Une enfance au pays des statues-menhirs

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    Rouler parmi les éoliennes. LR / / LR
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Le résumé de la troisième étape du tour de l'Aveyron à scooter.
 

 

Bienvenue dans les paysages de mon enfance : le Sud-Aveyron, le rougier de Camarès et ses alentours. Cette étape a été forcément différente, plus intime. Parce qu’ici vinrent les premiers amis, les premières amours, les premières emmerdes. Parce que l’étonnement est autre chose, quand le récit passe par la mémoire. Parce qu’ici chaque village, chaque paysage, chaque virage de chaque route, sans parler de nombre de têtes que je croise, me ramènent à un souvenir. Camarès a servi de plaque tournante pour vous présenter ce berceau de ma jeunesse, depuis les culottes courtes jusqu’aux débuts de l’âge adulte. Avec le petit village où j’ai grandi, Ouyre, et ce qu’il reste aujourd’hui des personnes et des lieux d’alors, mais aussi l’eau miraculeuse de Saint-Méen, Blanc dans son écrin de verdure, mais surtout les statues-menhirs, ces hommes et ces femmes de pierre qui peuplent le territoire depuis plus de 3 500 ans.

Guy, 82 ans, et l'eau miraculeuse de Saint-Méen.
Guy, 82 ans, et l'eau miraculeuse de Saint-Méen. - LR -

À Saint-Méen, l’eau vous fait peau neuve

Le pèlerinage de Saint-Méen, tous les 24 juin, est peut-être l’un des plus importants de l’Aveyron. Hormis cette année, jusqu’à 3 000 pèlerins se rendent dans ce hameau posée près du mont du Merdellou pour se recueillir et boire l’eau du ruisseau qui y coule, réputée pour guérir toutes sortes de maladies de peau. Et ce depuis plus de 1 000 ans ! Une chapelle recueille prières et témoignages de guérison, et tout au long de l’année, des personnes font des kilomètres pour remplir leur véhicule de bouteilles d’eau, comme ce couple de Tarnais croisé devant les robinets de la source, qui eux viennent depuis un demi-siècle. Ce qui offusque quelque peu Guy Rouquette, 82 ans, un agriculteur de Saint-Méen même, qui vient s’y rafraîchir en tournant son robinet avec sa canne : il se méfie du "truc qu’on a trouvé pour tuer les vieux"...

 

A la belle étoile à Blanc.
A la belle étoile à Blanc. - LR -

Blanc, au soleil

ou à la belle étoile

Après avoir roulé avec les éoliennes autour du Merdellou (ici, l’on est à plus de mille mètres, et l’on a l’impression parfois d’être au-dessus d’elles, parfois de passer sous leurs pales), on prend la route qui descend vers Brusque et l’on aperçoit, perdu dans la verdure sur la droite, un petit ensemble datant aussi de l’an Mil, avec une église, un château et quelques habitations. Bienvenue à Blanc, aujourd’hui un gîte ouvert au public tenu par David l’Anglais et Carlos le Brésilien. Un pur havre de paix, où l’on peut dormir à la belle étoile, admirer les vitraux de l’église ornés de textes de Marie Rouanet et d’Yves Rouquette, ou partir en randonnée sur plusieurs itinéraires. Évasion garantie.

 

Le Baou du Dourdou d'Ouyre.
Le Baou du Dourdou d'Ouyre. - LR -

RETOUR AUX SOURCES : le Baou du Dourdou d’Ouyre

Bon nombre de choses du temps de mon enfance ont disparu. Des familles sont parties ailleurs ou parties tout court, les Belugou, les Roy, les Gavalda, les Roger... Le calvaire où les enfants du village organisaient leurs batailles de boules, de neige ou de boue, est devenu une jeune forêt où disparaît peu à peu Jésus Christ sur sa croix. Le domaine fermier où ma grand-mère était employée comme ouvrière agricole est devenu un gîte trois étoiles. Mais certaines choses demeurent, et surtout l’endroit où je viens me ressourcer depuis plus de 40 ans : le Baou, le petit gouffre sur le Dourdou que l’on rejoint depuis le tournant de Laur. Jamais grand-monde et de l’eau fraîche. Si jamais un jour vous y passez, bienvenue.

 

Un rendez-vous avec la Dame de Saint-Sernin.
Un rendez-vous avec la Dame de Saint-Sernin. - LR -

L’ARRIVÉE : chez la Dame de Saint-Sernin

Après un passage éclair à Saint-Sever-du-Moustier, aller demander la main de la Dame de Saint-Sernin in situ, c’est-à-dire là où on l’a trouvée, au pied du village. Mais la belle dame s’est quelque peu embourgeoisée à trôner aussi au musée Fenaille de Rodez. Ici, plutôt même que Victor l’enfant sauvage, trouvé non loin de là il y a 120 ans (mais qu’un artiste, Marie Rouanet je crois, maria à la statue-menhir), la Dame se laisse plutôt séduire par les autochtones cossus. Sans rechigner toutefois pour une pose photo ! L’honneur est sauf. Et une soirée entre amis clôtura cette étape.

 

Michel Maillé, inventeur et spécialiste des statues-menhirs.
Michel Maillé, inventeur et spécialiste des statues-menhirs. - LR -

COUP DE CŒUR : du Néolithique au contemporain

Œuvres du peuple des Treilles, les statues-menhirs habitent le rougier de Camarès et les territoires environnants depuis plus e 3 000 ans. Des hommes et des femmes de pierre chargés de symboles et de mystère. Plus de 150 statues-menhirs ont été découvertes, la moitié en Aveyron. Si une petite vingtaine a pris la direction du musée Fenaille de Rodez, le plus gros des troupes habite encore chez leurs propriétaires. En haut, Michel Maillé, agriculteur et archéologue amateur, spécialiste reconnu des statues-menhirs (ici avec la première qu’il a découverte sur ses terres), souhaite donner une visibilité locale aux statues-menhirs avec un centre d’exposition. C’est ce que souhaite également Boris Alexis et Abel Reis de l’Atelier 12 Figures, en bas, un collectif de graphistes, sculpteurs, peintres et poètes porteurs du projet SMC (Statues-Menhirs Contemporaines), qui souhaite un espace d’exposition en plein air pour la vingtaine d’œuvres créées. Statues-menhirs de métal, de lumière, symboliques ou décalées, qui sont comme un miroir au patrimoine local.  

Statues-menhirs contemporaines avec l'Atelier 12 Figures.
Statues-menhirs contemporaines avec l'Atelier 12 Figures. - LR -

JDM
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