Bleu de brebis : la Confédération paysanne ne décolère pas

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  • Principal reproche, un packaging "trop ressemblant" avec le roquefort.
    Principal reproche, un packaging "trop ressemblant" avec le roquefort. E.T.
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La Confédération générale de Roquefort a donné son feu vert au Bleu de brebis commercialisé par Société. La Confédération paysanne réplique en interpellant l’Inao.

Nouveaux rebondissements dans l’affaire du bleu de brebis commercialisé par Société. Quasiment tombé aux oubliettes ces derniers mois, le sujet revient sur le devant de la scène depuis début septembre. Dans un communiqué, la Confédération générale de Roquefort (CGR) reconnaît la coexistence possible du bleu de brebis et du roquefort AOP. De quoi créer un nouveau malaise au sein du rayon de collecte, alors que la CGR est considérée comme l’Organisme de défense et de gestion (ODG) de l’AOP.

"Coexistence possible" pour la Confédération générale de roquefort

La Confédération avait d’ailleurs convoqué une commission de conciliation pour se faire un avis plus tranché sur la question du controversé bleu de brebis. L’Inao (Institut national de l’origine et de la qualité) et le service des fraudes (DDCSPP) avaient également été sollicités. Le premier avait estimé qu’il y avait "risque de confusion des consommateurs", compte tenu des similitudes de packaging, sans pour autant interdire sa commercialisation. Les défenseurs du roquefort criant, de leur côté, à la "contrefaçon". Le 1er septembre dernier, la Confédération générale de Roquefort a donc franchi un nouveau palier vers la reconnaissance de ce que l’ex-eurodéputé José Bové avait qualifié "d’erzats de roquefort". La CGR "reconnaît la coexistence possible du bleu de brebis Société et du roquefort AOP". La commission de conciliation, compte tenu des résultats des études menées par l’Ifop (étude comparative entre les emballages du bleu de brebis Société et du roquefort Société réalisée sur un échantillon de 700 personnes) et par la commission organoleptique de la Confédération (test à l’aveugle sur le goût) conclut " que la comparaison entre le bleu de brebis Société et le roquefort AOP ne prête pas à confusion". Les fabricants de roquefort et les producteurs de lait de brebis, réunis le 31 août lors d’un conseil d’administration extraordinaire de la CGR, "ont confirmé cette position". Une façon pour elle de donner son feu vert à la commercialisation du Bleu.

"Atteinte grave à la filière" pour la Confédération paysanne

Ce verdict suscite logiquement une nouvelle levée de boucliers chez les défenseurs de l’AOP, à commencer par la Confédération paysanne. Celle-ci a envoyé, le 15 septembre, un courrier à l’attention du conseil d’administration de l’Inao. "Pour nous, par bien des aspects (pâte persillée au lait de brebis, emballage similaire, logo vert bien connu de la marque Société…), le produit est trop semblable au roquefort et risque fort de faire du tort à l’Appellation d’origine protégée (AOP), écrit la Confédération paysanne. Cette décision de la part de l’ODG, censé veiller sur la valeur ajoutée, l’éthique, l’économique et le symbolique de l’AOP roquefort, est une atteinte grave à la pérennité de cette filière." Le syndicat estime, en outre, que " cette imitation pasteurisée du Roquefort risque de saborder l’AOP" en imposant des produits "de moins bonne qualité et en générant une baisse du prix du lait". La Confédération critique également la convocation de la commission organoleptique, et affirme que l’enquête consommateurs (après avoir vu pendant 15 secondes l’image du Bleu Société, à la question "Selon vous, s’agissait-il de Roquefort ?", 43 % répondent "Oui") confirme ses craintes : " Le bleu de brebis a l’apparence trompeuse du Roquefort et crée une véritable confusion pour le consommateur."

Le syndicat invite l’Inao "à prendre en compte tous ces éléments et à bien analyser la décision de la CGR", afin que l’AOP roquefort ne soit pas "l’objet d’un détournement de notoriété" et pour protéger la filière Roquefort, "rémunératrice, créatrice de richesse sur notre territoire et qui contribue au maintien d’un tissu rural dynamique".

Victor Guilloteau
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