’ailleurs me bercent. Le lac des moines est situé à côté du village d’Aubrac. Le sentier de Saint-Jacques-de-Compostelle le frôle. Les pèlerins y passent têtes baissées, le barda en bandoulière, la foi chevillée au cœur. Ils disparaissent hélas alors que le lac offre une vue divine sur le village et les pâturages qui l’entourent : de l’herbe et de l’air, et de l’amour. Cette retenue artificielle a pour but de contrôler le débit de la Boralde de Saint-Chély. Si vous le ratez, ce lac, et là je pèse bien mes mots, vous risquez de rater votre vie. Au moins aujourd’hui !

La cascadede Saint-Rome-de-Tarn.
La cascadede Saint-Rome-de-Tarn.

La cascade de

Saint-Rome-de-Tarn

Le temps déferle. Souvenez-vous des bouillonnements de votre enfance. Ils ont filé, bouillon après bouillon, loin… J’aime regarder les cascades. Elles nous disent élégamment la fuite des jours. Moins déchirée que celle de Salles-la-Source, la cascade de Saint-Rome-de-Tarn, porte le tutu, comme une danseuse ou une étoile filante. À une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Millau, le ruisseau de Lèvezac se jette dans le Tarn du haut d’une falaise de tuc en une splendide chute de 18 mètres de haut. Elle descend des nues. Le Tarn arbore alors des eaux émeraude. On appréciera pleinement ce spectacle lors d’une balade en canoë-kayak ou de l’autre berge. Il suffit de la regarder et de laisser passer le Tarn et le temps. La représentation y est permanente, même les jours gris ou fériés.

L’accent aveyronnais

On n’a pas besoin de prouver l’existence de l’accent aveyronnais. C’est une évidence quand on vient d’ailleurs. Si Dieu reste encore à prouver, pas lui. Cet accent existe et je l’ai rencontré. Son chant du reste n’a fait qu’un tour avant d’aguicher mes oreilles. C’est dépaysant, tempéré… Les mots baignent dans un gulf-stream de bon aloi. Certes on n’est pas dans une opérette, comme à Marseille où la moindre dispute reprend au refrain, mais on se sent bercé… Et dans les commerces, on vous présente la note en la poussant. C’est charmant ! Et ça passe mieux ! D’autant que souvent l’accent s’accompagne de la gentillesse, ce luxe à la portée de chacun.

Un horizon morcelé

L’horizon s’ouvre et se déploie sur la mer. La mer permet l’horizon. Il s’y étale et s’y confond et s’y couche. Soit ! C’est leur choix à ces deux paresseux ! Respectons-le ! Rien de tout cela ici. L’Aveyron a pris ses distances avec l’infini, il y a des années-lumière de ça, avec un beau recul. Le panorama est à monter soi-même. Tout est en morceaux comme un puzzle. Ici, un mont, une vallée, un ciel, des arbres… Là, un clocher, des vaches, des prés, des maisons, le soleil… L’image est à construire. Vous l’approchez. Sensible, vous la composez. La dextérité de vos yeux fait le reste. Votre regard apprivoise les lointains et ramène des paysages et des univers profondément réconciliés et humains.

C’est beau et certain ! Et l’horizon y fait des bonds !

La côte de bœuf aubrac

Accompagnée simplement de mousserons, d’une salade amère cueillie sur le plateau, elle vaut le détour… Si l’aligot ce plat inventé par les moines pour nourrir les pèlerins en route pour Saint-Jacques-de-Compostelle, semble roboratif à certains, car il l’est, on lui préférera alors une mousseline de carottes ou de céleris… On couronnera ce mets d’un bon Languedoc, au verre ou au goulot.

Et l’on quittera la table en s’avouant qu’il est doux d’exister. D’autant qu’un sentier pas loin vous tend ses mousses et son herbier géant pour un repos bien gagné.

Millau, on y vient de haut !
Millau, on y vient de haut !

Les routes qui mènent à Millau

D’où que l’on vienne, quand on va à Millau, on arrive toujours d’en haut. Et si ce n’est pas le cas, c’est qu’on en repart. J’aime les chemins qui y mènent. Ils sont fous. C’est un atterrissage. On vient du ciel. C’est divin. Et l’on fend même parfois en deux un rayon de soleil pour passer. Et puis les nombreux tournants du parcours ne mettent jamais à l’abri d’une bonne surprise. Il ne faut pas se le cacher. Mais c’est le risque !

Le square de Rodez.
Le square de Rodez.

Le square de Rodez

À Rodez, entre le Musée Soulage et le kiosque à musique, une boîte de jeu est posée là, sous des arbres oubliés par les années. C’est un square où les enfants s’ébrouent et s’apaisent. J’aime y séjourner sur un banc en feuilletant un livre ou un souvenir à côté des mamans, des familles, d’un chien…

Près d’un père visiblement divorcé assumant sa garde alternée avec application et volonté. Il essaie même de trop bien faire ce solitaire ayant la charge d’une famille si réduite. Il tire de son sac vingt goûters et une bibliothèque pour enfants. Mais pourquoi donc ces séparations ? Les arbres qui entourent ce jardin sont majestueux et l’heure qui vient n’annonce pourtant aucune guerre, aucun chagrin.

Le lac de la Gourde.
Le lac de la Gourde.

Le lac de la Gourde

Le lac de la Gourde se mérite. Le sentier qui y conduit prend au niveau du barrage du lac de Pareloup. Vous le trouverez. D’autres y sont bien parvenus. Il faut alors traverser une forêt profonde et fraîche et la respirer à pleines enjambées afin de surprendre au lit, dans ses repliements, cette nappe d’eau joliment brodée disposée sur la table du jour.

Lieu connu des naturalistes et des amoureux des oiseaux, vous y surveillerez, de son observatoire, grèbes, canards et une belle diversité de libellules et de clartés superbes. Et puis le temps passera. Il ne sait faire que ça. Vous pourrez alors assister au déclin, à la chute, au renversement du soleil.

Centre Presse
Voir les commentaires
Réagir