De la petite reine au e-sport, Jérôme Sudries fait parler la classe

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  • Considérée comme l’une  des meilleures équipes au monde, G2 est un gros paquebot de 50 personnes pour un budget compris entre 1,5 et 3 millions d’euros.
    Considérée comme l’une des meilleures équipes au monde, G2 est un gros paquebot de 50 personnes pour un budget compris entre 1,5 et 3 millions d’euros. repro cpa
  • Homme  de l’ombre, Jérôme Sudries continue d’accompagner ses joueurs lors des nombreux tournois.
    Homme de l’ombre, Jérôme Sudries continue d’accompagner ses joueurs lors des nombreux tournois. Repro CPA
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Ancien espoir du cyclisme, Jérôme "NiaK" Sudries a mis pied à terre à 20 ans pour se consacrer à sa deuxième passion : l’e-sport. À 31 ans, le natif de Bozouls est aujourd’hui manager de la meilleure équipe française sur Counter-Strike.

Gérer les entraînements, le collectif, la logistique, la com, les relations avec les partenaires, les sponsors, la presse…" Diplômé en communication, Jérôme "Niak" Sudries n’a pas une minute à lui. Installé depuis peu en Andorre, le petit gars de Bozouls a bien grandi. Et avec lui le palmarès de son équipe, G2, une des grosses écuries mondiales du e-sport, titrée à maintes reprises sur le circuit européen et mondial. Un must !

Manager général d’une équipe d’une cinquantaine de personnes – rien que ça ! – le Bozoulais a trouvé là le sel nécessaire à son équilibre. Rien pourtant ne le prédestinait à briller dans ce monde virtuel auquel il a d’abord tourné le dos. Espoir français du cyclisme, ce grand rouleur a longtemps chassé les titres… "J’ai commencé à 11 ans. Je voulais en vivre, passer pro, gagner des courses, participer au Tour de France".

Il pédale dans plusieurs clubs du Tarn-et-Garonne puis de la Haute-Garonne avant de rejoindre le pôle espoir à 16 ans. Appelé à plusieurs reprises en stage avec l’Équipe de France, l’Aveyronnais se prend même à rêver de victoires d’étape sur la Grande Boucle. "Jérôme était un bon coureur, un profil de grimpeur, il roulait bien", se souvient Michel Puntous, son entraîneur au Creps de Toulouse, pour qui Jérôme a usé les gommes durant 3 saisons. Coureur de la "génération Pinot", lui qui a partagé ses entraînements avec Anthony Pérez ou Romain Sicard – sur le départ du Tour de France cette année – avait "un bel avenir devant lui" se souvient son coach.

Un bel avenir mais, hélas pour lui, pas mal de pépins physiques. Une tendinite récurrente au genou a finalement eu raison de ses ambitions de grosse boîte. "Les blessures m’ont découragé", reconnaît le jeune homme. En mars 2008, c’est la goutte d’eau de trop. À 20 ans, Jérôme abandonne la petite reine. Définitivement. Dans le même temps, il découvre grâce à son jeune frère, les jeux vidéo. Counter-Strike plus précisément, un "jeu de tir à la première personne" qui consiste pour résumer à dégommer ses adversaires à l’aide d’un arsenal varié.

"Blessé, j’avais franchement du temps à tuer, rigole aujourd’hui Jérôme. Je me suis rapidement intéressé à la compétition. J’ai ensuite sympathisé avec un joueur qui avait lui même une équipe, pas vraiment structurée. Sachant que j’avais été sportif de haut niveau, il m’a proposé de les rejoindre pour les aider sur des sujets aussi variés que la préparation physique, mentale, l’organisation.

Un rôle de manager en somme, qu’il accepte "sans vraiment savoir où je mettais les pieds !"

Un homme de l’ombre

Chez VeryGames jusqu’en 2013, puis Titan, une structure singapourienne, il dispense aux joueurs avec qui il vit 24 heures sur 24 heures, sa science de la gagne, instille à des mecs de son âge son envie de réussite.

Dans le sport de haut niveau, le e-sport ne faisant pas exception, nombreuses sont les planètes à aligner pour obtenir de la performance.

