Intérim : "Ici, quelqu’un qui veut travailler va trouver, c’est sûr"

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  • Guillaume Gritti, agence Synergie : "On manque de bras pour presque tous les postes".
    Guillaume Gritti, agence Synergie : "On manque de bras pour presque tous les postes". repro cpa / repro cpa
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Plus durement touché que les autres par la crise sanitaire, le secteur du travail intérimaire reprend vigueur avec des chiffres désormais pratiquement revenus à ceux de l’année dernière.

Ils sont, dans l’Aveyron et en fonction des saisons, près de 1 700 à avoir le statut de travailleur intérimaire, ce qui représente 3 % du marché du travail départemental. Les travailleurs intérimaires sont les plus exposés, totalement soumis aux besoins des entreprises. Et dernièrement, du fait du confinement, ces dernières ont beaucoup moins eu besoin de recourir à leurs services pour cause de baisse (voire cessation totale) d’activité.

Au niveau national, le coup d’arrêt subi par le secteur a représenté une baisse d’activité de l’ordre de 35 % en juillet dernier par rapport à juillet 2019, et les intérimaires privés d’emplois sont venus grossir les rangs des demandeurs d’emploi, au total 3 000 de plus qu’en avril qu’au mois de mars, soit une hausse de 30 %. Tous secteurs confondus, Pôle emploi n’avait jamais, de son histoire, été confronté à une telle situation avec un volume d’offres aussi faible.

Près de 45 % de baisse d’activité

Guillaume Gritti, à la tête des agences Synergie de Rodez et Decazeville, évoque une baisse du volume de ses offres de travail de l’ordre de 45 % au plus dur de la crise en comparaison avec l’année précédente. Un coup dur pour l’entreprise et "ses" travailleurs. Fort heureusement, durant les mois d’été, le jeune homme a enregistré une "hausse de l’activité de 10 %", après que l’agence a reçu "énormément de curriculum vitae".

"Énormément de jeunes, sans doute heureux de sortir du confinement après n’avoir rien fait pendant plusieurs mois", souligne Guillaume Gritti.

Aujourd’hui, après le coup de boost estival, l’activité a retrouvé des niveaux quasi similaires à ceux de l’année passée à la même époque. Parmi les métiers les plus demandés, ceux du secteur du transport, de la grande distribution (hôtesse de caisse, employé libre-service, préparateur de commandes) ou du BTP (maçon, plombier, électricien, couvreur).

"On manque de bras pour presque tous les postes. Ici, quelqu’un qui veut travailler et qui est motivé va trouver. S’il passe la porte de l’agence aujourd’hui, demain, il travaille", analyse le responsable.

Plusieurs profils d’intérimaires

Dans l’Aveyron, les intérimaires sont pour 60 % des hommes et âgés de 25 à 45 ans. "Il y a plusieurs profils, explique Guillaume Gritti. Celui qui fera de l’intérim toute sa vie, pour par exemple travailler 6 mois puis voyager 6 mois. On a aussi des gens qui préfèrent gagner de l’argent plutôt que d’être en vacances, des gens qui refusent d’être engagés et enfin des jeunes qui sortent de l’école sans diplôme et qui travaillent en intérim pour découvrir le marché du travail".

Selon Pôle emploi, l’intérim représente une "variable d’ajustement en période de ralentissement ou de reprise économique, c’est un véritable indicateur avancé de l’emploi". En matière d’indicateurs, Guillaume Gritti note que Synergie a dernièrement "gagné de nouveaux clients" dans les secteurs en forte demande.

Des nouveaux clients qui, dans l’incertitude concernant leur avenir économique, préfèrent miser sur une main-d’œuvre flexible plutôt que de s’engager, pour le moment, dans des recrutements de contrats à durée indéterminée.

En chiffres

46 % des emplois intérimaires sont concentrés dans l’industrie.
28 % dans la construction
26 % dans le tertiaire.
46 % des intérimaires sont des ouvriers qualifiés
31 % des intérimaires sont des ouvriers non qualifiés
12 % sont employés
11 % sont cadres ou professions intermédiaires.
+ 85 % d’activité globale dans la construction depuis la fin du confinement, durant lequel le secteur avait perdu environ 60 % de son activité.

Un rebond de + 23 % en France

Après un recul historique en début d’année, l’emploi intérimaire se redresse au niveau national en lien avec la reprise de l’activité après la période de confinement : +23 %, soit +108 100 intérimaires, après – 40,4 % soit près de – 318 600 intérimaires au trimestre précédent. Fin juin 2020, l’emploi intérimaire reste toutefois inférieur de 26,7 % à son niveau de fin décembre 2019.

La reprise concerne tous les secteurs, avec une ampleur d’autant plus forte que la baisse avait été prononcée au premier trimestre : elle est ainsi nettement plus importante dans la construction (+85,2 % après – 60,0 %) que dans l’industrie (+14,0 % après – 40,9 %) et le tertiaire (+12,7 % après – 31,2 %).

Dans les trois secteurs, l’emploi intérimaire reste nettement inférieur à son niveau d’avant crise.

Mesuré en moyenne sur l’ensemble du 2e trimestre 2020, le volume de travail temporaire (en équivalent emplois à temps plein) recule très nettement (-39,7 % après – 5,4 % au 1er trimestre 2020). Il atteint ainsi son plus bas niveau depuis qu’il est mesuré (début 2000).

 

Xavier Buisson
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