Tchalo, "un collectif sans frontières pour des créations sans limites"

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  • L’équipe de Tchalo devant el Chileno Grande, une paroi inexplorée de 1600 m de  granit pur, perdue dans une vallée reculée du sud de la Patagonie Chilienne. ET
    L’équipe de Tchalo devant el Chileno Grande, une paroi inexplorée de 1600 m de granit pur, perdue dans une vallée reculée du sud de la Patagonie Chilienne. ET
  • Avant la vidéo, Étienne a passé la première partie de sa vie à équiper les voies de certaines des parois les plus exigeantes au monde.	ET
    Avant la vidéo, Étienne a passé la première partie de sa vie à équiper les voies de certaines des parois les plus exigeantes au monde. ET
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Avec Tchalo, sa maison de production, Etienne Tafary tourne aux quatre coins du monde. De retour du Chili, il nous parle des Aonikenk, peuple nomade à qui il consacre son prochain documentaire. rencontre:.

Une vie d’aventures vaut mille vies de confort", disait Jack London. Si pour beaucoup il a fait figure de détonateur, pour d’autres, le confinement n’a fait que confirmer une philosophie de vie tournée vers, l’ailleurs, l’altérité, les horizons à perte de vue.

Éternel bourlingueur, Étienne Tafary est de ceux-là. À la tête de Tchalo Productions depuis 2013, un "collectif sans frontières pour des créations sans limites", le Millavois de cœur est passé derrière la caméra pour donner corps à ses deux passions : l’escalade et la photographie.

"J’ai découvert la montagne tout gamin avec mon père. L’escalade, l’alpinisme, le parapente… Idem pour la photo que je pratique depuis tout minot." Un mélange détonnant qui l’amène très trop à explorer le globe et ses falaises légendaires qui font tourner à plein son imaginaire. Esthète de l’escalade, en quête permanente de défis et d’adrénaline, le jeune homme part "en quête" comme il aime à le dire, en Mauritanie, aux États-Unis, au Népal où il se confronte, toujours seul, à l’immensité des sommets comme à leur dangerosité : "À cette époque, j’avais des choses à prouver et à me prouver."

De ces expériences "initiatiques", il se forge une certitude : "les voyages ne sont jamais plus beaux que quand on les partage !" Et comment mieux les partager qu’en passant derrière une caméra.

De retour en France, il met à profit sa technique pour équiper certaines des falaises les plus mythiques de la discipline. Son niveau aidant, – il est l’un des grimpeurs les plus doués de sa génération – rares sont celles à lui résister. Car si le neuvième degré demeure encore aujourd’hui le Graal de la discipline, lui concède modeste "être juste en dessous." Au-dessous certes, mais toujours assez haut pour le guider là où ses envies le portent et "où l’expérience compte plus que le niveau technique", plaisante-t-il.

Très vite, son savoir-faire tape dans l’œil des pros de la discipline et lui permet bientôt de suivre – et de très près – le Niçois Enzo Oddo, prodige français de l’escalade, avec qui il voyage en Patagonie entre El Chalten et Bariloche. "Le mec survole les disciplines, reconnaît Étienne, c’est un surdoué, un peu rebelle, franchement sympa, en construction." Il accompagne aussi Théo Samson pour son record du monde de high-line : 500 mètres accroché au-dessus du vide en plein désert américain.

Fondatrices dans le parcours de cet amoureux de nature, ces différentes expériences lui donnent envie de pousser toujours plus loin l’aventure. Une expédition au Tchad aux côtés des plusieurs scientifiques fera le reste. Son objet : explorer trois zones dans le nord du désert du pays, évaluer le potentiel des lieux et étudier l’impact supposé d’un tourisme de niche – scientifique ou sportif – et son acceptabilité auprès des populations locales.

"Avec des ethnologues, archéologues, anthropologues, nous avons été invités pour évaluer le potentiel des parois. Dans le même temps, j’avais pour mission de documenter le voyage en photos, vidéos, textes", se souvient Étienne. Là-bas, dans le désert du Sahara, aux pieds des falaises de grès de l’oasis d’Archeï, naîtra Tchalo. "J’ai senti que j’avais quelque chose à faire de tout ça. Plus tard nous sommes repartis là-bas, au contact des Goranes, – un peuple nomade implanté entre l’ouest du Niger et l’est du Tchad –, et de son chef pour aller encore plus loin dans la compréhension." Ce chef qui leur avait confié son inimité à l’égard de l’homme blanc, coupable selon lui, "de voler l’écho des montagnes pour en faire des téléphones et des avions." La métaphore servira finalement de toile de fond au premier documentaire de Tchalo : "Les voleurs d’écho." Un conte sociologique qui fait là aussi écho aux concepts d’impérialisme, d’accaparement des ressources, d’oppression culturelle ou religieuse. "On retrouve aussi cette quête spirituelle", ajoute le réalisateur. Cette quête spirituelle : "le fil rouge" du travail de Tchalo.

Sur les traces des Aonikenk

De retour du Chili où il a passé plusieurs semaines sur les traces des Aonikenk, Étienne poursuit sa voie avec son dernier projet au long cours. "La communauté Aonikenk se partageait le sud de la Patagonie avec les tribus Kaweskar, Onas, ou encore les Yamanas. Des peuples nomades, pour la plupart de tradition orale, navigateurs, pêcheurs, chasseurs-cueilleurs… Mais aujourd’hui ces communautés subissent les affronts du monde moderne capitaliste. Je parle d’expropriations, de la privatisation des territoires traditionnels dans la région du Chileno Grande qui est au cœur de polémiques opposant de grandes entreprises aux minorités ethniques. Ces sociétés qui achètent des centaines d’hectares de vallées et de montagnes pour le compte de l’industrie minière, énergétique, avec le gaz de schiste, ou forestière. En plus des dégâts qu’elles infligent à l’écosystème, elles dégradent considérablement les conditions de préservation de ces peuples et de leur culture… L’oppression de ces communautés indigènes demeure toujours d’actualité."

Lucide, sans compromission, Tchalo pose sa caméra dans ces replis de l’histoire, en résonance avec la nature environnante. "La montagne est de plus en plus assimilée à un produit de consommation. Pour certains cependant, elle revêt un caractère presque religieux, voire fanatique… Dans ce film, Aonikenk, une équipe d’alpinistes s’engage dans un projet d’ampleur : la première ascension d’une paroi de 1 200 m. Elle incarne symboliquement un groupe Aonikenk effectuant un voyage initiatique, à la limite des conditions humaines". Une mise en abîme à découvrir très prochainement. "Nous espérions pouvoir boucler le tournage en quatre semaines, mais la météo a eu raison de nous. Nous repartirons bientôt", glisse Étienne, des étoiles plein les yeux à l’évocation du départ : "Parfois le prétexte indicible d’une expédition, c’est un retour à une condition humaine plus simple, à l’écoute de son environnement, en quête d’harmonie, d’aventures physiques, humaines et spirituelles", résume Étienne. En un mot : Tchalo !

 

Aurélien Delbouis
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