La légende du rallye du Rouergue dans le Nord-Aveyron

  • Laurent Binois en 2015 (N°71) sur la bosse de Crussac et son saut de 25 mètres de long ! Un endroit particulièrement prisé des spectateurs.
    Laurent Binois en 2015 (N°71) sur la bosse de Crussac et son saut de 25 mètres de long ! Un endroit particulièrement prisé des spectateurs. Repro CP / / Repro CP
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Annulé en raison de la crise sanitaire, le rallye du Rouergue, 47e du nom, aurait dû s’élancer ce matin de Rodez. Pour une première étape se déroulant en partie dans le nord du département. L’occasion de rappeler les "petits riens" qui ont forgé la "grande histoire" de l’épreuve. Aujourd’hui dans le nord du département, demain à Moyrazès, et dimanche avec le premier vainqueur Aveyronnais, Jean-Jacques Enjalbert.

En 46 ans, il s’en est passé des choses sur cette épreuve comptant actuellement pour le championnat de France des rallyes asphaltes. Et Yves Pailhoriès, l’une des chevilles ouvrières de l’ASA du Rouergue, de citer pêle-mêle : "Dans la spéciale de Saint-Hippolyte, à Pons où le rallye passait devant le parvis de l’église le dimanche matin, le curé a déplacé l’office religieux au samedi soir. En échange, il a demandé aux organisateurs de faire un petit tour de sa paroisse en hélicoptère. Une façon, disait-il, de se rapprocher un peu plus de dieu. "

Béni des dieux

Dans le même style, à Sainte-Eulalie-d’Olt, le rallye serait arrivé à la chapelle aux mêmes horaires que la procession annuelle. Là aussi, les organisateurs ont proposé de changer les coutumes ancestrales et de modifier les horaires de la procession. Il faut dire que le "porteur de croix" était aussi un fervent spectateur du rallye. "Surprise aussi avec cette dame âgée de plus de 90 ans. Alors que nous expliquions les contraintes qu’elle aurait à subir lors de la traversée du village en ES, après nous avoir écoutés, elle a tenu à nous remercier très chaleureusement car elle allait enfin pouvoir assister en réalité à un rallye : "Je vais pouvoir quitter ce monde avec plus de sérénité", ajouta-t-elle", se souvient Pailhoriès. "Cela montre aussi la place importante du rallye du Rouergue et du rallye en général dans le cœur des Aveyronnais. " Il y a ainsi tellement d’anecdotes qu’il serait possible d’en faire un recueil ; mais c’est certainement au fil des spéciales qu’elles sont les plus nombreuses.

Au cours de cette première étape, que les concurrents auraient eu à parcourir aujourd’hui à deux reprises sans ce satané virus, il y avait les spéciales de Saint-Julien-de-Rodelle – Sébrazac, Laissac – Sévérac-l’Église et, le gros morceau, Campouriez – Le Nayrac avec ses presque 34 bornes.

Créée en 1980, cette spéciale a connu de nombreuses modifications au fil des années et a vu des pilotes y construire leurs victoires mais également de nombreux leaders y laisser des plumes et même toute chance de monter sur la plus haute marche du podium. À l’image de Salanon, Vouilloz et Cuoq qui sont sortis de la route en 2006 en voulant dupliquer les temps canon réalisés par un ouvreur de luxe, un certain Sébastien Loeb qui affolait les chronos avec une Citroën Saxo WRC et son épouse Séverine comme copilote. Du côté des pilotes régionaux, ils sont nombreux à se remémorer de bons ou mauvais moments tout au long de cette spéciale. "En 2010, je suis sorti au carrefour de Florentin-la-Capelle avec ma Citroën C2 alors que j’étais largement premier dans ma catégorie, se rappelle Germain Bonnefis. C’est un petit péché d’orgueil car j’avais course gagnée en Citroën Racing Trophy, mais j’ai voulu aller chercher Emmanuel Guigou, une référence en deux roues motrices. Quelque chose qui ne se fait pas quand on a course gagné dans la dernière spéciale. " Une sortie de route qui a certainement pénalisé le Baraquevillois pour la suite de sa carrière car Simon Jean-Joseph était là pour le superviser en vue d’intégrer le team Citroën et comme c’était sa deuxième sortie de la saison, il ne fut pas sélectionné. "J’ai été trop fougueux. "

Crussac, ça passe ou ça casse

Pour Xavier Barrau, copilote de Gilles Hernandez, ses souvenirs remontent 15 ans en arrière, en 2005. " On se tirait la bourre avec un autre concurrent en F2 13. Le vendredi on était devant, le samedi, il nous remontait un peu et lors de l’assistance à Bozouls le clapet anti-retour du réservoir s’est déclenché intempestivement alors que nous faisions le plein et que le réservoir n’était pas plein. À une dizaine de km de l’arrivée au Nayrac, nous avons commencé à déjauger et j’ai dit à Gilles que nous n’arriverons jamais au bout. "Tu n’as qu’à faire un joli passage sur la bosse histoire de finir en beauté", lui dis-je. Malheureusement, il a pris la bosse trop à droite et nous sommes retombés sur deux roues. Nous avons pulvérisé la haie juste en face et nous nous sommes retrouvés 80 mètres plus loin dans le champ en contrebas. Ce jour-là j’ai maudit l’assistance qui n’avait pas fait attention."

La bosse de Crussac, institution s’il en est du Rouergue, qui restera l’un des meilleurs souvenirs du Ruthénois Laurent Binois. "En 2015, avec Mathieu Delrieu, nous avions réalisé le saut le plus long avec 25 mètres." Un record qui tient encore. "Ce n’était pas prévu mais avant d’arriver sur la bosse, j’ai dit à Mathieu : "Est-ce que ça passe à fond ? Il n’a pas répondu et j’ai tout lâché…""

Pour Cécile Pages, copilote de la multiple championne de France Charlotte Berton, c’est 2011 qui reste un mauvais souvenir : "Juste avant la bosse, nous faisons un tout droit et nous perdons le podium de la coupe pour quelques dixièmes de seconde. " Difficile enfin de terminer l’évocation de cette mythique spéciale sans parler de l’édition 2017 lors de laquelle un riverain, quelque peu en froid avec les organisateurs locaux (!), a répandu du fumier dans son champ situé juste en face de la fameuse bosse de Crussac pour empêcher les spectateurs de s’y masser en nombre. De quoi forger un peu plus sa légende.

 

JDM
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