La préparation physique n’en est qu’une petite part.

"Un joueur aujourd’hui, qui se doit d’être 100 % concentré tout au long d’un match qui dure en moyenne 4 heures, intègre tous ces aspects-là à sa préparation. Il travaille la posture, le physique, les réflexes, sa capacité cognitive, autant d’aspects qui peuvent s’entretenir dans le temps. Pour in fine, être efficace sur la durée d’une carrière."

Planning chargé

Aujourd’hui manager général chez G2, son rôle a évolué, les sommes en jeu et la manne de capitaux qui se déverse aujourd’hui dans le sport en ligne ayant bouleversé l’écosystème du secteur, de plus en plus professionnel.

Laissant la préparation physique à des coachs attitrés et leurs assistants, la stratégie de jeux à un ou des analystes, Jérôme gère désormais les à-côtés, "comme dans une équipe de vélo" compare-t-il.

"Je suis essentiellement tourné sur la partie organisationnelle, calendrier, définition de l’agenda, changement de joueurs, relations avec les partenaires. Je reste partie prenante des grandes décisions mais moins présent sur le terrain."

Un terrain de jeu mondialisé qu’il sillonne inlassablement. "C’est un job très prenant, intensif. Moins cette année, pour cause de Covid, mais en moyenne explique Niak, nous sommes en déplacement près de 200 jours par an." Le reste du temps étant consacré à l’entraînement.

Et le vélo dans tout ça ? "J’ai repris un été, assez intensivement, mais la fréquence des déplacements ne me permet pas d’être aussi bon que je le voudrais. Et comme je garde quand même cet esprit de compétition, j’ai du mal à me contenter de ça", confesse Jérôme qui a trouvé dans l’e-sport son nouveau sommet.

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Boosté par le phénomène Fortnite   Battle Royale et ses 350 millions de joueurs à travers la planète, le marché de l’e-sport a généré plus d’un milliard de dollars en 2019 en grande partie grâce au sponsoring et aux droits médiatiques.  Un marché qui pourrait doubler d’ici 2023 et atteindre les 10 milliards de dollars en 2030. 
 

Beckham, Neymar et les autres

Les mentalités changent, les organisations se structurent, la communication s’intensifie.... Le e-sport qui pouvait apparaître comme un phénomène de mode il y a quelques années est maintenant considéré par les plus grands groupes comme une véritable opportunité de développement. Plus de joueurs, plus de spectateurs,  de tournois,  de gains,  de business... L’année 2019 clôt une décennie de records pour le monde de l’e-sport :  la finale du championnat du monde League of Legends, le jeu e-sport le plus populaire, a été regardée par plus de 99 millions de spectateurs uniques. Presque autant que le Superbowl  !  
En apparence confidentiel, le e-sport touche aujoud’hui plus d’un milliard et demi de personnes :  c’est 2 fois plus qu’il y a 4 ans... Un boom qui n’est pas sans susciter l’intérêt de sportifs de haut niveau. Soutenue par David Beckham, Guild Esport a annoncé un projet d’introduction en Bourse à Londres, Neymar, le footballeur du PSG, vient également d’investir dans une équipe au Brésil quand Rémy Cabella ne cache pas son intérêt pour Counter Strike. Plus récemment, le nageur double médaillé d’or aux Jeux olympiques, Yannick Agnel a enfilé le costume de directeur sportif d’une équipe de e-sport, la MCES.
Des ambassadeurs de poids pour une discipline qui pourrait intégrer le programme des JO de Paris en 2024. Sans doute pas en compétition officielle, le CIO reprochant à certains jeux, dont Counter Strike, de ne pas être compatibles avec les valeurs olympiques, mais le rendez-vous est pris. Pas de quoi pour autant faire hurler les foules. « Il y a évidemment des similitudes et le e-sport aurait tout à gagner de cette nouvelle notoriété mais  j’ai le sentiment que ces deux mondes sont encore très distincts. Il y a encore à mon sens une trop grande différence de culture. »

Aurélien Delbouis
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