Le tour de l'Aveyron à scooter – étape 3, épisode 5 : prendre la route des statues-menhirs

  • Le rougier de Camarès, coeur du royaume des statues-menhirs.
    Le rougier de Camarès, coeur du royaume des statues-menhirs. LR / / LR
  • De Gissac à Montlaur sur des routes secrètes, une vue unique sur la château de Montaigut
    De Gissac à Montlaur sur des routes secrètes, une vue unique sur la château de Montaigut LR / / LR
  • En vue de Montlaur après 10 km sous l'orage.
    En vue de Montlaur après 10 km sous l'orage. LR / / LR
  • Michel Maillé et sa première découverte.
    Michel Maillé et sa première découverte. LR / / LR
  • La statue-menhir du Cros, où vécut Henri Cot, le géant aveyronnais de 2m30.
    La statue-menhir du Cros, où vécut Henri Cot, le géant aveyronnais de 2m30. LR / / LR
  • Du côté de Saint-Izaire.
    Du côté de Saint-Izaire. LR / / LR
  • Dans la vallée du Dourdou, avant qu'il ne se jette dans le Tarn.
    Dans la vallée du Dourdou, avant qu'il ne se jette dans le Tarn. LR / / LR
Publié le / Mis à jour le S'abonner

Ce tour de l'Aveyron part à l'aventure sur les petites routes du département, défiant chaleur, pluie et pépins mécaniques, à la rencontre de beaux paysages et de belles gens. Ou l'art de se déconfiner en douceur.
Six étapes tous les dimanches jusqu'à fin août, et six épisodes par étape sur le site de Centre Presse, du lundi au samedi.
On a fait le plein, le moteur démarre, un coup de klaxon et c'est parti !
 

Avant de quitter Camarès et après la séquence nostalgie ouyrassole, grimper sur le rougier via Gissac avec l'intention de casser la croûte en l'enceinte de son château. Mais le bel édifice, utilisé un temps comme logis et restaurant par le festival de musique de Sylvanès, a fermé ses portes. Celui qui abrita le président Vincent Auriol quand l'armée d'Hitler envahissait le France, et même Philippe de Villiers qui y a fêté son réveillon du millénaire (nous étions à deux pas, à la salle des fêtes, pour danser sur des musiques autrement alternatives), enfin bref le château était de nouveau muré dans son silence, lui et sa vue magnifique, encore une, sur le rougier.

Soit, ne pas s'arrêter, et passer par des routes autres pour rejoindre Montlaur. Le tout sous l'orage, le seul subi durant ce tour (qui vous est livré en léger différé). Un bon gros orage qui vous laisse trempé jusqu'à l'os lorsqu'on s'installe à la table de l'Oustalet. Le temps de dîner, de visiter l'ami Michel aujourd'hui dépanneur informatique à distance, et c'est à nouveau sec que l'on rejoint Camarès pour la dernière nuit.

Le lendemain, prendre la direction de Belmont et s'arrêter à Nougras, pour rencontrer Michel Maillé, le spécialiste de ces « nounous » qui valaient bien, culturellement du moins, ma mère et ma grand-mère dans mon éducation. Les statues-menhirs. Des femmes et des hommes (d'où statue-menhir : LA statue, LE menhir) plantés là par le peuple des Treilles, une quasi civilisation qui s'est épanouie dans le rougier et autour, pendant un millénaire, entre 3500 et 2500 ans avant Jésus Christ. Michel Maillé, pas encore la soixantaine, est agriculteur, mais « pratique l'archéologie comme un pro » depuis qu'au début des années 80, il découvrit sa première statue-menhir sur ses terres. Il en a découvert cinq à ce jour, sur les quelque 154 découvertes dans la région, dont la moitié en Aveyron. Depuis, il écrit des ouvrages, des mémoires, donne des conférences et cherche sans relâche. Toutes traces de ces hommes et ces femmes de pierre comme il dit, atteignant jusqu'à 4,50 m de haut, et empreints d'une force spirituelle indéniable. « Ce sont sûrement l'image des ancêtres, une sorte d'hommage, mais il faut faire attention. A l'époque, ce sont des sociétés plutôt animistes, avec des références à la nature, aux forces occultes, avec une part aussi d'au-delà. Ce sont des sociétés qui avaient donc une pensée complexe, mais les pensées des gens, elles ont disparu. Savoir ce que veulent dire les statues-menhirs, c'est comme si un Martien découvrait une croix sur une autre planète : il faut avoir beaucoup d'imagination pour être capable d'avoir une idée de ce que cela représente. »

Dans la région, loin d'habiter d'abord l'inconscient collectif, les statues-menhirs ont souvent servi de matériau de constructions, dans des ponts, des linteaux, des escaliers. Certains ont subi de la main de l'homme des outrages que le temps lui-même ne peut commettre. Pour moi-même, comme tous les jeunes, ça n'a été longtemps que de vieux trucs bons à mettre au rebus, sans intérêt et pas « in » du tout. Mais aujourd'hui, elles reviennent à la vie. Elles reprennent place « in situ », là où elles furent découvertes, même si ce sont des copies. Avec leur magie, leur mystère. Et non, le musée Fenaille de Rodez n'a pas piqué toutes les statues-menhirs du Sud-Aveyron comme on l'entend parfois. « Il y en a une petite vingtaine à Rodez, dit Michel, mais la plus grande partie se trouve chez les propriétaires. »

Pour Michel, pouvoir exposer ces autres statues sur le territoire qu'elles habitent depuis des millénaires est « un enjeu majeur au niveau touristique, économique et patrimonial ». Elles représentent « une identité particulière et unique pour notre région.C'est le plus vieux et le plus important site européen de statues humaines, et le plus remarquable. Il est pourtant peu valorisé dans notre région », ajoute celui qui plaide pour un centre d'exposition local, lequel devrait finalement voir le jour.

En attendant, c'est au hasard que l'on visite leurs ersatz, des répliques certes, mais dans un décor d'origine qui parfois, qui souvent, vous rebalance dans le passé. Au temps du peuple des Treilles.

Laurent Roustan
Voir les commentaires
Réagir